‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienneChapitre 149 sur 281 · X. L'impureté cause l'endurcissement · texte numérisé non relu

X. L'impureté cause l'endurcissement

Et de là résulte le dernier et le plus terrible des malheurs, l'impénitence f nale. De l'habitude de l'impureté, naissent l'endurcissement et le désespoir. Le malade altéré demande , non qu'on fasse cesser sa soif , mais qu'on la satisfasse. De même le libertin ne veut pas la fin , il veut le contentement de sa passion. Tout ce qui la contrarie , ou l'afflige , ou l'irrite. En vain pour le retirer de son criminel et fatal état , la religion lui présente ses secours abondants. Tout ce qui pourrait opérer sa conversion , il le rejette. La parole divine l'effraie , la lecture pieuse l'ennuie , la prédication évangélique le gêne , la société des hommes vertueux l'embarrasse , la prière le dégoûte , la méditation le fatigue , la pénitence le trouble. Si quelquefois , ou par un reste de foi , ou pour conserver aux yeux du monde quelque apparence de religion , il va se présenter au tribunal sacré , à qui s'adresse-t-il? Au confesseur le plus facile , le plus relâché. ! Comment s'y adresse-t-il ? Souvent en dissimulant le véritable état de son âme. Ce qu'il appelle des pénitences

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n'est que des aggravations de crimes qui l'entretiennent de plus en plus dans son crime habituel. Il ne veut pas réellement faire pénitence , il ne croit pas même le pouvoir. Dans les commencements de son égarement , il s'était flatté d'avoir toujours la facilité d'en revenir. Il s'était livré d'autant plus librement à l'impureté , qu'il comptait être en tout temps le maître de la contenir. Maintenant qu'il s'y est entièrement adonné , il ne se sent plus la force de s'en retirer. Il se persuade que le retour à Dieu lui est devenu impossible (1). Ainsi le père du mensonge emploie , pour le tenir dans ses filets , les moyens opposés. Il lui inspire tantôt la présomption , tantôt le désespoir , il l'attire par l'une , il la retire par l'autre. Arrivé à ce point , le libertin ne veut plus même tenter d'efforts pour se convertir , convaincu de leur inutilité. De quoi donc se défie-t-il ? ou plutôt de qui ne se défie-t-il pas? Il se défie de Dieu ; mais la miséricorde infinie lui tend les bras , l'invite , le presse de s'y jeter. Il se défie des ministres sacrés ; mais pleins de charité ils lui ouvrent les saints tribunaux ; il l'y appellent , ils le sollicitent , ils l'exhortent , ils l'engagent de tout leur pouvoir à venir y recevoir le sceau de la réconciliation. Il se défie surtout de lui-même , de sa force , de sa persévérance. Homme pusillanime , cette défiance serait raisonnable si vous n'étiez pas assuré du secours de la grâce : criminelle aujourd'hui, puisqu'elle vous entretient dans le péché, elle peut , si vous le voulez , vous devenir salutaire. Késervez-la après votre pénitence , et elle vous sera aussi utile qu'elle vous est funeste. Convertissez- vous , et ensuite défiez-vous de vous; la défiance alors assurera la sincérité de votre conversion. Convertissez-vous, et ensuite défiez-vous de vous ; la défiance alors vous tiendra éloigné des occasions dangereuses. Convertissez-vous , et ensuite défiezvous de vous : la défiance alors vous fera recourir à la

(i) Desperantes, semetipsos tradiderunt irapudicitiae , in (.)pcratio nem immnnditise omnis. Ephes. 4; i6.

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prière et à l'intercession des saints. Convertissez- vous , et ensuite défiez-vous de vous ; la défiance alors vous entretiendra dans une vigilance perpétuelle. Convertissezvous , et ensuite défiez-vous de vous ; la défiance alors vous préservera des rechutes. Mais se défier de soi-même pour ne pas se convertir , c'est vouloir être damné. Mais croire impossible ce que Dieu assure que vous pouvez , ce à quoi il promet de vous aider , c'est à la fois dans vous une absurdité , envers Dieu une injure. Vous êtes un malade qui , ne sentant pas votre mal , et vous y plaisant , craignez encore plus la guérison que la mort , et qui , malgré les assurances positives de votre infaillible médecin , alléguez , pour vous dispenser des remèdes qui vous répugnent , une prétendue faiblesse à les supporter.

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