‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienne (volume 2)Chapitre 152 sur 157 · XIII. Maux temporels que cause l'impureté · texte numérisé non relu

XIII. Maux temporels que cause l'impureté

Il est des hommes , et malheureusement en trop grand nombre , que les maux de l'ordre spirituel, les plus terribles de tous, n'affectent aucunement, ou du moins ne touchent que foiblemcnt. Ce sont entre autres les pécheurs livrés aux voluptés charnelles , qui , tout occupés de leurs allachemcns grossiers, n'élèvent pas leur esprit plongé dans la matière, à la contemplation des biens célestes , et ne connoissent de bonheur et de malheur que la satisfaction ou la privation des plaisirs terrestres. Qu'ils considèrent donc les maux que , dès celte vie, entraîne après elle la passion impure. Elle présente dans ses commencemens quelques plaisirs , qu'elle fait ensuite acheter par d'amères peines (2). Ses fruits agréables au moment où on les goûte, causent, quand on

(1) Evcrtcrunt sensum suum et declinavcrunt oculos suos ut non vidèrent cœlum j neque recordarentur judiciomm justorum Dan. xin. 9.

(a) Nè attendas fallacja» mulieris : favus enini distillans labia merctricis, et nitidius oleo guttur ejus araara quasi absynthium, et acuta quasi gladius biceps. Piw. y. a ? 3,

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les a mangés , de vives douleurs. Arrachez de la terre un tronc épineux, vous trouverez sa racine molle, flexible, lisse; mais les pointes qu'elle produit vous auront bientôt déchiré. Il en sera de même de cette passion. Dieu a voulu qu'elle fût à elle-même sa première punition. Il a voulu dans sa justice que le crime fût chân tié par le crime même. Il a voulu surtout dans

sa miséricorde avertir le pécheur , par les peines qu'il lui fait subir dans ce monde , de celles qu'il lui infligera dans l'autre , et le dégoûter de sa passion, par les maux qu'il y attache. A quelle vie agitée et malheureuse se condamne le libertin ! D'abord sa propre conscience devient son bourreau. Il n'y a plus pour lui de paix intérieure. Il ne connoîtra pas désormais la tranquillité de l'âme, soit qu'il ait conservé la foi, soit qu'il l'ait perdue. La religion l'effraiera . de ses menaces , ou l'incrédulité le tourmentera de ses doutes. Que d'embarras ensuite pour concilier la satisfaction de sa passion avec le secret qu'elle exige! Que de mesures cachées pour assurer ses plaisirs et empêcher qu'ils ne soient connus! Que de précautions pour continuer les jouissances sans éveiller les soupçons ! Que de difficultés pour tromper la vigilance d'une mère, pour endormir la défiance d'un époux , pour échapper aux regards si clairvoyans du public! Que de craintes continuelles qu'entre tant d'yeux intéressés il ne s'en trouve quelqu'un

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qui pénètre dans le mystère d'iniquité (1) ! Et^ si , ce qui arrive presque toujours , ces soins si pénibles deviennent inutiles , si le fatal secret se découvre , si cette mine conduite sous terre vient à éclater , que de troubles, de désordres, de ravages produit son explosion ! Dans l'objet même où le libertin cherche le bonheur, il trouve presque toujours son malheur. Si on ne répond pas à ses sentitnens , le voilà livré au tourment de les voir rejetés ou méprisés , au désespoir de ne pouvoir ni faire partager sa passion , ni s'en défaire. Si on y répond , il est agité du soupçon qu'on n'y réponde pas franchement , de la crainte qu'on n'y réponde pas également, de la frayeur qu'on n'y réponde pas constamment.' Que la jalousie vienne à pénétrer dans son cœur, elle le rendra par ses agitations insupportable à lui-même; parses transports , odieux à ce qu'il aime. Chaque défaut qu'il y découvrira sera pour lui une source de nouveaux chagrins. Son humeur l'affligera , ses caprices l'inquiéteront , sa hauteur l'humiliera , sa colère le piquera , son indolence lui pèsera , son activité le fatiguera, sa coquetterie le révoltera , son indiscrétion le compromettra, sa fausseté l'irritera , son infidélité le consternera. Combien de fortunes brillantes et solide-

(i) Oculus adultcri observât caliçinem, dicens : >Non me ▼idebit oculus : et operiet vu] tu m suum.: perfoditin tcuebris domum. Job. xxiy. i5, 16.

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ment établies , celte malheureuse passion n'at-elle pas consumées? Des harpyes dévorent toute la substance de l'homme qui en est possédé. Son luxe effréné ne suffit pas à satisfaire leurs fantaisies sans cesse renaissantes. Ses dons continuels n'assouvissent pas leur insatiable avidité. Sa maison , auparavant florissante et bien ordonnée , présente l'image du trouble et du désordre de son cœur. Les dettes se forment et se multiplient, les biens se détériorent, les revenus diminuent, les capitaux se vendent, les serviteurs restent sans salaire , les ouvriers sans paiement , les enfans sans éducation , l'épouse, ou se consume en lamentations, ou éclate en reproches. Ce n'est par tout encore. Après avoir donné au démon la puissance sur les biens du saint homme Job, Dieu lui permit d'étendre ses coups jusque sur sa personne , de l'accabler de maladies, de le couvrir de plaies et d'ulcères. Il accorde au démon de la luxure le même pouvoir. Le libertin ne tarde pas à ressentir dans son corps la peine de l'avoir souillé. Sa propre chair dégradée , après avoir été l'instrument de son iniquité , le devient de son châtiment. Ses forces épuisées , sa santé altérée, son sang irrité , le conduisent souvent à une mort prompte (1); ou s'il y échappe, ce n'est que

(1) Nuuc ergo, Gli , audi me, et attende verba oris mei. ]Xè abstrahatur in viis illius mens tua : necjuc dçcipiaris sc-

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pour traîner les restes d'une vie foible et infirme , et pour expier dans les langueurs d'une vieillesse prématurée les emportemens d'une jeunesse dissolue (1).

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