‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienne (volume 2)Chapitre 148 sur 157 · X. L 'impureté cause l'endurcissement · texte numérisé non relu

X. L 'impureté cause l'endurcissement

Et de là résulte le dernier et le plus terrible des malheurs, l'impénttence finale. De l'habitude de l'impureté naissent l'endurcissement et le désespoir. Le malade altéré demande , non qu'on fasse cesser sa soif, mais qu'on la satisfasse. De même le libertin ne veut pas la fin, il veut le contentement de sa passion. Tout ce qui la contrarie , ou l'afNige, ou l'irrite. En vain pour le retirer de son criminel et fatal état, la religion lui présente ses secours abondans. Tout ce qui pourroit opérer sa conversion , il le rejette. La parole divine l'effraie, la lecture pieuse l'ennuie, la prédication évangélique le gène , la société des hommes vertueux l'embarrasse , la prière le dégoûte , la méditation le fatigue , la pénitence le trouble. Si quelquefois , ou par un reste de foi , ou pour conserver aux yeux du monde quelque apparence de religion , il va se présenter au tribunal sacré , à qui s'adresse-t-il ? Au confesseur le plus facile ,

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le plus relâché. Comment s'y adresse-t-il ? Souvent en dissimulant le véritable état de son âme. Ce qu'il appelle des pénitences n'est que des aggravations de crimes qui l'entretiennent de plus en plus dans son crime habituel. Il ne veut pas réellement faire pénitence , il ne croit pas même le pouvoir. Dans les commencemens de son égarement, il s'étoit flatté d'avoir toujours la facilité d'en revenir. Il s'étoit livré d'autant plus librement à l'impureté, qu'il comptent être en tout temps le maître de la contenir. Maintenant qu'il s'y est entièrement adonné, il ne se sent plus la force de s'en retirer. Il se persuade que le retour à Dieu lui est devenu impossible Ainsi le père du mensonge emploie, pour le tenir dans ses filets, les moyens opposés. Il lui inspire tantôt la présomption , tantôt le désespoir : il l'attire par l'une , il le retient par l'autre. Arrivé à ce point , le libertin ne veut plus même tenter d'efforts pour se convertir, convaincu de leur inutilité. De quoi donc se défie-t-il ? ou plutôt de quoi ne se défiet-il pas? Il se défie de Dieu; mais la miséricorde infinie lui tend les bras , l'invite , le presse de s'y jeter. Il se défie des ministres sacrés; mais pleins de charité ils lui ouvrent les saints tribunaux; ils l'y appellent, ils le sol-

(i) Desperantes, semetipsos tradiderunt impudicitiae , in operationcm immunditiœ omnis. Ephes. iy. 19.

sur l'impureté. 5j5 licitent, ils l'exhortent, ils l'engagent de tout leur pouvoir à venir y recevoir le sceau de la réconciliation. Il se défie surtout de lui-même, de sa force , de sa persévérance. Homme pusillanime , cette défiance seroit raisonnable si vous n'étiez pas assuré du secours de la grAce : criminelle aujourd'hui , puisqu'elle vous entrelient dans le péché, elle peut, si vous le voulez, vous devenir salutaire. Réservez-la après votre pénitence , et elle vous sera aussi utile qu'elle vous est funeste. Convertisssez-vous , et ensuite défiez-vous de vous ; la défiance alors assurera la sincérité de votre conversion. Convertisssezvous, et ensuite défiez-vous de vous ; la défiance alors vous tiendra éloigné des occasions dangereuses. Convertissez-vous , et ensuite défiez-vous de vous ; la défiance alors vous fera recourir à la prière et à l'intercession des saints. Convertissez- vous , et ensuite défiezvous de vous; la défiance alors vous entretiendra dans une vigilance perpétuelle. Convertissez-vous, et ensuite défiez -vous de vous; la défiance alors vous préservera des rechutes.

Mais se défier de soi-même pour ne pas se convertir, c'est vouloir être damné. Mais croire impossible ce que Dieu assure que vous pouvez, ce à quoi H promet de vous aider, c'est à la fois dans vous une absurdité , envers Dieu une injure. Vous êtes un malade qui, ne sentant pas votre mal, et vous y plaisant, craignez encore

ôjb scr l'impureté.

plus la guérison que la mort , et qui malgré les assurances positives de votre infaillible médecin , alléguez , pour vous dispenser des remèdes qui vous répugnent , une prétendue foiblesse à les supporter.

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