XII. Education pour le monde
La première de ces éducations, quoique moins essentielle, ne doit cependant pas être négligée. On peut dire que c'est généralement celle qui l'est le moins. Le reproche à faire à beaucoup de parents est de s'en occuper trop ; de ne s'occuper que de celle-là , à l'exclusion et au préjudice des deux autres. On forme ses enfants avec beaucoup de soin pour le monde : on ne les forme que pour le monde. On veut qu'ils aient les talents, les qualités qui font briller dans les cercles, qui procurent les agréments de la société, et là on s'arrête. Les vœux des parents sont remplis, quand ils voient leurs enfants accueillis , recherchés , trouvés aimables : ils s'embar-
lassent peu qu'en même temps on les juge estimables. C'est ce pernicieux et trop commun usage, qui peuple la société de ces esprits légers, superficiels, que l'on rencontre à chaque pas; dépourvus de connaissances, dénués de jugement , et cependant croyant tout connaître , et voulant tout juger ; vides de mérites et pleins de prétentions ; d'autant plus suflisants, qu'ils sont plus incapables.