‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienneChapitre 168 sur 281 · XIV. C'est un mal de ne pas faire le bien · texte numérisé non relu

XIV. C'est un mal de ne pas faire le bien

L'oisiveté serait pernicieuse au salut , quand elle ne ferait que conduire à la cessation des œuvres vertueuses. C'est une erreur , et une erreur bien dangereuse , de croire que , pour être sauvé , il suffit de ne pas commettre d'actions criminelles. Et ce qu'a de plus funeste cette illusion , c'est qu'elle se trouve quelquefois même parmi les personnes qui vivent d'ailleurs avec une sorte

(i) Omnis enim homo qui comedit, et bibit , et videt bonum de labore suo, hoc est donum Dei. Eccl. 3 ; i3.

(2) Bonoium laborum gloriosus est fructus; et qnae non concidat radis, sapientiae. Sap. 3 ; i5.

(3) Gloria , honor et pax , omni operanli bonum. Rom. 2 ; lo.

(4) Ei autera qui operatur, merces non imputatur secundum gratiaui , sed secundum debitnra. Rom. 4; 4.

IL lo*

298 SUR l'oisiveté.

de régularité ; et qui dans leur aveuglement , imaginent allier le relâchement de la fainéantise avec les saintes règles de la dévotion. N'est-ce donc que pour ne pas faire le mal , que Dieu nous a mis sur la terre? C'est un grand mal de se borner à ne pas commettre le mal. C'est un péché très-grave d'omettre le bien auquel on est tenu. Et que deviendrait l'Eglise de Jésus-Christ , si celte maxime erronnée parvenait à s'ériger en règle : si chacun , partant du principe qu'il suffit de s'abstenir du mal , les œuvres chrétiennes étaient partout abandonnées , les pratiques religieuses universellement omises , les devoirs de l'état généralement néghgés ?

Et voilà l'effet indubitable de l'oisiveté. On a commencé par trouver douce la cessation de quelques œuvres chrétiennes ; on finit par les trouver toutes insupportables. La méditation fixe l'imagination ; elle fatigue. La lecture pieuse est sérieuse et grave , elle ennuie. La prière demande du recueillement; elle déplaît. La retraite amène des réflexions fâcheuses ; elle attriste. Les devoirs de l'état assujettissent à l'assiduité ; ils gênent. La visite des hôpitaux présente des objets désagréables ; elle dégoûte. La confession éveille le remord ; elle effi'aie. La participation à l'Eucharistie oblige à une vie pleine , à des œuvres de pénitence ; elle importune. Chaque devoir, chaque pratique religieuse, trouve dans l'homme oisif un obstacle , que son âme énervée n'a pas la force de surmonter. Plus il se livre à son indolence , plus elle augmente. C'est un limon dans lequel il est tombé. A mesure qu'il s'y enfonce , il s'engage , s'embarrasse , et perd de plus en plus la force et le mouvement qui lui seraient nécessaires pour s'en retirer.

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