‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienneChapitre 166 sur 281 · XII. L'oisiveté plas vicieuse dans les classes distinguées · texte numérisé non relu

XII. L'oisiveté plas vicieuse dans les classes distinguées

Et ce qu'il y a de plus déplorable , c'est que cette vie oisive est surtout commune dans les classes les plus distinguées. Un préjugé trop accrédité semble faire du repos et de la dissipation l'apanage du rang et de l'élévation. On se souvient beaucoup trop que l'on est grand : on ne pense pas assez qu'on est chrétien. On s'occupe fort des revenus , des honneurs qu'on a reçus de ses pères , et nullement des obligations qui y sont attachées. On croit

(i) Vade ad forraicam , o piger; et considéra vias ejus; et disce sapientiam, Prov. 6; 6.

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n'avoir qu'à jouir des uns , on ne sent pas , ou on ne veut pas sentir la nécessité de se charger des autres. Mais moi , au nom de la religion , au nom de la patrie , je m'élève contre cette erreur si dangereuse. Le rang et l'élévation , loin d'être des titres à l'oisiveté , imposent des obligations plus strictes encore au travail. Cest là , c'est dans la région élevée de la société , que la fainéantise expose à de plus grands dangers , cause de plus grands maux. C'est là qu'elle produit plus de vices , qu'elle fait éclater plus de scandales. C'est là , en un mot, qu'elle est et plus inexcusable , et plus criminelle.

Ceux que la Providence a placés dans les classes inférieures , trouvent trop souvent , pour leur malheur , une excuse à l'inoccupation , dans l'impuissance où ils sont réduits. La dureté des riches , ou peut-être uniquement celle des temps (car je ne cherche pas à multiplier les reproches) , prive un grand nombre d'entre eux du travail nécessaire à leur vie. Cette fatigue , que les grands fuient avec tant de soin , est l'objet de leurs vœux les plus ardents. Les malheureux voient leurs bras , l'unique moyen de subsistance et d'eux et de leur pauvre famille^ condamnés à une inaction meurtrière , tandis qu'autour d'eux leurs enfants éplorés demandent le pain qu'ils ne peuvent leur procurer. Et lorsque le maître de la vigne viendra faire cette redoutable interrogation : Pourquoi passez-vous ainsi la journée entière dans l'oisiveté? ils répondront avec les ouvriers de l'Evangile : Ce n'est pas à nous qu'est la faute , personne n'a voulu employer nos travaux et nous en donner le prix (1).

Mais qu'auront à lui répondre tous ces grands livrés à la mollesse et à la dissipation , que nous vîmes se présenter aux emplois et aux places élevées , avec une audacieuse présomption pour en remplir ensuite les devoirs

(i) Dicit illis : Qaid hic statis tota die otiosi ? Dicunt ei : Quia nemo nos conduxit. Matth. 20; 6, 7.

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avec une coupable noncbalance ? Aussi actifs autrefois dans l'intrigue , pour obtenir les cbarges , que lâclies et négligents maintenant pour les exercer, oseront- ils présenter au Juge suprême l'excuse qu'ils donnent au monde , de leur condition et de leur état ? Ce sont les obligations mêmes de leur condition négligées , les fonctions de leur état omises , qui feront le titre de leur condamnation.

Lorsque Dieu vous appela à ce poste élevé que vous occupez , lorsque la patrie vous y reçut , il fut fait par vous un pacte avec l'un et avec l'autre. La dignité ne vous fut conférée que pour que vous en remplissiez les devoirs. La charge fut la condition expresse de l'honneur. Vous n'avez droit aux avantages qu'apporte votre place qu'autant que vous en acquittez les obligations. Mais , dans votre injuste prétention , vous séparez les clauses réciproques . essentiellement inséparables. Vous voulez jouir des prérogatives sans exercer les fonctions pour lesquelles seules les prérogatives vous ont été accordées. Ainsi vous violez le contrat qui vous a mis en place; vous anéantissez vous-même votre titre; vous prononcez d'avance l'arrêt de destitution que Dieu vous fera subir un jour , et que devrait dès' à présent rendre contre vous la société.

Que dans les classes communes un particulier néglige ou omette ses obligations , elle n'y a qu'un médiocre intérêt ; le plus souvent ce n'est qu'à lui-même que le malheureux fait tort. Pour le punir , il suffit presque toujours de l'abandonner à sa faute. Mais quelle raison n'a pas la patrie de se venger de celui qu'elle a élevé à une place importante , et qui trompe sa confiance ; qu'elle a revêtu de grands honneurs et de grands devoirs , et qui se décore des uns , sans vouloir remplir les autres; à qui elle a confié ses plus précieux intérêts , et qui les trahit ? Quel vide ne laisse pas la nonchalance de Tadministrateur? Que d'injustices n'entraîne pas la négligence du magistrat ? Que de désordres n'introduit pas la fainéantise du ministre des autels ? Plus la dignité est

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imposante , plus l'oisiveté y est dangereuse. Et c'est encore un caractère de ce vice : criminel dans son principe, il est aussi funeste dans ses suites.

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