XV. Deux parties dans la contrition
Les protestants , qui ont répandu leur doctrine erronée sur toutes les parties du sacrement de pénitence , ont prétendu réduire la contrition à la simple résolution de ne plus commettre de péché , et au commencement d'une nouvelle vie. Mais l'Eglise catholique enseigne, et son dernier concile général l'a défini , que la contrition a deux parties ; l'une pour le passé , qui est la détestation , le regret amer des péchés commis ; l'autre pour l'avenir , qui est la forte résolution de n'en plus commettre (1). Que nos frères séparés de nous considèrent que le nom même de contrition exprime le brisement du cœur. Qu'ils fassent attention que , s'il ne peut y avoir de regret sans ferme propos , réciproquement il ne peut exister de ferme propos sans regret. Ce sont deux choses inséparablement unies. Celui-là ne déteste , ne regrette pas sincèrement ses péchés , qui est dans la disposition de les renouveler ; et de même il ne peut pas avoir une résolution ferme de ne plus retomber dans ses fautes , l'homme qui y conserve de l'attachement , qui n'est pas affligé de s'en être souillé. Qu'ils parcourent enfin tous les exemples de pénitents que présentent les saintes Ecritures : en trouveront-ils un seul qui n'ait mérité son pardon par sa profonde affliction ? Ils changeaient de vie , parce qu'ils étaient douloureusement peines de celle qu'ils avaient menée.
(i) Contritio , qiise primam locura inter dictos pœnitentis aclas babet , animi dolor, ac delestatio est de peccato connnisso , cum proposiro non peccandi de caetero. Conc. Trid. doctrina de sacrum, pœnit. cap. 4.
Déclarât igitor, sancta synodas, banc contritioneni, non solum cessationeni a peccato et vitce nov?e proposilum et incboationeni, sed veteiis etiam odinm continere. Ibid.
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Tel est donc l'ordre . telle est la correspondance de ces deux parties , sans la réunion desquelles il ne peut y avoir de véritable contrition. La vivacité du regret est le principe de la ferme résolution ; et la fermeté de la résolution est l'effet nécessaire et le signe certain du vif regret. Pécheur , que la grâce a touché , vous désirez savoir si vous êtes véritablement pénétré de cette sincère contrition qui réconcilie avec Dieu. Jugez-en par vos résolutions. Vous sentez-vous , non plus ces velléités de conversion , ces demi-volontés de changement , ces projets vagues d'une meilleure vie , trop communs dans la carrière de la pénitence , et qui ne font que rassurer les prévaricateurs en les aveuglant ; mais une détermination forte , assurée , efficace , et de fuir le péché , et de retrancher tout ce qui peut vous y porter ? Yoyez le cultivateur qui a découvert dans son champ une plante vénéneuse : il ne se contente pas d'en couper les branches, ou même d'abattre le tronc : il va dans le fond de sa terre extirper jusqu'aux dernières racines. De même , qu'il ne vous suffise pas de vouloir ôter le péché de la superficie de votre âme. Prenez le parti de l'en déraciner. Pénétrez dans votre intérieur. Résolvez-vous fortement aux précautions les plus assujettissantes , aux sacrifices les plus pénibles , à la fuite des occasions les plus flatteuses , à une résistance continue , opiniâtre , contre les tentations de tout genre , soit contrariantes , soit séduisantes. Si vous n'êtes pas fermement dans ces courageuses dispositions , vous n'avez rien de la vraie contrition : vous n'êtes , ni réellement décidé à fuir le péché , ni affligé de l'avoir commis.
XS^I. Nécessité de la contrition.
La contrition est la première , et la plus nécessaire partie du sacrement de pénitence. Elle est la première , parce que c'est elle qui fait produire les deux autres, qui les anime, et leur communique sa vertu. Elle est la plus nécessaire. C'est elle qui forme vraiment le pénitent , et
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qui constitue essentiellement la pénitence. Les actes extérieurs du sacrement , séparés de la contrition , sont un corps sans âme ; ce n'est qu'un simulacre de pénitence. Elle est même la seule absolument , et dans toutes les circonstances , nécessaire. Dieu daigne accorder le pardon à une parfaite contrition , quand la confession et la satisfaction sont impraticables. Mais il ne guérit jamais que les cœurs contrits (1). Tout peut être suppléé par la contrition ; rien ne remplace la contrition. Pensons au feu de l'enfer , une larme l'éteint : levons les yeux vers le paradis , un bon acte de contrition a la force de nous l'ouvrir.
XYII. Deux sortes de contritions.
On distingue deux sortes de contritions ; l'une parfaite , l'autre imparfaite , autrement appelée attrition. Elles conviennent entre elles , en ce que l'une et l'autre renferment le vif regret et la ferme résolution ; en ce que l'une et l'autre , pour être réelles , doivent réunir les mêmes qualités; mais elles diffèrent par leur motif. La contrition parfaite est conçue par la charité parfaite : l'attrition est formée par la crainte des peines de l'enfer , ou par la considération de la difformité du péché.
XYIII. Contrition parfaite.
En quoi consiste cette charité parfaite, principe de la parfaite contrition ? Sur cette question , les docteurs catholiques sont partagés ; et nous n'avons pas à entrer dans leurs divers systèmes. Disons , avec Bossuet , que celui-là aime le mieux , qui aime le plus , par quelque motif que ce soit. Efforçons-nous d'exciter en nous l'amour le plus tendre , le plus vif, par toutes les consid^-
(i) Qui sanat conlritos corde. Psalm. 146; 3. II Consicl. sur la Mor. Chrét.
rations propres à le faire naître , à l'animer , à l'exalter , à le perfectionner. Méritons que le divin Rédempteur répète sur nous ce qu'il dit d'une célèbre pénitente : Beaucoup de péchés lui sont remis , parce qu'elle a beaucoup aimé (1). Cet amour élargira la main qui tient les grâces; et, faisant de la justice même le canal de la miséricorde , nous obtiendra la rémission , et de tous nos péchés, et de toute leur peine. Observons cependant que , si , comme nous l'avons dit , la contrition parfaite justifie le pécheur par elle-même, et avant le sacrement, il est nécessaire qu'il y joigne le désir et la résolution de recevoir le sacrement aussitôt qu'il en aura la possibilité. Il n'a pas une charité , une contrition parfaites , celui qui ne veut pas se soumettre pour ses péchés aux œuvres laborieuses de la pénitence.