SU II LA PKMT£3CE
Elles seroienl mortes pour le solut , si elles n'étoient pas vivifiées de sa puissante et infaillible efficacité. Loin donc que notre satisfaction soit injurieuse à celle de Jésus-Christ, elle l'honore, parce qu'elle s'y rapporte; parce qu'elle en reçoit toute sa valeur; parce qu'elle n'ést réellement satisfaction , qu'en vertu de son union ayee la satisfaction divine.
Telle est la doctrine que l'Eglise catholique a toujours professée , et qu'elle a positivement définie dans le dernier de ses conciles : elle dislingue deux choses dans tout péché : la coulpe, et la peine; la coulpe, c'est-à-dire le vice du péché, la tache qu'il imprime à l'àme ; la peine , qui est le châtiment mérité par le péché. La contrition , la confession , et l'absolution , effacent, abolissent, anéantissent absolument toute la coulpe. Elles remettent aussi la peine éternelle que Dieu réservoit au pécheur , mais en la commuant , et en y substituant une peine temporelle (1). Nous connoissons, dans
(1) Si quis dixerit totum pœn.m simul cura culpâ remitti semper a Deo , satisfactionemque pœnitenliam non esse alinm cjuùin fidem quà apprebendunt Cbristum pro eis satisfecisse •> anaUicma si t.
Si quis dixerit pro peccatis quoad poenam tcmporalcui minime Deo per Cbristi mérita satîsneri pœnis ab eo inflictis , et patienter toleratis, tcI à saceidotc injunctis, sed neque sponte susceptis, ut jejuniis, orationibus, eleemosinis , vel aliis etkm pietatis operibus \ atquc ideo optimam pœnitentiam esse tantùm novam vitam, anadiema sit.
Si quis dixerit satisfactioncs , quibus pœni tentes per Cbris-
SUR L\ PENITENCE. gg
nos tribunaux humains, celle double manière de remettre les châtimens ; ou entièrement , ou partiellement, ou par une abolition absolue, ou par une rémission , une diminution de peines. Dieu a usé de la première dans le baptême , de la seconde dans la pénitence; mettant , dans sa sagesse suprême , cette différence entre ceux qui ont péché avant de posséder la foi, et ceux qui ont abusé de ce don sacré. Maître absolu de ses grâces , Dieu sans doute a le pouvoir de les accorder avec plus ou moins d'abondance , et d'y attacher les conditions qu'il lui plaît. Lui a-t-il plu d'accorder au pécheur un pardon absolu et sans restriction ? A-t-il mieux aimé mettre une réserve ? À-t-il voulu remettre, avec le péché, toute la peine du péché, ou laisser encore à subir une peine extrêmement légère en comparaison de celle qu'il abolissoil ? Son intention a-t-elle été que la satisfaction générale qu'il a faite sur le Calvaire, pour tout le genre humain , s'appliquât d'elle-même à chaque particulier ; ou que chaque particulier fûP* tenu de se l'appliquer par des œuvres satisfoctoircs ? Telle est la question qui divise l'Eglise catholique et les communions protestantes; question que l'on ne résout pas en disant que la
tixm J es uni peccata redimnnt , non esse cultus Dci , sed traditioncs hominum ; doctrinam degratiâ , et verum Deicultuxn atque ipsum beneGeium mortis Chris ti obscuian'es, anathema sit. Conc. Trid, de sacr. pcenit, can. xa, xiu, xit.
ÎOO SUR LA. PKMTENCE.
satisfaction du pécheur déroge à celle de Jésus-Christ, et lui est injurieuse; question qui ne peut être décidée que par la doctrine constante de tous les siècles , et par la pratique universelle de tous les saints pénitens. D'après ces irréfragables autorités, nous tenons comme article de notre foi , qu'en faisant par l'absolution cesser l'homme d'être pécheur, Dieu exige qu'il reste quelque temps pénitent; et qu'en déployant sa miséricorde , par l'abolition de la loulpe et de la peine éternelle du péché, d'abord il satisfait sa justice, en lui conservant par une peine momentanée une partie de ses droits, ensuite il manifeste sa sagesse , en mettant à la cupidité un frein qui préserve de nouveaux péchés.
Jamais, avant ceux qui ont prétendu réformer la religion, on n'avoit imaginé de séparer la satisfaction de la contrition , et la pénitence extérieure de l'intérieure. Presque jamais les livres saints ne parlent de la contrition du cœur, sans y joindre la mortification de la chair. C'est sous le cilice, et dans le jeûne, que les Ninivites se convertissent (1). Quand Job se rer-
(i) Hommes et jumenta, et bores, et pccora non {pistent quidquam , nec pascantur et aquam non bibant : et operiantur saccis homincs , et jumenta , et clamant ad Dominum in fortitudine, et convertatur vir à vià malâ suâ... Et vidit Deus opéra eorum, quia convcrsi sunt de viâ sua malà : et misertus est Dominus super malitiam quam locutus fuerat ut faceret eis, et non fecit. Jonas. m. 7, 8 , 10.
proche ses péchés , c'est dans la cendre et la poussière qu'il en fait pénitence (1). C'eût été de même , dit Notre-Seigneur , sous la cendre et le cilice que Tyr et Sidon eussent fait pénU nence , si elles eussent été témoins de ses miracles (2). Sans parcourir tous les exemples que nous présentent les saintes Ecritures, arrêtons-nous à celui de David. Sur l'aveu qu'il fait de son double crime , et sur le vif regret qu'il en témoigne, Nathan lui annonce que Dieu a transporté son péché; mais il ajoute que, malgré son absolution, le scandale qu'il a donné doit être expié par la mort du fruit de son adultère (3). Ce n'est pas tout encore* Sûr d'avoir obtenu son pardon , ce prince pieux , et éclairé des lumières de l'Esprit saint, continue de faire une longue et rigoureuse satisfaction. Il jeûne jusqu'à s'afibiblir (4). H mange son pain mêlé de cendre (5). Son manteau royal couvre un rude cilice (6). Il interrompt son sommeil par
(1) Ipse me reprehendo , et ago pœnitentiam in favillâ et cinerc. Job. xlii. 6.
(a) Vae tibi, Corozain, vae tibi Bcthsaïda : quia si in Tyrô et Sidone facta» essent virtutes quae factae sunt in vobis , olim in cilicio et cinere pœnitentiam gissent. Malth. xu ai.
(3) Dominus transtulit pecc itum tuum : non morieris. Vcrumtamen quoniam blasphemare fecisti inimicos Domini propter verbum hoc, filins qui natus est tibi morte morietur. 11. Reg. xu. i3 , i4<
(4) Genua mea infirmata sunt à jejunio. Psalm. cvm. a4«
(5) Ginerem tanquam panem manducabam. Ps* ci. 10.
(6) Induebar cilicio. Ps. xxxiy. i3.
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de ferventes prières (1). Des larmes amères coulent nuit et jour de ses yeux (2). Il consume sa vie dans la douleur, et ses années dans les gémissemens (3). Si , de la loi ancienne , nous nous reportons au temps de la loi nouvelle , quelle pénitence pourra-t-on citer, qui n'ait été faite dans les exercices laborieux d'une austère satisfaction ? Les larmes que versa saint Pierre , dans la cour du grand-prêtre , ne furent que le prélude de celles qu'il ne cessa de répandre jusqu'à son martyre. On sait à quelles rudes mortifications se livra la Madeleine. Les anciens monumens de l'Eglise sont pleins des rigoureuses pénitences que, dans ses premiers et ses plus beaux siècles , elle faisoît subir aux pé* cheurs. On ne trouvera dans aucun temps , dans aucun pays chrétien, des exemples de pénitens qui ne se soient pas crus astreints à de sévères expiations, qui aient imaginé de s'y soustraire. L'esprit s'étonne, et il a peine à croire les saintes rigueurs qu'exerçoient contre eux-mêmes quelques-uns d'entre eux , et souvent pour des fautes assez légères. O nos frères séparés de nous, il vous faut nécessairement,
(1) Media noetc surgebam ad conûtendum nomini lao. Ps. cvm. 62.
(2) Fuerunt niihi lacrymae me» panes die ac nocle. Psalm ► xli. 4«
(3) Defccit in dolorc Tita mea , et anni mei in geraitibus.
Ps. XXX. II.
ou soutenir que tout ce qu'il y a eu de saints pénitens depuis l'origine du monde ont été dans l'erreur; qu'ils se sont livrés, contre toute raison et contre leur devoir, à des tourmens , non sëuiement inutiles , mais dangereux , et injurieux à la satisfaction de Jésus-Christ; ou reconnoître que les chefs de votre séparation vous ont égarés.
Quand le saint précurseur appelle les hommes à la pénitence, il la compare à un arbre qui n'est pas planté pour rester stérile , mais qui doit de bons fruits. Pécheurs de tous les temps , et de tous les genres , ce que ce grand personnage, ou plutôt l'Esprit divin qui l'animoit, disoit aux Juifs sur les bords du Jourdain, l'Eglise inspirée du même Saint-Esprit ne cesse de vous le répéter : Faites des fruits, et de dignes fruits de pénitence. La hache est levée sur la racine de l'arbre ; tout arbre qui ne porte pas de bons fruits sera coupé, et jeté au feu (i). La racine de cet arbre salutaire est la douleur des péchés, la componction intérieure du cœur. De cette racine féconde pullulent, et s'élèvent les résolutions saintes, l'humble déclaration des péchés , qui forment le tronc et les rameaux de l'arbre; lesquels engendrent, portent, et
(i) Facile ergo fïuctuin dignum poenitentia? Jam enim
sec mis ad radie cm arboris posita est. Oamis ergô aibor quae no.i facit fructum bonum excidetur, et in ignem mittetur. Maltk. m. 8, 10.
conduisent à maturité les fruits, c'est-à-dire les actes extérieurs de pénitence; fruits indispensablement nécessaires, faute desquels la pénitence est le figuier inaudit et condamné par Jésus-Christ. Et n'est-il pas conforme à la justice de Dieu , qu'une offense aussi énorme que le péché , qui est une préférence donnée à la créature sur lui , une infraction de ses préceptes , une injure à sa majesté suprême, un outrage h tous ses divins attributs , ne reste pas entièrement impuni ? N'est-il pas dans l'ordre de notre justice même , que le plaisir criminel , goûté dans l'iniquité , soit expié par une peine religieuse? Jugeant les prévarications dignes de toute notre haine , ne devons-nous pas juger le coupable digne de quelque châtiment?
XL VII. Pénitence imposée par le confesseur.
Les dignes fruits de pénitence, les œuvres par lesquelles nous satisfaisons h la justice divine, sont de plusieurs genres. On doit mettre au premier rang la pénitence imposée dans le tribunal par le confesseur, parce qu'elle appartient plus particulièrement que toute autre au sacrement. Il est utile , il peut même être nécessaire d'y ajouter : il est impossible de la suppléer. Elle est la condition expresse de l'absolution. Le pénitent n'a pas le droit de s'y soustraire. L'omettre , ou la commuer, de sa
propre autorité, seroit un péché nouveau et très grave. Si quelque incident survenu la rendoit, ou impraticable, ou dangereuse, c'est au juge qui Ta infligée qu'il faut s'adresser pour en obtenir le changement.