‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienneChapitre 138 sur 281 · X.IX. Moyens de réparer · texte numérisé non relu

X.IX. Moyens de réparer

Ne vous désespérez cependant pas , ô vous qui avez eu le malheur de vous laisser entraîner à ce dangereux péché ; ce serait le comble de votre infortune. La difficulté , l'impossibilité même d'une réparation convenable ne doit être ni un motif de vous décourager^ ni un prétexte à ne faire aucun effort. Maître indulgent , Dieu ne vous demande que ce que vous pouvez ; mais maître exact , il l'exige absolument. Vous ne détruirez peutêtre pas les impressions que vous avez faites ; mais vous les affaiblirez ; et, si vous ne détrompez pas tous ceux que vos suggestions ont égarés , vous pourrez au moins en ramener quelques-uns. Il en est à cet égard de la réparation de l'honneur , comme de celle de la fortune. Celui qui se trouve dans Timpuissance de rendie tout le bien injustement acquis , doit restituer ce qui est en son pouvoir. Ainsi vous devez vous efforcer de rendre la réparation de la réputation aussi entière que vous le pouvez. Il n'y a que l'impossibilité qui vous excuse de ne pas la rendre complète ; de ne pas la remettre au point où elle était avant votre détraction. Mais tout ce qui vous est possible vous est prescrit. Quel est le moyen d'opérer cette si essentielle réparation? Il faut distinguer la, calomnie et la médisance. Avez-vous raconté sur votre frère des faussetés ? C'est une rétractation franche et positive que vous devez à lui et à Dieu. Vous êtes obligé d'avouer votre tort dans toute son étendue. Si votre réputation en souffVe , celle de votre prochain , que vous avez altérée , exige impérieusement ce sacrifice. De même qu'un intérêt ne peut être compensé qu'au dépens de l'intérêt , la réputation doit être lavée au dépens d'une autre réputation. En matière d'honneur , payer , c'est s'humiher. Moins criminelle de sa nature que la calomnie, la simple médisance a cela de plus fâcheux , qu'elle est plus diffi-

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cile à réparer. La rétracter serait un mensonge : en parler même serait quelquefois une imprudence : on courrait risque de ranimer des impressions qui commencent à s'effacer ; de répandre davantage la publicité qu'on désire arrêter. Il faut un sage discernement pour juger les circonstances où on le peut sans inconvénient pour le prochain , et où par conséquent on doit avouer que c'est à tort qu'on en a mal parlé , et convenir de la légèreté , ou de la passion qui a fait tenir le propos injurieux. Mais il est une sorte de réparation que l'on peut et que l'on doit toujours. Les compensations en ce genre sont louables , justes , et , quand on ne peut pas mieux, sont nécessaires. Vous avez dit de votre frère le mal que vous saviez :. dites-en le bien que vous connaissez. Vous avez révélé ce qu'il y a de blâmable : publiez ce qu'il y a d'estimable en lui ; et , si vous ne pouvez détruire l'opinion fâcheuse que vous avez donnée de ses défauts, balancez-la du moins par l'opinion avantageuse que vous inspirerez de ses bonnes qualités.

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