XVI. Remèdes an péché véniel
Et si nous avons eu le malheur de nous laisser entraîner à quelqu'une de ces fautes vénielles , gardons-nous de nous endormir dans une sécurité qui nous en ferait encore commettre de nouvelles. Qu'au contraire la contemplation de notre péché nous réveille de notre indolence , nous avertisse de notre faiblesse , nous fasse sentir le besoin de la vigilance , nous tienne en garde contre les rechutes , nous encourage à nous relever , nous prosterne au pied de l'infinie miséricorde , afin d'en recevoir le pardon (1). Pour l'obtenir , l'Eglise nous présente divers moyens. Le premier de tous est le sacrement que Jésus-Christ a institué pour la rémission des péchés, lequel , ayant la vertu de ressusciter l'âme morte à la grâce , renferme à plus forte raison la vertu de rendre la santé à celles qui ne sont que malades , et la force à celles qui sont languissantes. Outre ce premier remède , général pour tous les maux de Tàme , ceux qui ne sont que véniels reçoivent encore leur guérison des œuvres chrétiennes de surérogation. OEuvres de piété , de charité , de mortification , Dieu daigne les recevoir en expiation de ces offenses. Une pratique spécialement salutaire , aussitôt qu'on se reconnaît coupable de quelque transgression , est de s'imposer une pénitence satisfactoire ; et surtout quelques actes contraires à la faute. Yous fûtes trop léger dans vos propos , observez pendant quelque temps un silence religieux. Vous vous êtes montré trop dissipé , tenez-vous dans la retraite. Vous avez été trop
( i) Fili , peccabti : non adjioias iterum ; sed et de pristinis depiecaie, ottibi dimittantar. Eccli. 21; i.
sensuel dans vos repas, privez-vous de quelques mets agréables. Vous vous êtes laissé emporter à des sentiments de vanité , condamnez-vous à quelque humiliation. Vous avez chagriné votre prochain par une raillerie , témoignez-lui amitié et bienveillance. Ces peines , auxquelles vous vous serez soumis, seront pour les plaies de votre âme un baume salutaire , qui les refermera promptement, et, en même temps qu'elles expieront vos fautes , elles vous rendront attentif à n'en plus commettre.
XYII. Le péché véniel conduit an mortel par la tiédeur.
Le péché véniel , quand on n'a pas soin de l'expier et de le réparer , a pour suite naturelle et ordinaire , ainsi i que nous l'avons dit , le péché mortel. Quelquefois il i nous y entraîne promptement , et presque sans intermédiaire ; mais plus communément , nous l'avons encore observé , c'est plus lentement et par degré qu'il y mène. C'est par la route de la tiédeur qu'il fait arriver un crime. Cet état de tiédeur n'est pas généralement bien connu , et on se trompe souvent sur ce point dans les deux sens opposés. D'un côté , les âmes scrupuleuses se lamentent , sans fondement , de languir dans ce dangereux état ; tandis que d'un autre côté , par une erreur bien plus funeste des âmes témérairement confiantes se glorifient d'en être éloignées , quoiqu'elles y soient véritablement plongées. Il faut désabuser les unes et les autres ; rassurer les premières en leur donnant la véritable idée de la tiédeur ; et ramener les secondes , en leur montrant le vice et le danger de cet état , qui est le leur.