IV. Il n'y a point de petiis péchés
Des fautes petites I des minuties I Ah I dans le service de Dieu il n'y a rien de petit. Dans la religion de Jésus- Christ , tout est grand : grand dans son principe , puisque c'est lui qui le prescrit : grand dans sa fin , puisque c'est pour nous mènera l'éternelle félicité qu'il le commande. Tout ce qui peut servir ou nuire au salut ne peut être petit aux yeux du chrétien. Il ne connaît ni petites vertus , ni petits vices , ni petits devoirs , ni petits péchés. Les choses bonnes ou mauvaises , qui de leur nature sont moins importantes , ont toujours ce haut degré d'importance qu'elles conduisent à celles qui le sont davantage. Il est sorti de la bouche de Jésus-Christ , cet oracle : Celui qui dans les moindres actions est fidèle l'est aussi dans les plus grandes , et celui qui dans les petites choses se rend prévaricateur, le sera pareillement dans les grandes occasions (1). C'est le bon et fidèle serviteur qui
(i) Qui fidelis est in minirao, et in majori fidelis est: et qui in inodico iniquus est, et in raajori iniquus est. Luc. i6; lo.
fut fidèle dans une médiocre gestion , que le maître suprême établit sur une administration , et qu'U fait entrer dans sa félicité (1). Dans Tordre de la grâce , comme dans celui de la nature , c'est de petits principes que la Providence fait sortir les grands effets. Ainsi , de minces semences elle fait croître les plus hauts arbres ; et de sources peu abondantes elle fait découler les grands fleuves. Ainsi , aux actions les plus communes , elle attache les grâces distinguées qui produisent les vertus héroïques. C'est une giande chose , au dire de saint Augustin , d'être fidèle dans toutes les petites. Etant extrêmement communes , elles donnent presque à tout moment des occasions de mérite ou de démérite. Ces moindres devoirs fidèlement pratiqués maintiennent l'observation des obligations les plus essentielles , et la couronnent , en ajoutant à l'exactitude de la vertu sa perfection. Il ne se souillera jamais de détractions , celui qui ne se permet pas de soupçons sur le prochain. Il ne s'abandonnera point au libertinage , celui qui s'interdit le regard indiscret. Il ne s'emportera point à la colère , celui qui contient ses impatiences. Il n'offensera personne de son orgueil , celui qui étouffe tout sentiment de vanité. Il aura toutes les grandes vertus , celui qui réprime les plus petits défauts. Mais l'infraction volontaire et consentie d'un devoir quel qu'il soit, ne peut jamais être un petit péché. Si quelquefois on l'a appelé ainsi , ce n'est que par opposition au péché infiniment plus criminel , qui donne la mort à Tànie. C'est comparativement , et non absolument , c'est considéré non en soi , mais relativement à des offenses plus énormes , qu'on a pu le dire léger. On a pu le dire péché léger en ce sens ; dans aucun sens on n'a pu dire que ce fût un mal léger. Et comment pourrait-on regarder comme peu grave ce qui , en maUce et
(i) Euge, serve bone ei fidclis. : qnia super pauca foisti fîdelis, super mulia te conslituam : iiitra in gaudium domini tui. Matth. i5; 21
en dépravation, ne le cède qu'au péché mortel? Pour en sentir toute la grièveté , considérons sa nature et ses suites , son principe pervers , ses effets funesles , ce qu'il fait être l'homme qui se le permet , ce qu'il fait devenir l'homme qui s'y abandonne.