‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienneChapitre 26 sur 281 · XXVIII. Demander et mériter la contrition · texte numérisé non relu

XXVIII. Demander et mériter la contrition

La contrition est un don de Dieu , et cependant nous sommes libres de nous le procurer. De là résultent deux moyens de l'acquérir : l'un est de la demander à l'auteur de tout don parfait ; l'autre , de nous y exciter de tout notre pouvoir. Elle n'est pas un regret de philosophe, elle est une douleur de chrétien. Ce fut l'erreur des pélagiens d'en faire une opération naturelle de notre cœur. Don surnaturel , don gratuit , elle doit être implorée avec ardeur. Mais le moyen le plus efficace pour l'obtenir, est de la mériter. Toute gratuite qu'est celte grande grâce , Dieu daigne l'accorder à nos efforts , plus encore qu'à nos prières. En la sollicitant, attironsla; en la recevant, secondons -la. Et que de motifs puissants nous en font connaître la nécessité, nous en inspirent le sentiment! Considérons ce qu'est Dieu , et ce xjue nous sommes ; quel père il a été pour nous , quels fils nous avons été envers lui. Contemplons sa sainteté que nous avons offensée , sa majesté que nous avons outragée , sa miséricorde que nous avons méprisée , sa justice que nous avons bravée. Repassons dans l'amertume de notre âme ces malheureuses années que nous avons données au crime (1). Pensons aux maux affreux et

(i) Recogitabo tibi omnes anno.s meos , in amaritudine aniiusc ineae. Is, 38; i5.

éternels auxquels elles nous avaient dévoués , et qu'une clémence infinie a pu seule nous épargner. Elevons nos pensées vers les biens sans mesure et sans terme qui nous étaient promis , et dont notre déplorable extravagance nous avait privés (1). Jetons-nous enfin dans les bras de cette incompréhensible bonté qui , lorsque nous ne cessions de l'offenser , nous recherchait encore , ne cessait de nous prodiguer ses grâces , nous suggérait tant de motifs , nous fournissait tant de moyens de regagner son amitié que nous négligions , de retourner à ia vertu que nous fuyions , de recouvrer le bonheur que nous avions perdu.

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