X. Le scandale est commun
Le péché de scandale ayant d'aussi nombreux , d'aussi faciles moyens de se commettre , devons- nous être étonnés qu'il soit prodigieusement multiplié ? Le monde est devenu, selon l'expression de l'apôtre saint Jean, unesynagogue de Satan. De tous côtés on y voit élever, conti'e
(i) Noli propter escani destruere opus Dei, Otnnia qaidem sunt luunda : sed malum est homini qui per offendiculum mandacat. Bonam est non inandueare carnem, et non bibere vinom , neque in que frater tuus offenditur, aut scandalizatur , aut infirraatur. Rom. i4 ;
(2) Esca enira nos non commendat Deo. Neqae enim si manducaverimus, abnndabimus , neqne si non manducaverimus deficiemus. "Videte aatem ne forîe haec licentia vestra offendiculum fiât infirmis. Si enim quis viderit eum, qui habet scientiam , in idolio recumbenteni , nonne conscientia ejus onm sit infirma, aedificabitur ad manducandum idolothyta... Sic autem peccantes in fratres , et percatientes conscientiam eorum intirmam, in Christnra peccatis. Quapropter si esca scandalizat fratrem menm non manducabo carnem in aeternum : ne fratrem meum scandalizem. i Cor. 8; 8, 9, 10, 11, 12, i3.
la chaire de vérité, des cliaires de pestilence. J'appelle, avec le psalmiste, chaire de pestilence, tous les lieux d'où se répandent les scandales, par enseignement, par insinuation, par conseil, par exhortations, par raisonnement par sarcasmes, par violence, par exemples. Que ceux qui ont fréquenté les sociétés du monde disent ce qu'ils y ont vu partout : les maximes contraires à celles de l'Evangile, ou professées hautement, ou produites d'une manière plus couverte, et peut-être plus dangereuse , ou au moins généralement et publiquement pratiquées. Quel est le vice condanmé par la religion que l'on n'entende pas justifier par quelques personnes du monde? Elles appellent la médisance, bonne plaisanterie ; les propos obscènes, sel d'esprit; le libertinage, galanterie; l'ambition, grandeur d'âme ; l'orgueil, élévation de sentiment ; la vengeance, courage; l'esprit d'intérêt, écononomie ; la fraude, adresse ; le mensonge, habileté. Le divin Sauveur a dit : heureux les pauvres d'esprit, heureux ceux qui sont doux, heureux les humbles, heureux les miséricordieux, heureux ceux qui souffrent. Dans le monde, qui appelle-t-on universellement heureux ? Vous entendez de toutes parts dire: Heureux ceux qui s'enrichissent , heureux ceux qu'on n'ose pas choquer , heureux ceux qui se font rendre des honneurs, heureux ceux qui réussissent à se venger, heureux ceux qui mènent une vie aisée et agréable. Sur tous les points la doctrine, et la doctrine publique du monde, est en opposition avec la doctrine de Jésus-Christ. Sur tous les points , les discours et les exemples du monde tendent à éloigner de Jésus-Christ.
Mais non, disent quelques mondains ( et vous pouvez avoir entendu ce propos assez commun ) tout cela peut être vrai, mais tout cela n'est plus scandaleux, le scandale n'existe plus dans le monde, sinon peut être pour quelques personnes qui ne connaissent pas le monde. A force d'avoir entendu, d'avoir vu enseigner et pratiquer les maximes opposées à la rehgion, on ne s'étonne maintenant de rien, on ne se scandalise de rien.
Et voilà précisément le comble du désordre : c'est que tout étant scandale, rien n'en porte plus le nom : comme c'est le comble de l'absurdité que le scandale n'existe plus précisément parce qu'il est plus multiplié. Et où at-on vu que le scandale cesse d'être scandale parce qu'il cesse d'étonner? Elle n'est plus un sujet d'étonnement, cette monstrueuse irrévérence que l'on voit dans les églises : elle ne sera donc plus un sujet de scandale. Elle n'est plus un sujet d'étonnement, cette femme immodestement vêtue : elle ne porte donc point avec elle le scandale. Ils ne sont plus un sujet d'étonnement, les propos indécents et impies qui se tiennent dans les cercles: ils ne scandalisent donc point. Ils ne sont plus un sujet d'étonnement, ces livres, soit obscènes, soit irréligieux , qui sont si prodigieusement répandus : il n^en résulte donc pas de scandale.