IX. L'impureté va toujours en croissant
Ces rechutes dans l'incontinence , si multipliées , si continues, forment une chaîne de péchés , qui , se prolongeant sans mesure , enveloppe le pécheur de ses divers contours , le lie étroitement et continûment, et l'attache de plus en plus à sa passion. C'est un principe certain dans la morale, évident par la raison, constant par l'expérience , que les passions se fortifient , à mesure que les actes en sont plus multipliés. Ce sont les actions réitérées , soit en bien , soit en mal , qui forment les habitudes bonnes ou mauvaises. Mais les plus faciles à contracter sont celles qui ont le plus de rapport à notre nature : et comme , depuis le péché du premier père , nos inclinations sont naturellement portées au mal (1), les habitudes vicieuses sont celles dont nous nous char-
(1) Videns autem Deus cmôd.... cuncta cogitatio cordis intenta esset ad malum omni tenipore. Gen. vi. 5*
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geons le plus aisément. Ne soyons donc pas étonnés , si nous voyous dégénérer le plus fréquemment en habitude celui de tous les vices auquel la nature nous porte le plus puissamment, sur lequel la concupiscence est la plus ardente , dont l'attrait est le plus séduisant, dont les impressions sont les plus vives , dont les tentations sont les plus fortes. Un peu d'expérience , je ne dis pas seulement du ministère sacré et de l'intérieur des consciences, mais du monde, et de ce qui se passe journellement et publiquement autour de nous, confirme cette vérité, et montre l'attachement vif, violent, j'ai presque dit invincible , que prennent pour la passion impure ceux qui s'y livrent. Et plaise à Dieu que nous ne connoissions que des exemples étrangers , et que nous n'ayons pas le malheur d'en être instruits par une expérience personnelle. Au moins, en réfléchissant sur nous-mêmes et sur ce que nous éprouvons , nous devons sentir, par la difficulté que nous avons de résister à celte passion , la grande facilité de s'y attacher. La nécessité des combats nous montre le danger, et leur violence nous en fait voir l'étendue. Tremblons de tomber dans ce déplorable état. L'habitude est, dit-on, une seconde nature , et celle-là est plus dangereuse que la première , parce qu'elle est l'ouvrage de son propre choix , et qu'on s'est plu à la former. Mais elle devient bien plus funeste encore,
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cette nature que nous nous sommes faite, quand elle s'unit à celle dans laquelle nous sommes nés. Elles se donnent Tune à l'autre une force extrême. D'une part , on n'a pas la volonté de se défaire d'une nature qui plaît ; de l'autre , on n'a plus la force de renoncer à un plaisir dont on a contracté l'habitude.