XXV. Conclusion
Pécheur, qui vous opiniâtrez à différer une conversion devenue déplus en plus nécessaire, peut-être cette redoutable sentence se prépare déjà contre vous. Peut- être la miséricorde divine, irritée de vos délais, et rebutée de vos mépris , se dispose à vous abandonner à vous-même, c'est-à-dire à votre impuissance, à votre aveuglement, à votre perversité. Peut-être même ces délais, si long-temps prolongés sont déjà un funeste effet de l'abandon de la grâce. Sollicitations et préceptes, inspirations salutaires et occasions favorables, promesses et menaces, grâces intérieures et extérieures, vous avez tout négligé, tout rejeté, tout méprisé. Peutêtre tout cela va vous être enlevé. Vous ne trouverez plus, ni remords dans votre conscience, ni sentimens affectueux dans votre cœur, ni pieux projets dans votre volonté. Vous ne sentirez plus désormais, ni l'amour de Dieu, ni la crainte de ses jugemens, ni le regret de vos pé-
(1) lnduravit(jue Dominas cor Pharaonis. Exod. îx. 12.
chés, ni le désir d'une vio meilleure : et là commencera le châtiment de votre criminelle obstinalion.
Ici une idée effrayante vient me saisir : et je me sens pénétré de terreur en pensant combien peut devenir fatal pour vous le ministère même de réconciliation que j'exerce en ce moment* 0 mon Dieu ! détournez ce funeste présage. Pécheurs, d'autant plus infortunés que vous ne sentez pas toute l'étendue de votre malheur # savez-vous si cette exhortation, que je vous adresse de la part de Dieu, n'est pas la dernière invitation de sa grâce tant de fois rebutée? Savez-vous si la clémence céleste, poussée à sou terme par tant de délais et de mépris, ne daigne pas encore employer ce foiblc et dernier moyen pour faire sur vous, en votre faveur, un effort extrême? Savez-vous si ce moment, où vous achevez de lire cet écrit , n'est pas le seul qui vous reste , le seul où la miséricorde, qui daigne encore vous rappeler, consent à vous recevoir?
Et ce qui redouble ma consternation, je dois vous le dire encore dans la profonde amertume de mon cœur, c'est l'expérience douloureuse du passé : c'est la crainte que cette grâce, peutêtre la dernière, ne devienne aussi inutile que toutes les autres : c'est la frayeur, qu'au lieu d'être touchés de ces instances, fatigués au contraire, importunés, aigris de nos sollicitations.
DE LA PÉXITKKCE. I7I
vous ne preniez, comme vous l'avez fait tant de fois, le funeste parti de repousser de votre esprit les salutaires pensées de pénitence. Mais ces vérités terribles, que vous ne pouvez révoquer en doute, seront-elles moins certaines, parce que vous aurez cessé d'y penser? Elles en deviendront, au contraire, plus menaçantes :
et, moins vous vous en occuperez, plus elles vous seront redoutables.
Malheureux, qu'aveugle une criminelle passion, hâtez- vous d'ouvrir les yeux, tandis que vous le pouvez encore. Dans ce moment précieux, votre pénitence peut être à votre disposition (1). Il est possible que demain vous n'ayez plus, ni le pouvoir, ni la volonté, ni les moyens. Ce n'est donc pas demain, c'est aujourd'hui qu'il faut prendre la résolution ferme et stable de revenir h Dieu (-a). Ce n'est pas même seulement aujourd'hui , c'est dans le moment actuel qu'il est nécessaire, non plus de former des projets, mais de mettre immédiatement la main à l'œuvre. Il faut , comme le roi prophète, tout à la fois, et dès cet instant , promettre et
(*) Quxrite Dominum , diim inveniri potest. Iuvocate eum dum propè est. Is. lt. 6.
(a) Hodiè si voccm cjus audieritis , nolite obdurare corda *estra. Psalm. xciv. 8.
Adhortamiai vosmetipsos pcr singulos di « donec Hodiè cognomiaatur , ut non obduretur quis ex vobis faUaciâ peccati. Hebr. m. i3.