‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienneChapitre 237 sur 281 · IV. Difficalté d'une bonne édncation · texte numérisé non relu

IV. Difficalté d'une bonne édncation

Ce n'est pas une affaire facile et qui aille toute seule, de donner une bonne et vertueuse éducation : c'est un chef-d'œuvre de la raison humaine : il exige les soins longs et assidus d'une sagesse consommée. Il ne suffit pas de jeter dans l'âme des semences de vertu , il faut les cultiver avec constance jusqu'à ce qu'on en ait recueilli les fruits. Il ne suffit pas de tracer des principes

de religion , il faut les graver si profondément qu'ils soient à jamais ineffaçables. 11 faut non-seulement fortifier une nature faible, mais réformer une nature portée au mal. Quelle réunion de qualités, en apparence inconciliables, demande ce grand ouvrage ! Une autorité qui accorde toute la liberté nécessaire pour développer le caractère, qui refuse celle qui pourrait le gâter : une douceur sans faiblesse, une sévérité sans dureté, une gravité sans rudesse, une complaisance sans familiarité, une activité sans précipitation, une modération sans lenteur, un désir ardent du succès, tempéré par une patience que rien ne rebute et ne désespère (1) ; une vigilance à laquelle rien n'échappe , avec une sagesse cpii paraisse souvent ignorer ; une réserve qui ne nuise pas à la franchise, une fermeté qui ne soit jamais opiniâtre, une sagacité à démêler les inclinations, qui ne se laisse jamais apercevoir ; une prudence qui fasse connaître ce qu'on doit excuser ou punir, et qui fasse saisir les moments favorables (2) , sans négliger les autres ; une adresse qui ne dégénère jamais en finesse , qui s'insinue dans l'esprit sans le révolter ; une aménité qui rende les instructions agréables, sans leur ôter la solidité ; une indulgence qui fasse aimer, jointe à une exactitude qui fasse craindre ; une condescendance qui s'accommode aux inclinations, sans trop les favoriser ; une habileté à combattre les unes par les autres, à fortifier les bonnes, à affaiblir les mauvaises ; une prévoyance qui prévienne les occasions dangereuses ; une présence d'esprit que ne déconcertent pas les événements inattendus et les questions souvent embarrassantes de l'enfance. J'ai presque dit : pour être un bon instituteur, il faudrait un homme parfait.

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