XI. Maux que l'avarice cause dans la société
Quand nous parlons des désastres que cause dans le monde l'esprit d'intérêt, nous n'entendons pas qu'il les produise sur toutes les personnes, dans toutes les circonstances. Il en est de cette passion comme de toutes les autres : elle a ses degrés, et ses suites sont plus ou moins funestes, selon qu'elle est plus ou moins ardente, et qu'elle entre dans les cœurs plus ou moins disposés aux excès. L'apôtre nous dit que l'intérêt est la racine de tous les maux, et que cette malheureuse cupidité a été quelquefois portée jusqu'à faire errer sur la foi (1). Il n'entend point par-là que dans tous ceux qu'attaque l'intérêt , il produise actuellement tous les maux. Quel est l'arbre chargé de tous les fruits qu'il pourrait porter? Mais il le considère comme la racine de tous les maux , parce que, comme une racine féconde, il les produit ; comme une racine forte, il les porte ; conune une racine substantielle, il les nourrit, les entretient, les fait parvenir à leur funeste maturité ; et ce qui achève de le rendre souverainement dangereux , c'est que comme une racine qui pousse ses rameaux sous terre, il ne laisse pas apercevoir ses progrès, et on ne peut prévoir jusqu'où il pourra les étendre. Il y a sur ce point deux vérités, dont
(i) Radix omnium malorum est cupiditas, quain quidam appelentcs eiraverunt a fîde. r Tiinoth. 6; lo.
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avec la plus légère réflexion, et le plus petit usage du inonde, il est impossible de douter. La première est que l'esprit d'intérêt tendant toujours à s'accroître, et n'ayant pas de bornes qui le limitent , porte par sa nature aux excès ; que, trouvant pour se satisfaire une infinité de moyens iniques reproduits presqu'à chaque moment , il présente de continuelles et de violentes tentations, expose le cœur, qui aspire au gain , à prendre toutes les voies pour se le procurer, et lui inspire une disposition à commettre les péchés qui seront profitables. La seconde vérité, qui est une conséquence de la première, qui la confirme, qui en prouve la certitude, c'est que dans le fait la plupart des crimes qui infestent le monde doivent leur origine à cette malheureuse passion. Il n'y a pas d'excès auquel ne puisse parvenir l'amour de l'argent : il n'y a pas de forfait qu'il ne se permette, quand on l'a laissé monter à l'excès. Interrogez les misérables victimes de leurs crimes, que la juste sévérité des lois a fait monter sur les échafauds : sur cent, vous n'en trouverez peutêtre pas une qui n'y ait été conduite par cette détestable passion. Et si la crainte des tribunaux ne retenait, dans quelle affreuse combustion elle mettrait le monde I