III. L'impureté souille le corps et avilit l'âme
On peut dire des autres péchés qu'ils laissent au moins à Dieu quelque partie du pécheur. S'ils infectent l'ùme ,
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ils laissent le corps sain (1) S'ils souillent quelques-unes des facultés spirituelles , ils n'attaquent pas les autres. La luxure a cela de particulier , qu'elle corrompt toute la masse ; qu'elle ne laisse pure aucune des parties , aucune des facultés de l'homme. Elle altère l'intelligence par les pensées qu'elle lui suggère ; l'imagination , par les tableaux qu'elle lui présente ; le cœur , par les désirs qu'elle lui inspire , la volonté , par les projets qu'elle lui fait naître ; la mémoire , par les souvenirs qu'elle lui retrace. Vous regardez l'idolâtrie comme un des plus énormes péchés. L'impureté en est une véritable. Ce n'est pas comme les anciens païens , une idole de pierre ou de bois : c'est une idole de chair que l'homme impur met à la place du vrai Dieu. Il en est au moins aussi adorateur que l'étaient les païens de leurs fausses divinités. Il s'abaisse, il se prosterne devant elle : il lui présente ses vœux et ses hommages : il lui offre en sacrifice tout ce qu'il a de plus précieux , et jusqu'à son âme : il en attend , comme des oracles , des réponses favorables ou contraires : il en reçoit les ordres avec respect , et les exécute avec servilité.
O âme malheureuse , qui vous laissez entraîner à cette passion , considérez à quel point elle vous aviht I En vous créant à son image , en unissant à vous un corps formé de boue et de poussière , l'intention bienfaisante de la Providence était de vous donner un serviteur qui exécutât toutes vos volontés. Elle avait ordonné que le corps , soumis à vous , fût sans cesse régi par vous , reçût de vous tous ses mouvements , vous obéît entièrement . ponctuellement , servilement , aveuglément. La passion impure intervertit cet ordre divin. Non-seulement elle révolte Je corps contre vous, mais elle le rend votre maître. Par la plus déplorable des révolutions^ elle nous arrache
(i) Omne peccatom quodcninque fecerit homo extra corpus est qui autem fornicatur in corpus snum peccat. Cor. 6; i8.
scR l'impdrete. 'loi
l'empire que vous aviez reçu du Créateur , et le transporte à votre sujet. Elle vous lait l'esclave de celui qui était le vôtre. Assujettie désormais à la matière , vous recevrez d'elle la loi que vous deviez lui donner (1). Ce honteux avilissement n'est pas encore le seul qui dégrade l'âme. Avec sa pureté , elle perd la glorieuse ressemblance qu'elle avait avec Dieu. Le mérite de toute image est de ressemblera son modèle. Dieu étant un pur esprit séparé de toute matière, riiomme ne lui ressemble qu'en vivant de la vie de l'esprit ; qu'en se dirigeant selon les maximes de l'esprit (2). Or, entre toutes les vertus , celle qui fait participer le corps aux propriétés de l'esprit , qui exalte l'homme aune vie céleste, qui le rend semblable aux anges , qui lui donne le plus de conformité avec la Divinité , c'est la pureté. Quand au contraire , comme dit saint Paul , il vit selon la chair , et quand il ne réprime pas par l'esprit les mouvements de la chair (3), qu'en un mot , il cesse d'être l'homme spirituel , pour se rendre l'homme charnel , il défigure l'image de Dieu : il efface dans lui-même les traits qui représentaient son auteur.
Et ce n'est pas seulement envers son âme , que le libertin se rend criminel. En souillant son corps , il le profane. Ignorez-vous (c'est la théologie de l'apôtre) que vos membres sont les temples de Dieu ; qu'il réside dans vous ; que ce temple du Seigneur , qui n'est autre que vous-même , doit être saint ? Pouvez-vous douter qu'il
(i) Dico autem : Spiritu ambulate , et desideria carnis non perlicietis. Caro enim concopiscit adversns spirituin; spiritus autem adverses carnem. Haec enim sibi invicem adversantnr; ut non quaecumqae vultis, illa faciatis... Manifesta sunt autem opéra carnis, quae sunt fornicatio, immunditia , impudicitia , luxnria. Galat. 5; 16 ec seq.
(2) Qui adhaeret Domino unus spiritus est. Fugite fornicationem. i Cor. 6; 17.
(3) Ergo, fratres, debitores sumus non carni, ut secundum carnem vivamus. Si enim secundum carnem vixeritis, moriemini. Si autem spiritu iacta carnis mortificaveritis, vivetis. Rom. 8; 12.
25â SUR l'i3IPURETÉ.
n'écrase les profanateurs de son temple? Glorifiez donc le Seigneur, conclut-il; et portez-le dans votre corps (1). Tel a été , entre les bienfaits si nombreux , si avantageux, si glorieux pour nous , de l'incarnation de notre Dieu , un des plus signalés , que notre corps lui-même en a ressenti les heureux effets. Dans le christianisme le corps humain a reçu un nouvel être. En unissant à sa divinité notre chair , Jésus-Christ l'a ennoblie , l'a consacrée. Il a agrandi ses destinées , en lui promettant la résurrection. Il a élevé sa nature , en contractant avec elle une union intime. Nos corps ne sont plus une vile poussière destinée à rester éternellement confondue avec la boue dont ils furent tirés. Dans le baptême ils sont devenus les membres de Jésus-Christ , appelés à partager un jour sa gloire. Ils sont à Dieu , dit saint Paul , et Dieu est à eux (2). Qu'est-ce donc que fait celui qui emploie son corps à un usage aussi vil , aussi honteux que l'impureté ? Nous craiudrions , en le disant , de blasphémer , si le même apôtre , inspiré par l'Esprit saint , ne Tavait dit avant nous. Il prend les membres de Jésus-Christ , pour en faire des membres de prostitution (3). Je vous conjure donc, mes frères , c'est toujours le grand apôtre qui nous parle , je vous conjure par la miséricorde du Seigneur , de présenter à Dieu vos corps , comme une hostie vivante , sainte , et agréable à ses yeux (4).
(i) Nescitis qnia templnm Dei estis; et spiritus Dei habitat in vobis. Si quis autem templam Dei violaverit, disperdet illum Deus- Teraplum enim Dei sanctum est : qaod estis vos. i Cor. 3; i6, 17.
An nescitis quoniam membra vestia templnm snnt Spiritus sancti qui in vobis est, quem habetis a Deo, et non estis vestri? Empti enim estis pretio raagno. Glorificate, et portate Deum in corpore vestro. 6;
(2) Corpus autem non fornicationi sed Domino , et Dominas corpori. Ibid i3.
(3) Nescitis quoniam corpora vcstra membra sunt Ciiristi. Tollens ergo membra Chrisli , faciam membra meretricis? absit, i Cor. 6; i5.
(4) Obsecro itaque , fratres, per misericordiam Dei , ut exbibeatis corpora vestra hostiam viventem, sanctam,Deo placentem. Rom, 12; i.
SUR l'impureté. 253
Comment donc peut-on regarder comme léger un péché qui a des caractères propres de turpitude et d'opposition directe à Dieu , si nombreux et si graves? Ouvrez les saintes Ecritures; parcourez tous les livres , et de l'an-^ cienne et de la nouvelle loi : vous n'en trouverez aucun où vous ne lisiez de sévères condamnations de ce vice , et quelquefois fréquemment répétées. Moïse et les prophètes , Jésus-Christ et ses apôtres , tonnent contre cette malheureuse passion , avec une force particulière. Il serait trop long de rapporter toutes les exhortations , toutes les invitations , toutes les instances , tous les préceptes , dont sont pleins les livres sacrés. Si ce péché était le moins grave de tous , serait-il le plus positivement , le plus sévèrement , le plus fréquemment condamné ?