X. 2. Défiance de soi-même
Mais pour que la confiance en Dieu vous devienne efficacement salutaire , elle doit être accompagnée et soute^ nue d'une grande défiance de vous-mêmes. Malheureuse présomption , arme la plus terrible du tentateur I Combien d'âmes très-avancées dans les voies de la perfection, n'en a-t-il pas détournées par cette fatale séduction î
(i) Sine me nihil potestis facere. Joan. i5; 5.
Omnia possnm in eo qui me confortât. Philipp. 4; i3.
(2) Paer aatem eram ingeniosas : et sortiras snm animam boiwim. Et cam essemmagis bonus, veniad corpus incoinquinalura. Et ut scivi qaoniam aliter non possem esse continens, nisi Deus det (et hoc ipsum erat sapientiae scire cajus esset hoc donum), adii Oominum, et deprecatus sum eura. Sap. 8; ig, 20, 21.
(3) Sapientia... linguas infantium iecit disertas. Ibid. 10; 11.
(4) Castodiens parvalos Dominus. Ps. 114; 6.
(>oinbieii de solitaires dans les déserts , de vierges dans les cloîtres, de ministres dans le sanctuaire, que nous avions vus élevés au faîte de la vertu , n'en a-t-il pas fait déchoir par la seule pensée qu'ils s'étaient rendu capalîles de s'y maintenir I Et le prince même des apôtres ne dut sa déplorable chute qu'à sa présomptueuse confiance de ne pouvoir jamais tomber. La présomption est la dernière ressource du démon contre les saints : elle est sa première tentation contre les jeunes gens. Comme ils sont sans expérience ils sont sans défiance. Ne connaissant pas leur faiblesse , ils comptent sur leur force. Ils prennent la vivacité de leur esprit pour une vigueur de raison , et l'ardeur de leurs désirs pour la chaleur de la piété. Jeunes gens , une prudente défense vous est d'autant plus nécessaire que vous en sentez moins la nécessité. L'opinion que vous avez de votre force augmente votre faiblesse : et vous serez plus facilement vaincus , pour avoir cru pouvoir toujours facilement résister. Le moyen d'avoir moins à craindre est de craindre tout. Craigne z tout ce qui vous approche , qui vous entoure de pièges , qui vous environne de séductions. Craignez-vous surtout vous-mêmes. Votre plus dangereux ennemi est votre propre cœur. Le vase qui contient votre innocence est un cristal glissant et fragile , la moindre négligence peut le laisser tomber, le plus léger choc suffit pour le briser. Tenez-le avec fermeté , afin qu'il n'échappe pas de vos mains , garantissez-le avec précaution de tout contact * étranger. Etouff'ez dans votre cœur le germe des passions : ne les laissez pas éclore et pousser des racines qu'il vous serait ensuite difficile d'arracher. C'est une illusion commune à la naissance d'une passion , de se flatter qu'on saura la contenir dans de certaines limites. Elle se fortifie de ce qu'on lui accorde , et on est bientôt étonné de se trouver entraîné bien loin au delà de ce qu'on avait imaginé. Vous auriez pu sans effort retenir ce fougueux coursier : s'il a une fois pris sa course , il vous sera devenu difficile et pénible de ralentir son emportement. Il est infiniment plus aisé de réprimer ses désirs
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que de les borner ; de s'arrêter sur le haut du penchant, que de se retenir quand on a connnencé à s'y laisser aller. Tenez toutes les ouvertures de votre cœur exactement fermées au vice. Ce ver rampant et dévorant , s'il parvient à s'insinuer en partie dans votre intérieur , s'y sera bientôt glissé tout entier.