‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienneChapitre 236 sur 281 · III. Devoir d une éducation chrétienne · texte numérisé non relu

III. Devoir d une éducation chrétienne

Elever ses enfants seulement pour la vie naturelle , c'est ce que font les bêtes dépourvues de raison. Les élever seulement pour la vie sociale, c'est l'œuvre des infidèles privés des lumières de la foi. Les élever pour Dieu et pour son Eglise, voilà le devoir du chrétien. Si la raison lui fait connaître la nécessité d'une éducation civile qui rende capable de remplir les emplois du monde; la foi, élevant ses vues plus haut, lui fait sentir l'obligation d'une éducation chrétienne qui fasse acquitter les devoirs religieux. C'est assez pour un simple chrétien ; mais il ne suffit pas à un père d'observer la loi divine. Il lui est impérativement prescrit d'en instruire ses enfants, et de leur en faire remplir lous les commandements (1). Il doit leur apprendre que le père qu'ils ont dans les cieux est bien plus leur père que celui qu'ils voient sur la terre (2). Vous ne leur avez donné que la naissance : c'est de Dieu qu'ils tiennent l'existence. Non, disait la généreuse mère des Macchabées, non, ce n'est pas moi qui vous ai donné l'esprit qui vous anime et la vie dont vous jouissez. Ce n'est pas moi qui ai formé vos membres. J'ignore même comment vous êtes apparus dans mon sein. C'est le Créateur du monde qui donne l'être à l'homme, et qui est l'origine de toutes choses (3). Qu'avez-

(i) Discant tiraere me omrà tempore qao vivuntin terra , doceantque filios suos. Deut. 4 ; lo.

Eruntque verba liéec qaae ego praecipio tibi hodie in corde too , et narrabis ea filiis tuis. Ibid. 6 ; 6. 7.

Et dixit ad eos : Ponite corda vestra in omnia verba quse ego testificor vobis hodie, ut mandetis ea fihis veslris cnstodire et facere , et implere universa quae scripta sunt legis hujns. Deut. 32 ; 46.

(2) Patrem nolite vocare vobis super terram : nnus est enim pater vester qui in cœlis est. Matth. aS; 9.

(3) Nescio qualiter in utero meo apparnistis. Neque enim ego spiritam et animam donavi vobis, et vitam : et singulorum membra non

VOUS donné à vos enfants? Un corps de péché comme l'appelle saint Paul (1) ; un corps qui , souillé de la tache originelle, en infecte l'âme : un corps toujours en guerre avec l'esprit (2) ; un corps qui est le siège de toutes les passions, le principe de tous les vices. Ce que vous appelez le bienfait de la régénération, étant de sa nature si imparfait, pour ne pas dire davantage, a besoin d'être perfectionné, ou plutôt d'être rectifié et réformé. Ce n'est pas assez d'avoir, dans le sacrement de la régénération, délivré votre enfant du péché de son origine. Vous devez, par une éducation chrétienne, en prévenir les suites, en réparer les funestes effets. Sur les fonts sacrés vous l'avez donné à Dieu, Dieu l'a reçu, l'a adopté, et vous l'a ensuite remis, comme un dépôt sacré qu'il vous charge de lui conserver, qu'il vous redemandera un jour tel qu'il vient de vous le donner, orné de cette précieuse innocence qu'il vient de lui rendre. Figurezvous, au moment où cet enfant sort de l'eau baptismale, Jésus-Christ vous disant, comme la fille de Pharaon au sujet de Moïse qu'elle venait de retirer des eaux du Nil : Reçois cet enfant, et élève-le pour moi : je t'en donnerai la récompense (3). C'est ce que j'ai de plus précieux au monde. Je te le confie, parce qu'après moi il n'y a rien dans la nature qui ait autant de tendresse pour lui, sur lui plus d'autorité, qui désire plus vivement, c|ui puisse plus efficacement faire son bonheur. Et quand ce divin Sauveur a élevé le mariage à la dignité de sacrement, n'est-ce pas pour vous donner plus de moyens

ego ipsa corapegi. Sed eniin mundi Creator quiforraavit horainis nati-vitalera, quique omnium invenit originem , et spiritum vobis iterum eum misericordia reddet et vitara. i Macchah. 7; 22, 2 3. (i) Ut destruatur corpus peccati. Rom. 6 ; 6.

(2) Caro enim ooncupiscit adversus spiritum, spiritus autem ad - I versus carnem, haec enim sibi invicem adversanlar. Galat. 5; 17.

(3) Accipe puerum istum, et nutri mihi : ego dabo tibi mercedem luam. Exod. 2; 9.

d'élever cbrétiennemeiit les enfants qui en naitraient? En vous imposant un devoir plus sacré, il vous fournit pour le remplir des grâces abondantes. C'est encore dans la même vue que Jésus-Christ a érigé en loi l'indissolubilité du lien conjugal. Il a voulu que, demeurant toujours unis, les époux pussent constamment vaquer de concert aux longs soins qu'exige l'éducation des enfants. Ils sont aussi opposés au vœu de la nature et au bien de la société, qu'aux préceptes de la vraie religion, ces législateurs insensés qui, sous le vain prétexte de remédier à l'incompatibilité des caractères, mais dans le fait pour autoriser leur inconstance et leur libertinage, ont donné aux époux la funeste facilité du divorce. Ils ont vu quelques divisions dans les mariages : ils n'ont pas senti qu'ils les multipliaient en les favorisant. Et récompensant l'adultère , ils l'ont encouragé. Ils n'ont pas pensé à ces malheureux enfants obligés désormais d'aller rechercher leurs parents dans des familles étrangères, où ils trouveront d'autres enfants qui leur disputeront avec avantage la tendresse paternelle, et à qui les soins de l'éducation seront donnés de préférence. Nous voyons des bêtes, livrées à leur instinct grossier, rester unies tant que le besoin de leurs petits le demande ; et des hommes doués de la raison, dirigés par la religion, méconnaître l'une et l'autre , et foulant aux pieds tout principe comme tout sentiment, courir satisfaire leurs appétits brutaux au préjudice des tendies fruits de leurs entrailles.

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