‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienneChapitre 139 sur 281 · XX. Difficulté et manière de se corriger · texte numérisé non relu

XX. Difficulté et manière de se corriger

Il est , comme nous l'avons observé avec peine , extrêmement facile de se livrer au vice de la détraction , que tant de passions fomentent , que tant d'occasions favorisent , que tant d'exemples accréditent , et semblent autoriser. Mais nous devons ajouter avec une amère douleur qu'il est souverainement difficile de s'en corriger. L'Esprit saint l'a déclaré : L'homme qui en a pris la funeste habitude ne s'instruira pas à la réformer dans toute la suite de ses jours (1). La maladie la plus incurable est celle que l'on ne connaît pas , et surtout qu'on ne veut pas connaître ; dans laquelle on se complaît , dont on hait le remède , dont on craint laguérison. Semblable au coursier

^i) Homo assnetos in verbis improperii , in omnibus diebus suis non erndietnr. EcclL 23; 20.

indompté qui , lorsqu'il s'est emporté , n'a plus rien qui arrête sa course, la langue qui a rompu le frein de la religion ne peut plus être retenue. Pour qu'un homme accoutumé à la détraction s'en corrigeât , il faudrait qu'il parvînt à dominer , et la première nature corrompue qu'il a apportée en naissant , et cette seconde nature plus perverse encore , et plus tenace , qu'il s'est donnée à luimême par ses habitudes.

Craignons donc , l'Esprit saint nous le crie , craignons une chute qui pourrait nous causer une plaie incurable et mortelle (1). Mais, demande TEcclésiastique , qui estce qui gardera ma bouche, et qui mettra sur mes lèvres un sceau assuré , qui prévienne cette chute fatale et empêche ma langue de me perdre (2) ? Pour nous préserver de ce malheur , deux choses sont nécessaires. D'abord demandons-en la grâce à l'auteur de tout bien , à qui , ainsi qu'il nous l'apprend , il appartient de gouverner la langue (3). Inspiré de son esprit, David s'adresse à lui pour obtenir cette insigne faveur. Il le conjure de placer une garde sur sa bouche , et de mettre à ses lèvres une porte de circonspection (4) . Mais en même temps , et c'est notre second devoir , il se croit obhgé de coopérer à la grâce qu'il implore. Il veillera avec soin sur ses voies : et afin de ne pas pécher par sa langue , il posera lui-même une garde à sa bouche (5). Vigilance et prière , voilà les deux remèdes aux tentations, indiqués par le divin maître (6). Vigilance pour éviter les occasions, prière pour

I Attende ne forte labaris in lingiia... et sit casus tuus insanabi lis in mortein. Eccli. 28; 3o.

(2 Quis dabit ori meo castodiam , er super labia mea signaculam certum, ut non cadam ab ipsis, etlingaa mea perdatme?£cc/<. 22- 33.

v3) Hominis est animam praeparare , el Doniini gabernare lingaam. Prov. i6; 1.

(4^ Pone, Donaine, castodiam ori meo, et ostium circamstantiie labiis meis. Psalm. i4o; 3.

(5 Dixi : Castodiam vias nieas , ut non delinqaam in lingua mea : posai ori meo castodiam. Ps, 36 ; 41.

6; Vigilate et orate, at non intretis in tentationem. Matth. 26; 42.

II Consid. sur la Mor. Chrét. i r

242 SDR LA DÉTRACTION.

obtenir la force d'y résister. Si je prie avec ferveur , Dieu m'accordera la grâce de la vigilance : si je veille avec soin , il exaucera ma prière. A ces moyens , il est encore utile d'en joindre un autre. Cet esprit de censure qui est né avec vous , vous éprouverez une grande difficulté à le réprimer : dirigez-le vers vous-même. Il vous deviendra aussi salutaire qu'il eût été pernicieux. Au lieu de rechercher les défauts du prochain , observez les vôtres. Au lieu de railler de ses fautes , reprochez-vous celles dont vous vous rendez journellement coupable ; et descendant dans votre conscience , exercez contre vos propres péchés la sévérité de votre critique.

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