XIII. EntreJien des enfants
în des devoirs qu'impose l'état de père et de mère est de pourvoir à l'entretien de leurs enfants convenablement et selon leur état. A cet égard, deux abus sont à éviter : le défaut et l'excès. Il est des parents avares, qui ne veulent rien accorder, qui font consister l'éducation à refuser, et qui laissent leurs enfants dans la privation des choses convenables , quelquefois même dans le dénûment des nécessaires. Il en est d'autres, et ils sont plus communs, qui au contraire, font de l'éducation un objet de luxe ; qui croient se faire honneur de la magnificence avec laquelle ils parent leurs enfants, de l'état fastueux qu'ils leur donnent, des dépenses superflues et de pure ostentation qu'ils leur font faire. Les premiers, par leur dureté, aliènent d'eux leurs enfants, et les induisent à des emprunts ruineux, quelquefois à des bassesses flétrissantes. Les seconds insinuent dans ces jeunes cœurs le poison de la vanité ; et en leur fournissant les moyens de satisfaire tous leurs goûts, font naître, développent, excitent en eux les passions. Tenezvous sur ce point dans un juste milieu. Que vos enfants ne manquent de rien : qu'ils aient même une honnête abondance, proportionnée à leur état et à vos facultés. Mais pour leur propre bonheur, sachez leur refuser des superfluités qui leur deviendraient nuisibles. Accoutumez-les de bonne heure à une économie sans parcimonie, à une générosité sans faste.
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XIV, Science du monde.
L'objet principal , et il faut le dire , l'objet presque unique de beaucoup de parents dans l'éducation , est d< donner la science du monde. Et moi je dis comme eux Oui , sans doute , il est utile , il est même nécessaire d| donner à vos enfants cette science du monde ; commencez par l'acquérir vous-même. Connaissez le monde te qu'il est ; c'est-à-dire tel que Dieu le voit, tel qu'il voi le présente. Distinguez le monde, la totalité de la société avec laquelle Dieu veut que vous viviez dans la paix dans l'union, dans la charité, de cette portion du monde^ que Jésus-Christ et ses apôtres appellent simplement le monde ; dont les principes, les maximes, les règles sont diamétralement opposés aux maximes, aux principes, aux règles de l'Evangile ; dont la prétendue sagesse est unefoUe devant Dieu (1) qu'il est défendu à un chrétien d'aimer (2) ; dont l'amitié est l'inimitié de Dieu (3). Ne confondez pas la vraie, la saine science du monde, avec cette science mondaine que saint Grégoire appelle la science de la damnation. Discernez soigneusement ce qu'on peut, ce qu'on doit faire pour le monde, de ce qu'il est nécessaire d'y éviter : ce sur quoi on doit lui complaire, de ce sur quoi il est ordonné de lui résister. Quand vous vous serez pénétrés de ces essentielles vérités, quand vous vous serez instruits vous-même en détail de tout ce qui est permis et défendu, allez alors , allez l'enseigner à vos enfants. Montrez-leur à se confor-
(i) Sapientia hujas mundi slultitia est apad Deniu. i Cor. 3; 19.
(2) Nolite diligere mundum , neque ea qaae in mnndo sunt. Si quis diligit mnndum, non est charitas Patris in eo. i Joan. 2; i5.
(3) Adulieri, nescitis qnia amicitia hujus mundi, inimica est Dei? Qaicamque ergo voluerit arnicas etse secali hujus, inimicus Dei constiluitur. Jac. 4; 4-
mer aux bienséances du monde ; mais à ne pas s'assujettir à ses maximes perverses : à ne rien faire d'indigne de leur condition; mais à ne pas s'en enorgueillir: à avoir soin de leur gloire, et à éviter toute lâcheté; mais à avoir en horreur le faux honneur de la vengeance : à vivre dans des sociétés honnêtes, et à se choisir des amis vertueux ; mais à s'éloigner de tout commerce dangereux, de toute liaison nuisible : à se rendre aimables par leur condescendance ; mais à se préserver de la facilité entraînante. Faites-leur distinguer la dignité de la hauteur, l'agrément de l'affectation, la simplicité de la grossièreté, la douce complaisance de la basse servitude, la sage réserve de la fausse dissimulation, la noble franchise de l'imprudente indiscrétion. Inspirez-leur cette politesse chrétienne recommandée par saint Paul (1). Politesse universelle dans son étendue, mais variée dans ses manières ; qui rendant à chacun ce qui lui est dû (2), proportionne ses égards aux diverses relations. Qu'ils apprennent de vous à vivre avec les supérieurs, sans adulation et sans bassesse ; avec les inférieurs, sans fierté; avec les égaux, sans prétention. Pour leur donner les vertus que le monde exige, faites-leur acquérir celles que la religion prescrit.