‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienne (volume 2)Chapitre 47 sur 157 · LI. Fuite des occasions · texte numérisé non relu

LI. Fuite des occasions

Celte réforme de la vie entraîne avec elle , comme une condition nécessaire , le renoncement tolal et absolu à ce qui fut la cause , ou l'occasion de nos offenses. On aime toujours le péché, quand on chérit ce qui le produit; on ne le fuit pas en suivant la roule qui y mène : c'est vouloir rester pécheur que de continuer à rechercher ce qui rend tel. Comme cette séparation est souvent pénible, impose des sacrifices, exige des efforts , Dieu daigne aussi la recevoir en expiation de nos fautes. Mais ayant fait de la fuite des occasions le sujet d'une autre considération , nous ne'croyons pas devoir y insisler ici. ^

LU. Réparation.

A la fuite des causes du péché , il est nécessaire de joindre la réparation de ses effets. C'est encore un des dignes fruits de la pénitence : c'est un des moyens par lesquels nous expions nos offenses. Moyen efficace : il faut être véritablement converti pour se condamner sévèrement soi-même à tous les sacrifices , quelque grands qu'ils puissent être. Moyen nécessaire : la loi y est précise. Dieu ne reçoit nos satisfactions ,'que quand nous satisfaisons à nos frères ; et il ne pardonne nos torts envers le

prochain, que lorsque nous les réparons. Cette réparation indispensable, si juste en elle-même, si utile au bien de la société , doit réunir deux caractères. Elle doit être universelle pour tous les torts; entière et complète , au moins autant qu'on le peut pour chaque tort. Vous possédez injustement le bien de votre frère , réparez par la restitution. Vous lui avez nui dans l'opinion par vos détractions , réparez par le rétablissement de sa réputation. Vous l'avez offensé par des injures, réparez par l'humilité de vos excuses. Vous l'avez aliéné par votre inimitié, réparez par la sincérité de votre réconciliation. Vous avez blessé son âme par vos scandales, réparez par la sainteté de votre édification. Réparez pleinement, entièrement. Votre réparation sera insuffisante , elle sera nulle , elle vous laissera dans la terrible inimitié de Dieu , si elle ne remet pas , au moins autant qu'il est en votre pouvoir, les choses dans leur état antérieur. Dieu n'admet sur ce point important de compensations , de tempéramens , d'accommodemens , que dans le cas de l'impossibilité absolue. Imitez le célèbre publicain converti par la visite de Jésus-Christ : il ne se borne pas à donner aux pauvres la moitié de son bien : s'il a fait tort à quelqu'un, il le lui rend au quadruple (1)

(i) S tans Zachœus dixit ad Dominum : Eccè dimidium

LUI. Pratiques des actes contraires aux pêches.

Enfin un digne fruit de pénitence , un moyen salutaire de satisfaction pour nos péchés , est la pratique spéciale des œuvres pieuses qui y sont directement contraires. C'est, comme le recommande l'apôtre, d'employer à notre sanctification les membres dont nous avions fait les instrumens de nos iniquités (i). Je me suis éloigné de vous , ô mon Dieu , en suivant des voies criminelles : pour revenir à vous , je dois, je veux prendre les routes opposées. J'ai vécu dans l'oubli de mes devoirs envers vous , dans l'éloignement des pieuses pratiques : je vais me rendre assidu au saint exercice de la prière. J'ai acquis de la richesse par des moyens , ou criminels , ou au moins peu délicats ; je la répandrai dans le sein de vos pauvres. Je me suis livré à la dissipation , aux jeux , aux spectacles , à des plaisirs immodérés , défendus , ou dangereux; ce sera dans le recueillement de la retraite que je vous servirai désormais. J'ai fréquenté des sociétés dangereuses , des conversations impies, licencieuses, trop libres: je

bonorum meoram do pauperibus : et si aliquem defraudavi , reddo quadruplum. Luc* xix. 8.

(t) Sicut exhibuistis membra vestra servire immunditiae , et iniquitati ad iniquitatem , ita exhibe te membra vestra servire justitiae in sanctificationem. Rom. vi. 19.

StB LA PÉNITENCE. Il5

ne rechercherai à l'avenir que celles qui sont édifiantes. Je me suis souvent abandonné à l'intempérance: j'en expierai les excès par des jeûnes fréquens. J'ai vécu dans le désordre , dans les dissolutions , dans le libertinage ; je dompterai, parla rigueur de mes mortifications , cette chair qui me rendit .si criminel. Chacun de mes vices deviendra dans moi» avec le secours de votre grâce , le principe de la vertu qui le combat.

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