‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienneChapitre 142 sur 281 · II. L'impareté généralement répandue · texte numérisé non relu

II. L'impareté généralement répandue

Jours heureux de nos pères dans la foi I II leur était permis de donner à leur zèle une libre carrière. Ils pouvaient sans inconvénient tonner contre le vice impur. Jours malheureux auxquels nous avons été réservés I C'est lorsqu'il serait plus que jamais nécessaire de dévoiler toute la turpitude de l'incontinence , qu'il devient dangereux même de soulever le voile qui la couvre. C'est parce que la licence a secoué tout frein, que nous sommes tenus à plus de circonspection pour en parler. C'est la corruption générale des actions , qui oblige à une plus sévère modestie dans le langage. Plût au ciel qu'il en fût de ce vice comme des monstres , qui sont d'autant plus rares qu'ils sont plus difformes ; et qui n'ont pour l'ordinaire, ni fécondité , ni suite I mais il en est tout autrement de l'impureté. C'est un incendie répandu sur toute la face de la terre (1). Tous les états , tous les rangs sont consumés de ses flammes. Elles dévorent spécialement les grands ; mais elles n'épargnent pas les petits. Elles embrasent les cours , les villes , leî^^ campagnes , les palais et les chaumières ; et nous l'avouons avec une amère douleur, elles pénètrent jusque dans le sanctuaire et dans les cloîtres. Pour satisfaire son appétit brutal, l'impudicité emprunte toutes les formes. Violente ou modérée , brusque ou insinuante , grossière ou polie , discrète ou pétulante , timide ou hardie , gaie ou sérieuse , modeste ou effrontée , elle change de manière en changeant de lieu : elle varie selon les personnes , et tend constamment au

(i) Neque vitara , neque nnptias mandas jam custodiunt : sed alias aliam par invidiam occidit , aut adulterans contristat. Sap. 14*, 24-

Et unusqaisque in uxoiem proximi sui operatus est abominationem : et socer nurum suam polluit nefarie ; frater sororem suam filiam patris sui oppressit in te. Ezeck. 22; 11.

SUR l'impureté, 249

même but , par des moyens toujours divers. L'homme agréable s'insinue par des flatteries , l'homme puissant séduit par des services , l'homme riche corrompt avec de l'or. Cette passion est le sujet des conversations , le terme des projets , le but des intrigues , l'objet des démarches , le lien des sociétés. Elle est parvenue à rompre les barrières qui s'opposaient à ses progrès ; à affaiblir les principes qui la réprimaient ; à supprimer les devoirs qui la contenaient ; à bannir les bienséances qui la gênaient. La pudeur , la pureté des mœurs , la fidélité conjugale , sont jouées sur les théâtres, raillées dans les cercles. Et ce qui est le comble de la corruption et de l'opprobre , on voit jusqu'à des hommes qui , non-seulement n'en rougissent pas , mais s'en glorifient , et font parade des excès qu'ils ont commis , quelquefois même de ceux dont ils ne se sont pas rendus coupables.

Dans d'autres endroits , le vice impur moins audacieux mais plus adroit , et par là plus dangereux , ne prétend pas se faire honorer , mais s'efforce de s'excuser. Il avoue humblement qu'il fait commettre des fautes ; mais , ditil , de tous les péchés mortels ce sont là les plus légers , puisque ce sont ceux auxquels la nature humaine est le plus vivement excitée. Quand ce raisonnement serait aussi juste qu'il est absurde , que pourrait en conclure le libertin ? Qu'importe qu'on se fracasse la tête en tombant d'un étage plus ou moins élevé ? La mort n'est-elle pas toujours la mort ? Et l'enfer n'est-il pas toujours l'enfer ? Mais dans quelle théologie a-t-il puisé cette ridicule maxime , que l'impureté est le plus léger des péchés ? Pour sentir combien elle est fausse , il n'y a qu'à considérer ce vice , soit en lui-même , soit dans la loi divine qui le condamne.

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