XV. L'oisiveté livre aux tentations
Plût à Dieu encore , que ce déplorable vice ne traînât à sa suite que des péchés d'omission. Mais quel moyen peut avoir de résister aux tentations un homme abandonné à l'oisiveté ? Vous le savez , et c'est une vérité de
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foi , la vie de l'homme sur la terre est une guerre continuelle (1). Un ennemi acharné à notre perte, tel qu'un lion affamé , rôde sans cesse autour de nous , cherchant tous les moyens de faire de notre âme sa proie (2). Vous le savez , et au milieu de ce danger , vous restez tranquille. Continuellement attaqué , vous ne pensez pas à vous défendre. Déjà si exposé par votre faiblesse à devenir la pâture du démon , vous lui donnez encore prise sur vous par votre indolence (3).
XYI. L'oisiveté est contraire à la charité.
Parce que vous ne commettez pas de péchés manifestes, vous vous croyez en état de grâce. Peut-être même en imposez-vous au public par une apparente régularité , et êtes-vous comme cet évêque de l'Apocalypse , qui , ayant parmi les hommes la réputation d'être vivant , était mort aux yeux de Dieu (4). Mais, ce qu'il y a de certain, c'est que vous vous faites à vous-même illusion , et la plus dangereuse des illusions , puisque non-seulement elle vous retranche les moyens de sortir de votre état , mais qu'en vous y attachant , elle vous en ôte jusqu'à la pensée. Qu'est-ce donc qui vous abuse ? Vous formezvous l'idée d'un christianisme sans charité ? Vous flattezvous d'allier la charité avec la négligence ? Il est impossible que cette vertu et ce vice subsistent longtemps ensemble. Il faut nécessairement à la longue ou que la charité réveille , secoue et chasse la négligence ; ou que la néghgence prévalant étouffe et éteigne la charité. Il est insensé de croire qu'on ait la charité, sans en faire aucun
(i) Militia est vita horainis saper terram. Job. 7 ; i.
(2) Adversaiius vester diabolus, tamqaam leo rugiens, circuit ^uaerens quem devoret. i Petr. 5; 8.
(3) Nolite locum dare diabolo. Qui furabatur jam non fnrelur ; magis autem laboret , operando uianibus suis. Ephes. 4; 27, 28.
(4) Nomen babes quod vivas : et inorUius es. Apoc. a; i.
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acte ; qu'on ait la charité sans en ressentir les ardeurs ; qu'on ait la charité , sans s'occuper souvent de Dieu ; qu'on ait la charité , sans fréquenter les sacrements ; qu'on ait la charité, en pratiquant négligemment ses devoirs de religion et d'état ; qu'on ait la charité , en vivant dans une absence continuelle des œuvres salutaires qui soutiennent , alimentent , réchauffent , augmentent la charité. La charité est une vertu essentiellement active. C'est par elle qu'agissent les autres vertus (1). C'est elle qui donne à l'âme le mouvement , la chaleur et la vie. Veut-on la trouver dans une âme devenue inerte , à peu près comme l'est la matière ? Combien est-il donc dangereux ce vice qui fait perdre la première , la plus utile , la plus essentielle des vertus ?
XYII. Exemples des saints.
Si vos maximes sur la satisfaction sont véritables , celles de tous les saints qui vous ont précédé sur la terre , étaient donc bien fausses. Si vous pouvez opérer votre salut sans rien faire, ils étaient bien insensés dépasser leur vie dans des occupations successives et jamais interrompues. Suivez les apôtres dans le cours de leur carrière. Aux travaux si pénibles de leur ministère , vous les verrez joindre un travail assidu de leurs mains , quoique la charité et la piété des fidèles puissent les en dispenser (2). Déserts de la Thébaïde , découvrez à nos regards vos profondes cavernes , où vous renfermez les modèles de
(i) Fides quae per charitatem operatnr. Gai. 5; 6.
(a) Usque in hanc horam et esarimus , et sitimas... et laboramus opérantes manibns nostris. i Cor. 4; ii, 12.
Meraores eslis, fratres, laboris nostri et fatigationis , nocte ac^die opérantes, ne quem vestrum gravaremus. i Thessal. i'^ 9.
Neqne gratis panem mandacavimus ab aliquo ; sed in labore et in fatigatione ; nocte et die opérantes, ne quem vestrum gravaremus. 2. Thés s al 3; 8.
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la plus admirable et de la plus étonnante sainteté. Quel spectacle vous nous présentez I Des solitaires vieillis sous le cilice , tantôt élevant leurs bras vers le ciel , tantôt courbés vers la terre , les employant à un travail pénible ; reposant leur esprit de la contention de ses méditations , dans les laborieux travaux , et délassant leurs corps de ses fatigues dans l'exercice de la méditation. Et quel motif les assujettit donc à ce travail des mains si pénible , si accablant ? Saint Jérôme répond à cette question; saint Jérôme j le témoin de leurs vertus, le compagnon de leur solitude , le coopérateur de leurs travaux. Saint Jérôme nous dit que ce n'est pas la nécessité de leur subsistance ; la charité des iidèles y pourvoit abondamment. Ce n'est pas le besoin de leur corps , c'est le salut de leur âme. Quoi I ces hommes parvenus au faîte de la perfection , qui , par leur éloignement du monde , par l'éminence de leurs vertus , par la sublimité de leurs contemplations , semblent déjà appartenir au ciel plus qu'à la terre , croient encore avoir besoin d'un travail assidu , pour prévenir et repousser les teiitations ; et nous , que l'expérience de nos chutes fréquentes devrait sans cesse avertir de notre faiblesse; nous, enveloppés de tous côtés par le monde , nous à qui chaque pas présente un piège, chaque regard offre une séduction , chaque parole prépare une corruption , nous attendons tranquillement que la tentation vienne nous assaillir I C'est dans le repos d'une molle oisiveté que nous nous préparons à la recevoir. C'est par l'inaction que nous imaginons d'en triompher.
Saint Ambroise, donné à l'Eglise dans le siècle où , triomphante de la fureur des Césars, elle commençait à briller de tout son éclat , saint Ambroise paraît regretter ces temps douloureux , où les fidèles placés entre le martyre et l'apostasie , n'ayant que le choix du crime ou du supplice , ne pouvaient obtenir le salut qu'au prix de tout leur sang. La paix rendue à la religion lui a suscité un nouvel ennemi plus dangereux que ses persécuteurs.
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L'oisiveté énerve ceux que n'avaient pu affaiblir les combats.