‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienne (volume 2)Chapitre 42 sur 157 · XLIV. Choix d'un confesseur · texte numérisé non relu

XLIV. Choix d'un confesseur

Ce que nous venons d'exposer sur les con dirions nécessaires pour rendre la confession sainte et salutaire, montre suffisamment quels sont les défauts qui la rendent ou nulle ou criminelle. Il en est un cependant que nous ne devons pas passer sous silence , parce qu'il est malheureusement aussi commun que funeste»

Il concerne le choix du confesseur aux pieds duquel on va faire la déclaration de ses offenses. Ils n'ont pas cessé avec l'ancienne loi ces prophètes mensongers qui , se prétendant les envoyés du Seigneur, séduisoient le peuple; aunonçoient l'indulgence, quand la colère étoit près d'éclater; publioient la paix au temps de la plus menaçante guerre ; endormoient dans le crime, avec l'assurance qu'il étoit pardonné; et conduisoient à la mort par la promesse de la vie (1). L'Eglise de Jésus-Christ se lamente d'avoir de semblables ministres , qui perdent les

(i) Curabant contritioncm filiœ populi mei , dicentes : Pax, pax, et non erat pax, Jerem. yi. i4«

Va? qui consuunt pulvillos sub ouini cubito manûs, et faciunt cervicalia sub capite universce aplatis, ad capiendas animas. Et cùm caperent animas populi mei, viviûcabant animas eorum , et violabant me ad populum meum , propter pugillum hordei, et fragmen panis : et interficiebant anima» quœ non moriuntur, et vivificabanl animas qtia?non vivunt $ mentientes populo mco credenti mendaciis. Ezech. xiii- 18, 19.

ames par le moyen même par lequel ils devroiont les sauver. Les uns par une ignorance coupable des saintes règles , les autres imbus des principes d'une morale relâchée , d'autres encore dépourvus du courage sacerdotal , et condescendant bassement aux désirs des pénilens, aflbiblissent la discipline, ne réforment point les habitudes, n'exigent pas les réparations , imposent , pour les péchés les plus graves , les satisfactions les plus légères , et , pour admettre au bienfait de la réconciliation , se contentent de paroles illusoires , dont ils ont souvent reconnu le peu d'effet. Aveugles , répéterons-nous après le divin Maître, ils se font conducteurs d'autres aveugles , et les mènent avec eux dans la fosse (1). Hélas l disoit le saint évêque de Genève , quelle immense multitude, et de confesseurs , et de pénitens , par de fausses absolutions, sont précipités dans l'abîme (2). Mais, ô déplorable aveuglement du cœur ! ô inconcevable inconséquence de l'esprit ? Ce sont ces guides trompeurs que recherchent un grand nombre de chrétiens. Ceux spécialement , à qui des directeurs exacts et sévères

(1) Caed sunt, et ducas excorum. Cxcus eutem si exco ducatum prœstat , ambo iu foveam cadtmt. Matth. xv. 14.

Malcdictus qui errarc facit caîcum in itincre : et diect omnis populus, Àinen. Dculcroji. xxvii. iS.

(a) Enmt, cjui bcatificant popuhmi islimi , scduccnlcs, et rpii beatifîcantur, piaccipitati. Is. rx. iG.

g4 SUR LA PÉNITENCE.

seroient le plus nécessaires, sont les plus empressés à les éviter. Ils ressemblent h ce criminel roi d'Israël , qui détestoit le saint prophète du Seigneur, parce qu'il lui annonçoit toujours le mal, et jamais le bien (1). Ils courent après leurs docteurs du mensonge , et leur disent , comme des Israélites égarés : Ne nous présentez par des vérités qui nous affligent ; débitez-nous des erreurs qui nous plaisent (2). 0 vous qui venez à la piscine sacrée pour vous laver de vos souillures , comment pouvez-vous vous plonger dans des eaux bourbeuses et infectes , qui vous saliront encore davantage ? Quelle est votre contradiction de vouloir, pour vous guérir de vos infirmités , choisir le médecin ignorant qui les aggravera ? de désirer faire la pénitence dont vous sentez l'indispensable besoin, et d'en rejeter les saintes et nécessaires rigueurs ? Quittez ces guides imposteurs qui ne peuvent xjue vous égarer; laissez-les courir seuls h leur perte. Cherchez un directeur rempli du véritable esprit de Dieu , éclairé et pieux , doux sans foiblesse , exact sans austérité , également éloigné du relâchement et du rigorisme; dont le zèle, dirigé par

(1) Ego odi cum, quia non propbctat mihi bonum, sed malum. m. Iteg.xxn. 8.

(2) Dicunt videntibus , nolitc videre; et aspicientibos, nolite aspicerc nobis ca (jnœ recta sunt : locruimini nobis placcntia, videtc nobis errorcs. ls. x\x. 10.

]a prudence, soit mûri par l'expérience; qui sache verser sur vos plaies , dans une juste proportion , et l'huile qui adoucit , et le vin qui fortifie. Ses lumières vous éclaireront; ses instructions vous dirigeront ; ses exhortations vous toucheront ; ses conseils vous animeront. Il ne précipitera témérairement , ni ne retardera inutilement le bienfait de l'absolution ; et il consommera votre heureuse conversion , par l'imposition d'une satisfaction convenable et proportionnée h vos fautes.

Sur la Satisfaction.

XLV Erreur des protestant sur la satisfaction.

Les hérétiques des derniers siècles , qui ont attaqué toutes les parties du sacrement de pénitence , n'ont pas plus respecté le dogme de la nécessité de la satisfaction que les autres. Ils ont abusé d'un principe qu'ils ont reçu de l'Eglise catholique, pour détruire la doctrine qu'elle a toujours professée. Le pécheur par lui-même est dans l'impuissance de satisfaire à Dieu pour ses péchés. L'offense étant infinie, tout ce que l'homme peut offrir de lui-même ne peut y avoir aucune proportion. Mais le Verbe éternel, fait homme, a offert pour tous les hommes une satisfaction d'un prix infini; c'est Dieu qui a satisfait h Dieu. De cette vérité incon-

96 SLR LA PÉNITENCE.

teslable ils ont raisonné ainsi. Dès que la satisfaction faite par Jésus-Christ a été infinie, elle a été suffisante, et puisqu'elle a été suffisante , toute autre est inutile. C'est faire injure à la pénitence du divin Sauveur, à ce sang si pur, dont une seule goutte auroit suffi pour sauver le monde entier, que de croire qu'il soit nécessaire d'y ajouter une pénitence humaine. Ainsi anéantissant la satisfaction , comme ils avoient détruit la contrition et la confession, ils ont réduit toute l'œuvre de la justification du pécheur au seul changement de vie, et ont prétendu qu'elle est comprise tout entière dans les paroles de Jésus-Christ à la femme adultère : Allez, et ne péchez plus (1).

XL VI. Nécessite de la satisfaction.

En exigeant de ceux qu'elle admet à la pénitence une satisfaction personnelle, l'Eglise catholique ne prétend rien ajouter à la satisfaction infinie faite par son divin Auteur. Ce n'est pas le supplément de cette satisfaction divine , c'est son application qu'elle ordonne. Le sang de Jésus-Christ est d'un prix infini; mais il ne rachète du péché que ceux sur lesquels il coule : il faut l'attirer sur soi , pour en recevoir le bénéfice. Que nos frères séparés portent leur conséquence aussi loin qu'elle peut

(i) Vadc, et jam amplius noli peccarc. Joan. vin. 1 1.

SUR LA PÉNITEKCE. 97

et qu'elle doit aller, elle leur fera sentir le vice de leur raisonnement. Si la vertu infinie du sang divin rend toute satisfaction personnelle inutile , tout autre acte de religion est superflu. Le baptême n'est plus nécessaire pour nous racheter du péché originel , puisque , pour nous en délivrer, le Verbe divin a répandu un sang dont l'efficacité est infinie. A quoi servent nos prières dès que Jésus-Christ a 'offert, et, comme le dit son apôtre , offre sans cesse à son Père pour nous ses vœux (1) dont la valeur est infinie? Pourquoi nous charger à sa suite de la croix, et souffrir pour lui, tandis qu'il a subi pour nous des souffrances d'un prix infini ? Qu'avons- nous besoin de mériter par nos œuvres, quand le Fils de Dieu a mérité pour nous d'une manière infinie ? La satisfaction que nous faisons nous applique individuellement la satisfaction de Jésus- Christ; comme le baptême nous applique sa rédemption; nos prières , ses prières ; nos souffrances , ses souffrances; nos mérites, ses mérites. Baptême, prières, souffrances, mérites, satisfactions, tout ce que nous pouvons faire pour Dieu ne déroge nullement au prix du sang de Jésus- Christ. Au contraire, c'est le prix infini du sang divin qui fait tout le prix de nos foibles œuvres.

(1) Salvare in perpetuum potest aepedentes per semetipsum ad Deum , sctnper vivens ad interpeliandum pro nobis. Heb.

ni. 5

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