‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienneChapitre 148 sur 281 · IX. L'impureté va toujours en croissant · texte numérisé non relu

IX. L'impureté va toujours en croissant

Ces rechutes dans ) 'incontinence , si multipliées , si continues , forment une chaîne de péchés , qui , se prolongeant sans mesure , enveloppe le pécheur de ses divers contours , le lie étroitement et continûment , et l'attache de plus en plus à sa passion. C'est un principe certain dans la morale , évident par la raison , constant pai l'expérience , que les passions se fortifient , à mesure que les actes en sont plus multipliés. Ce sont les actions réitérées , soit en bien soit en mal , qui forment les habitudes bonnes ou mauvaises. Mais les plus faciles à contracter sont celles qui ont le plus de rapport à notre nature , et comme , depuis le péché du premier père , nos inchnations sont naturellement portées au mal (1) , les habitudes vicieuses sont celles dont nous nous chargeons le plus aisément. Ne soyons donc pas étonnés , si nous voyons dégénérer le plus fréquemment en habitude celui de tous les vices auquel la nature nous porte le plus puissamment , sur lequel la concupiscence est la plus ardente , dont l'attrait est le plus séduisant , dont les impressions sont les plus vives , dont les tentations sont les plus fortes. Un peu d'expérience , je ne dis pas seulement du ministère sacré et de l'intérieur des consciences , mais du monde , et de ce qui se passe journellement et publiquement autour de nous , confirme cette vérité, et montre l'attachement vif, violent , j'ai presque dit invincible, que prennent pour la passion impure ceux qui s'y livrent. Et plaise à Dieu que nous ne connaissions que des exemples étrangers , et que nous n'ayons pas le malheur d'en être instruits par une expérience personnelle. Au moins, en réfléchissant sur nous - mêmes et sur ce que nous

(i) "Videns aatem Deus quod... cuncta cogitatio cordis intenta esset ad inalura onini tempore. Gen. 6; 5.

SUR l'impureté. 263

éprouvons , nous devons sentir , par la difficulté que nous avons de résister à cette passion , la grande facilité de s'y attacher. La nécessité des combats nous montre le danger , et leur violence nous en fait voir l'étendue. Tremblons de tomber dans ce déplorable état. L'habitude est, dit-on, une seconde nature, et celle-là est plus dangereuse que la première , parce qu'elle est l'ouvrage de son propre choix , et qu'on s'est plû à la former. Mais elle devient bien plus funeste encore , cette nature que nous nous sommes faite , quand elle s'unit à celle dans laquelle nous sommes nés. Elles se donnent l'une à l'autre une force extrême. D'une part , on n'a pas la volonté de se défaire d'une nature qui plaît ; de l'autre , on n'a plus la force de renoncer à un plaisir dont on a contracté l'habitude.

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