II. Consid. sur la Mor. Chrét
d'adresse ; tout ce qui contribue en un mot à faire fleurir les vices. A ces lois se soumettent , à ces maximes se conforment tous les citoyens de cette confuse Babel (1). Entre ces deux royaumes , celui de Dieu et celui du démon, il y a une guerre , guerre irréconciliable , guerre continuelle , guerre qui durera jusqu'à la consommation du siècle , jusqu'à ce que Dieu ait achevé de réunir tout son royaume de la terre à celui qu'il a dans le ciel , et qu'il ait réduit le royaume du démon aux ténèbres , dont cet esprit infernal est le prince. Il y a dans les livres saints peu de vérités aussi positivement énoncées , aussi fréquemment répétées que cette opposition essentielle entre Dieu et le monde. Ce sont deux maîtres , Jésus-Christ vous le déclare , qu'on ne peut servir en même temps. Aimer l'un , c'est par cela même abandonner l'autre (2). Le monde détesta Jésus- Christ lorsqu'il était sur la terre; et ne cessa de le persécuter. Il a continué de le haïr , de le poursuivre dans la personne de ses disciples ; et ce divin Sauveur le leur avait formellement prédit (3). Il leur avait annoncé qu'ils ne devaient point être du monde : mais qu'ils les avait choisis pour les en retirer (4). C'est sur l'éloignement du monde , sur l'opposition au monde, qu'il a fondé sa religion. Le caractère propre , distinctif du christianisme , est de combattre le monde et d'en être combattu. C'est par les persécutions du monde qu'il s'est établi , qu'il s'est propagé. C'est en résistant au monde , en lui faisant une guerre ouverte , qu'il se maintient.
(r) Mandas totas in maligno positns est. Ibid. 5; 19.
(2) Nemo potest duubns dorainis servira : ant enim annm odio habebit , et alteruui diliget : aut anum sustinebit, et alteram contemnet. Non potestis Deo servire, et raamraonae. Match. 11; 24.
(3) Si mundus vos odit, scitote qaia me priorem vobis odio habait... Si me persecuti sunt, et vos perseqaentar. Joan. i5; 18, 20.
(4) Si de mundo fuissetis, mandas qnod saum erat diligeret : qaia vero de mando non eslis, sed elegi vos de mando , propterea odit vos mandas. Ibid. 19.
C'est en lui rendant anathènie pour anathèine , qu'il fleurit et qu'il prospère. C'est en proscrivant les maximes, les principes , les inclinations , les passions , les intérêts du monde , qu'il se défend contre lui , et qu'il en triomphe. Vous vous piquez de posséder la sagesse du monde ; mais la foi vous enseigne que cette prétendue sagesse est, devant Dieu, une folie (1). Vous aspirez à être aimé par le monde. Ignorez-vous donc cet autre oracle , que l'amitié du monde vous attire l'inimitié de Dieu , et que vous faire l'ami de ce siècle , c'est vous constituer ennemi de Dieu (2) ?