L. Changement de vie
Un autre genre de satisfaction, et en ce point nous sommes d'accord avec les protestans , est le changement de vie. Ce que saint Remy dit à notre premier roi chrétien , en l'admettant à
(1) Repu tantes peccatis nos tris hxc ipsa supplicia minora esse flagella Domini , quibus quasi servi corripimur , ad emendationem nostram , et non ad perditionem nostram evenisse credamus. Judith, vin. 27.
(a) Beatus bomo qui corripitur à Deo. Increpationcm erço Domini nè reprobes : quia ipse vulnerat, et medetur $ percutit, et manus cjus sanabunt. Job. v. 17, 18.
(3) Corripe me , Domine, vernmtamen in judicio, et non in furorc tuo. Jerem. x. a4«
la grâce du baptême , Dieu le dit au pécheur à qui il confère celle de la pénitence : Brûlez ce que vous adorâtes , adorez ce que vous brûlâtes. Un véritable pénitent est un homme tout changé : d'esclave des passions il est devenu l'enfant de la charité. Plus il s'abandonna à ses penchans déréglés» plus il les combat. 11 présente au Seigneur, en expiation de ses péchés , les efforts qu'il fait pour n'en plus commettre; et achève de s'en purifier, en cessant de s'en souiller. Il s'est , comme dit l'apôtre , dépouillé de ce vieil homme qui étoit corrompu dans ses habitudes, par les désirs de l'erreur. Renouvelé dans son intérieur, il s'est revêtu de l'homme nouveau, que Dieu a créé en lui , par la justice et la véritable sainteté (i). Mais peuvent-ils croire qu'ils expient leurs désordres , les pécheurs; hélas ! beaucoup trop nombreux, qu'on voit , au sortir de leurs confessions, aussi abandonnés à leurs passions qu'ils l'étoient auparavant? N'est-ce pas une contradiction, que des hommes qui se disent convertis , restent aussi fastueux, aussi intéressés , aussi sensuels , aussi aigres, aussi emportés, qu'avant leur prétendue conversion? N'est-ce pas une illusion de se
(i) Deponere vos secundùm pristinam conversationem vcterera hominem qui cornimpitur secundùm desideria errons. Renovamini spiritu mentis vestrae , et induite novum hominem qui secundùm Deum creatus est in justitià et sanctitatc veritatis. Ephes. iy. 22 , a3, a4*
Sm LA PÉNITENCE. 1 09
croire détaché du péché , en restant attaché à ce qui l'entretient ? Est-on délivré de la peste , quand on garde des habits empestés? N'est-ce pas un mépris» une dérison du sacrement , que ce monstrueux mélange, cette succession criminelle de dévotion et de plaisirs , d'actes de piété et de péchés; de sacremens le matin , et le soir de jeux, de bals, de théâtres? Quel bien leur revient-il , demande l'Ecclésiastique , de s'humilier, de se mortifier pour leurs péchés, s'ils continuent de les commettre? Peuvent-ils espérer que leurs prières seront exaucées (1)? Ah ! loin que cet usage du sacrement leur soit profitable , il leur devient funeste. Ils se font un prétexte de persévérance dans le crime de ce qui étoit le moyen souverain de les en retirer. Ce sont des malades qui , par l'abus du remède, l'ont rendu non seulement inutile , mais pernicieux. Rien ne mène plus promptement et plus sûrement à l'endurcissement , que la fatale sécurité inspirée par le retour au sacrement, sans conversion réelle. Le bain de la pénitence , s'il n'amollit pas le cœur, l'endurcit, comme certaines eaux, dans lesquelles les plantes se pétrifient.
(1) Homo qui jejanat à peccatis sois, et iteriim eadem facieos, quid proficit humiliando se? Orationem illius quis exaudiet? Eccli. xxxit. 3i.