‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienneChapitre 124 sur 281 · VI. Facilité de se livrer à la détraction · texte numérisé non relu

VI. Facilité de se livrer à la détraction

Ce qui rend le péché de la détraction souverainement dangereux , c'est la facilité de le commettre : ce qui le rend presque irrémédiable , c'est la sécurité avec laquelle on le commet. Favorisée par les fréquentes occasions , encouragée par les exemples réitérés , l'inclination naturelle se fortifie promptement. Le commerce avec les médisants familiarise avec la médisance. On a peine à regarder comme bien criminel ce qui est si commun. Successivement , mais en peu de temps , on néglige les précautions , on perd l'éloignement ; on trouve du plaisir , on prend du goût ; on contracte l'habitude ; on se fait illusion : on ne se croit pas coupable , parce qu'on ne l'est pas plus que beaucoup d'autres ; on commet le péché sans scrupule j on est détracteur sans remords. Ainsi la fréquentation de la société fait perdre les deux vertus les plus nécessaires à la société : la charité et la justice; la charité toujours occupée de faire du bien au prochain, la justice qui défend de lui faire aucun mal ; la charité qui ordonne de faire à autrui ce qu'on désire pour soimême , la justice qui interdit tout ce qu'on ne voudrait pas éprouver.

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