‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienne (volume 2)Chapitre 31 sur 157 · XXXIV. Utilité de la confession · texte numérisé non relu

XXXIV. Utilité de la confession

En supprimant la confession à cause des peines et des gênes qu'elle cause au pécheur , les protestans ne considèrent pas que ces peines mêmes, et ces gênes sont, dans l'ordre religieux, le principe des plus grands biens. Le remède actif, appliqué sur la plaie , l'irrite d'abord , et y cause une douleur momentanée , mais l'adoucit ensuite, la referme et la guérit. La pensée seule de se mettre dans la pénible obligation de confesser sa faute , a été quelquefois un motif qui a empêché de la commettre. L 9 expérience montre que la confession, eu même temps qu'elle est le remède des passions, en est le frein; et qu'en réparant les offenses passées, elle prévient les futures. La confession fréquente est, non seulement selon les docteurs, mais de l'aveu des pécheurs eux-mêmes, un préservatif puissant contre les rechutes.

64 SUR Lk PÉNITENCE.

Quoi de plus humiliant pour l'homme, que de faire à un autre homme l'aveu de ses faiblesses , de lui révéler sa honte , de lui découvrir ce qu'on voudroit se cacher à soi-même!

Oui, nos frères errans, nous en convenons avec vous , rien n'est plus humiliant; mais nous vous répondons que, par cela même, rien n'est plus salutaire. L'humilité est la grande vertu du christianisme , la base fondamentale des vertus chrétiennes : et quand est-il plus nécessaire, plus juste de la pratiquer, que dans la pénitence? L'orgueil , qui fut dans le monde le premier principe du péché ( 1) , n'a pas cessé d'en produire un grand nombre. Il infecte même de son venin ceux dont il n'est pas la cause directe. Tout péché est une révolte de la créature , qui secoue le joug de son créateur, qui refuse de lui obéir (2). C'est par les routes de l'orgueil que nous nous sommes éloignés de Dieu ; c'est par les voies opposées de l'humilité, que nous devons revenir à lui. La honte que nous ressentons d'accuser nos offenses , est un commencement de réparation , une première expiation de la vanité qui nous les fit commettre. La confusion la plus convenable , la plus adaptée aux vices qu'elle doit réformer,

(1) Initium omnis peccati superbia. EcclL %. i5.

(1) A seculo confregisti juçum, dinipisti vincula mca, Jixisti : Non serviam. Jerem* 11. 30.

est certainement celle qui nait de ces Vices mêmes. L'énoncialion générale , vague , qu'on a commis des péchés , faite à celui qui connoît tout , ne répare rien , n'expie rien , n'a aucune proportion, aucun rapport avec la cause des péchés ; n'en suppose pas même le regret ; peut se trouver dans le scélérat le plus déterminé à persévérer. Tout homme est pécheur ; s'avouer pécheur , c'est uniquement reconnoître qu'on est homme.

En excitant dans nos cœurs une salutaire confusion , la déclaration détaillée de nos péchés contribue encore à nous en inspirer le regret. Si, comme nous l'avons exposé, la contrition que nous ressentons de nos iniquités nous engage à aller les confesser, la con^ fession humble et sincère que nous en faisons , augmente à son tour, anime , rend plus vive la douleur que nous en avons. C'est quand nous repassons avec attention les désordres de notre vie , que nous en comprenons plus clairement, que nous en ressentons plus amèrement la malice , la grièveté , la noirceur (t). C'est en soulevantle fardeaude nos iniquités, que nous nous sentons plus vivement accablés de leur poids. C'est en remuant cet amas de corruption et de pourriture, que nous sommes plus sensible-

(i) Scrutemus vias nostras, et quœramus, et revertamur ad Dominum. Threni. m. ^o.

ment, plus douloureusement affectés de son infection (1).

Et s'il est vrai , comme tout ce qu'il y a eu de philosophes Ta enseigné , comme toute l'antiquité l'a cru , comme les prolest ans euxmêmes le reconnoissent, s'il est vrai qu'un des principes fondamentaux de la morale , qu'un des moyens les plus efficaces pour la pratique de tous les devoirs , est la connoissance de soimême , n'est-elle pas souverainement utile à l'acquisition de cette importante connoissance, la loi qui astreint l'homme à rentrer fréquemment en lui-même , à parcourir les détours de sa conscience , à porter dans les recoins les plus obscurs le flambeau de l'attention , pour venir ensuite présenter à Dieu les découvertes qu'il y aura faites? En renonçant à la confession sacramentelle , nos frères séparés de nous se sont persuadés qu'ils se déchargeroient d'un joug* Ils se sont soustrait un appui , et l'un des principaux appuis de toute morale naturelle , religieuse et civile.

Reconnaissons donc , admirons, bénissons cette bonté infinie , qui , pour nous délivrer des péchés qui nous soumettoient aux peines

(i) Non est pax ossibus mcis à facie peccatorum meorum : quoniam iniquitates mex supergrcssx sunt super caput mcum, et sicut onus grave gravât» sunt super me. Putruerunt, et corruptx sunt cicatrices mes à facie insipientiae mes. Psalm. xxxvii. 4,5,6.

éternelles, ne nous demande que de nous accuser (1). Dans les sévères tribunaux de la justice humaine, l'aveu des crimes attire l'arrêt de condamnation. Au tribunal paternel de la miséricorde divine, la confession des péchés obtient la sentence de grâce. En déclarant ingénument combien je suis pécheur, je cesse de l'être. Ce n'est pas tout encore. La grâce que j'ai reçue dans ma confession va me suivre après ma confession. Elle fut aux pieds du prêtre une grâce de regret : dans le monde elle devient une grâce de défense. Elle anima met résolutions : elle me donne la force de les exécuter. Elle me rendit les droits au royaume céleste , elle me confère la persévérance qui les réalisera (2).

(1) Dixi : Confitebor adversum me injustitiam mcam Domino : et tu remisisti impietatem peccati mei. Psalm. xxxi. 5, 6.

Qui abscondit scelera non dirigetur 5 qui an te m confessus fuerit, et r cliquent ea, misericordiam consequefur. Prou. xxviii. i3. "

Si confiteamur peccata nostra , fidelis est et justus , ut remittat nobis peccata nostra, et emundemus nos ab omni iniquitate. 1. Joan. 1. 8, 9.

(a) Vias meas iu conspectu ejus arçuam : et ipse erit salvator meus. Job. xm. i5, 16.

Révéla Domino viam tuam : et spera in eo , et ipse faciet et educat quasi lumen justitiam tuam, etjudicium tuum tanquam meridiem. Psalm. xxxvi. i5, 16.

Révéla Domino opéra tua , et diriçentui coçitationes tu*. Prov. xvi. 3.

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