‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienneChapitre 218 sur 281 · IV. Scandale direct , scandale indirect · texte numérisé non relu

IV. Scandale direct , scandale indirect

Mais vous n'avez pas eu intention de donner le scandale , et , par cette raison , vous vous en croyez absous. Autre erreur aussi dangereuse. Croyez- vous que pour se rendre coupable envers Dieu il soit nécessaire d'avoir formellement envie de l'offenser? Ne savez-vous pas qu'il suffit de faire volontairement ce qui l'offense? Il en est de même du scandale. Vous ne voulez pas engager votre prochain dans le péché, mais vous voulez ce qui l'y engage. Distinguez donc , avec les théologiens , deux sortes de scandales , qu'ils appellent , Tun direct , l'autre indirect. Le premier est celui qui se commet avec un dessein formé d'entraîner les autres dans le péché. Le second se donne , lorsque , sans y penser , sans le vouloir , même en voulant le contraire , on devient pour les autres une occasion de péché. Le premier est infiniment plus criminel ; mais parce que le vice du second est infiniment moins frappant, il en est beaucoup plus commun et plus dangereux. Presque tout péché extérieur est un exemple , presque tout exemple de péché un scandale. Comme les actions publiques des saints forment, par l'édification, d'autres saints ; les actions publiques des pécheurs contribuent par le scandale à faire d'autres pécheurs. Leur intention ne peut pas les justifier. C'est qu'il y a une multitude d'actions dont toute la pureté d'intention possible ne peut pas séparer le scandale. Il y a, entre l'action et le scandale , une connexion si intime ; le scandale est une conséquence tellement infaillible de l'action , qu'il

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est impossible qu'il n'en résulte pas. Telles sont d'abord les actions scandaleuses de leur nature , et ensuite celles qui , sans l'être intrinsèquement , le deviennent par les circonstances , soit de l'action qui donne le scandale, soit des personnes qui le reçoivent , soit des occasions dans lesquelles il est donné.

Car il ne faut pas croire ( et c'est encore une autre illusion , dont il est essentiel de se préserver ) que , pour donner le scandale , il soit nécessaire de se porter à des actions essentiellement criminelles. L'acte le plus innocent en lui-même peut devenir un péché de scandale. Vous n'en trouvez pas la défense dans les préceptes de la loi ; mais vous la lisez dans le premier des préceptes , dans celui de la charité qui vous interdit tout ce qui peut nuire à vos frères. Vous permettez-vous envers un grand des choses qui peuvent lui déplaire , sous prétexte qu'elles sont légitimes ? La charité aura donc sur vous moins d'empire que l'ambition. Quelle circonspection dans toutes vos démarches n'apportez-vous pas auprès d'un malade , pour ne l'incommoder en rien ? Votre frère est malade par la faiblesse de sa foi , croyez- vous lui devoir une moindre attention ? Vous savez que vous vivez au milieu d'un monde si éloigné de la vertu , si enclin au vice , si dépourvu de la science du salut , si porté à juger défavorablement et à médire. Vous savez que vous êtes environné de personnes que l'oisiveté amollit , que l'usage per\rertit , que le luxe corrompt , que la colère emporte , que la concupiscence enflamme si facilement. Vous le savez , vous le dites , vous le répétez sans cesse , vous l'exagérez même souvent ; et cependant vous n'usez d'aucun ménagement envers des êtres dont vous connaissez si bien la faiblesse. Vous vous permettez devant eux des choses qui doivent exciter encore en eux ces passions : et parce (jue vous ne les voyez pas criminelles dans vous, vous les jugez innocentes vis-à-vis d'eux. On vous lentend quelquefois vous plaindre de ce que des actions , permises par toutes les lois, sont travesties dans le monde len péchés graves et traitées de scandales. Mais de deux

choses Tune : ou vous croyez le monde affermi dans la foi ; et alors, sachant qu'il a pris scandale de vos actions, vous devez les regarder comme inexcusables : ou vous regardez le monde comme si faible que le plus petit sujet lui cause du scandale ; et dans ce cas , comprenez que cette faiblesse vous oblige aux précautions les plus sévères.

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