‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienneChapitre 27 sur 281 · XXIX. Signes dune vraie contrition · texte numérisé non relu

XXIX. Signes dune vraie contrition

Chrétiens, qui êtes allé déposer vos péchés dans le tribunal sacré, vous désirez, et rien n'est plus juste, puisque de là dépend votre salut éternel , vous désirez savoir si la contrition qui vous y a conduits, a été revêtue de toutes les conditions nécessaires. Pour savoir quelle fut la contrition que vous y portâtes , examinez celle que vous en avez rapportée. Avez-vous conservé de vos offenses un souvenir amer , une confusion profonde , un vif regret (2) ? Continuez-vous de les détester , comme vous crûtes les détester alors ? Si vous avez été véritablement , sincèrement , efficacement contrit , vous avez dii rester tel. Ainsi David pense continuellement à son iniquité ; il voit sans cesse son péché s'élever contre lui (3). Ainsi ont été tous les saints pénitents que nous présentent les fastes de la religion. Lors même qu'ils étaient sûrs que leurs péchés avaient été remis , ils ne cessaient

(i) Has ergo habentes promissiones, carissimi, mandemas nos ab omni inquinaraento carnis etspirilus, perficientes sanctificationera in timoré Dei. 2 Cor. 7 ; i.

(2) Recordaberis viarum tnarnra , et confunderis. 3zech, 16; 61.

(3) Iniquitatem meam ego cognosco : et peccatum meam contra me est semper. Ps, 5o ; 5.

de les déplorer. Mais il doit avoir été bien superficiel , le regret qui se dissipe en un moment. Elles ont été bien peu profondes les impressions sitôt effacées, bien peu fermes les' résolutions si promptement oubliées. Sur la confiance que vos péchés ont été pardonnes , vous croyez n'avoir plus à y penser ; au contraire , de ce que vous n'y pensez plus , vous devez juger qu'ils n'ont pas été pardonnes. Vous ne sentez pas comme il convient , la grandeur du bienfait de votre absolution , si vous avez cessé de sentir vivement la grandeur de vos offenses.

C'est surtout par les fruits de votre contrition que vous pourrez juger de sa sincérité; et Jésus-Christ lui-même nous donne cette règle de nos jugements (1). Ce n'est pas une simple haine spéculative du péché qui nous fera connaitre la valeur de notre contrition. Ce sentiment se trouve quelquefois dans les plus grands pécheurs. C'est par une détestation pratique , efficace , qui , comme parle saint Paul , détruise eii nous le corps du péché , et nous délivre de son esclavage (2) , que nous reconnaîtrons si nous avons été véritablement pénitents. Nous ne prétendons pas cependant que toute rechute soit une marque du défaut de contrition. Le repentir le plus sincère, le plus vif, le plus douloureux, ne rend pas impeccable. Mais, s'il n'a pas toujours la force de préserver du péché , il en détruit l'attachement ; il fait faire des efforts pour s'en garantir ; il suggère les précautions pour l'éviter; quand on a eu le malheur d'y tomber, il en inspire un vif regret; il en empêche la multiplicité. Mais ces rechutes qui suivent immédiatement la pénitence , ces rechutes qui se répètent si fréquemment , comment les conciliez-vous avec la contrition que vous croyez avoir eue ? C'est , dites-vous , la violence des tentations qui vous entraîne. Non , ce ne sont pas les tentations qui

(i) A fructibus eorum cognoscetis eos. Matth. 7 ; i6. (2) Ut destrualur corpus peccati , et ultra non serviarau-» peccato. Roin. fi ; 6.

sont trop fortes, c'est votre repentir qui est trop faible. C'est , dites-vous encore , votre fragilité qui succombe. Oui , votre cœur est resté fragile , parce que la pénitence ne l'a pas changé. Vous n'êtes pas redevenu pécheur, vous n'avez pas cessé de l'être. Lorsque , aux pieds du ministre sacré , votre bouche protestait la haine du péché , votre cœur en conservait l'attachement , et jusque dans les eaux de la piscine sainte, il a toujours brûlé de ses feux criminels.

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