XIV. Insatiabilitt
Et quels désirs peut donc encore former l'ambitieux arrivé à ce qu'il appeloit le terme de ses.désirs? Ah! quand il tenoit ce langage, il se mentoit à lui-même. L'insatiable ambition ne connoil point de bornes ( 1 ) . L'incendie une fois allumé va toujours en croissant. L'ambitieux vieillit, l'ambition ne vieillit jamais. C'est un volcan qui vomit ses flammes à travers les nei-
(i) Insatiabilis oculus cupidi in parte iniquitatis. Non satiabitar donec consumât arefaciens animam euam. Eccli. xiy. 9.
sur l'ambition. 207 ges qui le couvrent. C'est une cupidité qui s'accroît sans cesse à mesure qu'elle se satisfait. C'est un monstre qui grandit de tout ce qu'il dtfore. D'un degré monté, on tend sans cesse à un autre. La vie n'est qu'une continuelle progression de vues, de projets, d'entreprises. Il n'y a rien à quoi on n'aspire , rien à quoi on renonce, rien oùon se fixe, rien dont on jouisse. On n'est heureux d'un succès , que parce que c'est un encouragement à en poursuivre d'autres, un titre pour les solliciter, un moyen de les obtenir.
Mais quoi , ne peut-il donc pas absolument y avoir de terme aux désirs, aux espérances, aux projets, aux tentatives de l'ambition? Arrivée au faîte de la grandeur, h cette puissance souveraine au dessus de laquelle il n'y a rien parmi les hommes , et qui les tient tous sous son autorité , peut-elle encore aspirer, au-delà , à quelque chose? Oui, le plus haut degré de l'élévation n'est pas toujours une élévation suffisante. Nabuchodonosor a triomphé d'Arphaxad, et a agrandi ses états de tous ceux qu'avoit conquis ce souverain de la Médie; couvert de cette gloire brillante , investi de cette immense puissance , il ne trouve plus l'empire 4e la terre suffisant à son ambition. Son orgueil impie et insensé prétend détrôner le Très- Haut, et aspire à l'empire du ciel. Ses armées se répandent dans tous les royaumes voisins
so8 sur l'ambition.
pour faire reconnoître à toute nation que Nabuchodonosor est le dieu de l'univers, et qu'il n'y en a pas d'autre que lui (1). ^