‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienneChapitre 154 sur 281 · XIV. Difficnlte de la conversion d'nn impndiqae · texte numérisé non relu

XIV. Difficnlte de la conversion d'nn impndiqae

Nous déplorons les maux sans nombre qu'attire sur la race humaine le vice auquel elle est le plus sujette. Il en est encore un qui doit , entre les autres , être l'objet de notre plus profonde douleur et de notre plus grand effroi. C'est l'extrême difficulté qu'éprouve la conversion d'un homme livré à cette passion. Le vaisseau brisé au milieu de la mer est souverainement difficile à radouber et à ramener au port. Gardons-nous cependant de tomber dans l'erreur où s'égara TertuUien, et de regarder ce péché comme iiTémissible dans un chrétien. Quelque criminels que nous soyons , Dieu est encore plus miséricordieux. Tant qu'il nous laisse dans ce monde , il nous permet , il nous presse même de revenir à lui , il nous en présente les motifs , il nous en donne les moyens. Mais de cet excès même où a donné l'un des plus grands défenseurs de la religion , concevons l'idée qu'avait de l'impudicité l'Eglise de son temps. Rappelons-nous la sévérité avec laquelle elle traitait ceux qui s'en étaient souillés , la lente circonspection avec laquelle elle les

(i) Nunc ergo, fili mi, andi nie, et attende verbis oris raei. Ne abstrahalur in viis illius mens taa : neqoe decipiaris seœitis ejus. Multos enim vulneratos dejecit, et foriisbimi quique interfecti sunt ab ea. Prov. 7 ; 24, 25, 26.

(2) Hoc enim nefas est et iniqoitas maxima. Ignis est usqueî^ad perditionem devorans : et omnia eradicans genimina. Job. 3i ; 11,

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admettait au bienfait de la réconciliation. Et une expérience malheureusement trop constante ne nous montret-elle pas l'excessive difficulté de leur vraie conversion ? Ils sont bien rares les exemples des Madeleines et des Augustins , qui , après avoir scandalisé le monde de leur débauches , finissent par l'édifier de leur repentir. Ils sont si rares , qu'au heu de confiance , ils devraient bien plu« tôt inspirer de la frayeur. Et voyez par ce que saint Augustin lui-même nous apprend dans ses Confessions , que d'obstacles cette honteuse passion éleva contre sa pénitence : quelle longue résistance elle opposa aux mouvements salutaires delà grâce. S'il n'avait été qu'hérétique, il se serait promptement rendu. L'erreur des manichéens, qui l'avait d'abord séduit , fut bientôt dissipée dans son esprit. Mais il était impudique : son cœur se raidit longtemps contre les larmes de sa mère , contre les remords de sa concience , contre les inspirations divines. Il serait naturel de croire que la vieillesse serait enfin le terme de cette passion. Mais la luxure a conservé toute sa force , tandis que l'âme a perdu celle de lui résister. Le torrent desséché termine ses ravages. L'impudicité continue les siens , lors même qu'elle a perdu son aliment. Elle se survit à elle-même , et dans un corps glacé par l'âge, elle réchauffe encore l'imagination. Ne pouvant plus souiller les sens , elle salit la mémoire ; et ne faisant pas pécher le vieillard par ses plaisirs , elle le rend criminel par ses souvenirs et ses regrets. Ce terrible volcan , sous les neiges de la caducité qui le couvrent , entretient encore ses feux impurs. 0 vous qui gémissez dans les malheureuses habitudes de ce vice honteux , qui en reconnaissez le danger , qui remettez votre conversion au temps où l'âge aura mis un terme à vos jouissances, considérez Salomon, et les deux vieillards de la captivité ; et par ces mémorables exemples , jugez de votre aveugle confiance. Et si vous voulez consulter la raison et la foi , elles vous diront que , pour se tirer d'un vice , trois choses sont nécessaires ; que l'intellect le connaisse , que la volonté le rejette, que Dieu aide. Combien donc doit-il être difficile

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de revenir d'une passion qui met obstacle tout à la fois à ces trois moyens de retour ; qui aveugle l'intellect , qui lie la volonté , qui arrête les grâces I L'incontinence aveugle l'intellect. Le Sage compare l'homme qui s'y est livré au pilote endormi au milieu de la mer (1). Comment se retirera-t-il de la tempête , s'il ne s'en aperçoit pas ? Il suffit à la guérison des maux corporels que le médecin les connaisse. Pour guérir les maux spirituels il est nécessaire qu'ils soient vivement sentis par le malade. Comment voudra se guérir celui qui ne croit pas avoir de mal ? Le chien , tant qu'il ne voit ou ne sent pas le gibier, ne le poursuit point. De même la volonté ne cherche pas un bien dont dont elle n'a point l'idée. Mais de plus , elle-même est liée à son péché : elle y tient par ime chaîne bien forte et bien pesante. C'est un oracle émané de l'Esprit-saint , que ceux-là ne retournent pas leurs pensées vers le Seigneur, qui ont au dedans d'eux un esprit d'impureté (2). Et on conçoit aisément que le passage n'est pas facile d'une extrémité à l'autre , en sorte que l'on voie aujourd'hui baigné dans les larmes de la pénitence celui qui brûlait hier des flammes impures. Devant elles l'âme humaine est comme le soufre : elle s'embrase toute entière au moindre contact , n'y touchât-elle que par une simple pensée , elle doit redouter Tincendie. Ce vice a cela de plus redoutable que les autres , qu'il est dangereux de s'en occuper, même pour le détester. En repassant dans son esprit les péchés commis contre la pureté , il est à craindre , au lieu d'en concevoir la juste indignation , d'en ressentir une secrète complaisance. Cette funeste délectation poursuit quelquefois le pécheur jusque dans le tribunal sacré. En conséquence l'Eglise

(i) Oculi tui videbant extraneas , et cor tuum loquetur perversa : et eris sicat dormiens in medio mari, et quasi sopitus gubernator amisso clavo. Proi>. a.H ; 33 , 34.

(2) Non dabunt cogitationes snas ut revertantur ad Deura suam : quia spiritus fornicationum in medio eorura. Osée 5; 4-

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recommande dans sa sagesse , et aux pénitents de ne pas entretenir ces souvenirs par une accusation trop particularisée , et aux confesseurs de ne les pas réveiller par des questions trop détaillées. Enfin ce qui achève de rendre la pénitence de ce péché plus difficile , c'est qu'il diminue l'abondance des grâces nécessaires pour l'opérer. Le Seigneur s'en explique nettement par son prophète. Je ne visiterai point , dit-il , vos filles, quand elles se seront livrées à la fornication ; ni vos femmes , quand elles se seront souillées par l'adultère (1). Et n'est-il pas dans l'ordre de la justice divine de faire de ses dons la récompense du mérite ; d^en faire au moins les encouragements, les soutiens de la volonté de mériter? Le libertin a-t-il droit de se flatter que Dieu le convertira malgré lui ? Peut-il raisonnablement imaginer que Dieu fera des miracles , pour conduire dans son paradis celui qui n'a pas la volonté d'y aller ?

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