XV. 2. Obéir à ses parents
Il existe donc une circonstance où la désobéissance est permise : mais c'est uniquement celle où l'obéissance serait criminelle. La résistance au pouvoir paternel ne devient légitime, que lorsqu'elle est commandée par la soumission à une autre puissance de laquelle les parents eux-mêmes dépendent. Hors de là , jeunes gens , obéissez-leur en tout. Celui à qui vous devez la première , la plus entière , la plus nécessaire , la plus absolue obéis-
(i) Ne gloriaris in contumelia patris tui : non est enim tibi gloria ejas confasio. Gloria enim hominis ex honore patris soi; et dedecus nbi pater sine honore. EccL 3; 12, i3.
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sance , vous déclare que c'est le moyen de lui être agréable (1) : il en fait une partie de la soumission envers lui-même (2). Il ne se contente pas de vous le prescrire : il vous en a donné l'exemple. Le Dominateur suprême , qui, d'un seul acte de sa volonté , régit l'univers, et tout ce qu'il contient , descendu sur la terre , se soumettait , sous l'humble toit de Nazareth , aux pauvres parents qu'il s'était donnés (3). L'obéissance à leurs ordres est , des sublimes vertus de son enfance , la seule qu'il nous ait révélée. De toutes les autorités de la terre, la plus ancienne , la plus naturelle , la plus juste, la plus respectable , la plus sainte, est l'autorité paternelle. Les sociétés civiles n'existaient pas encore, et alors les familles formaient autant de sociétés particulières que le père régissait avec une entière autorité. L'empire patriarchal précéda tous les autres : ce fut de celui-là et sur le modèle de celui-là , que se formèrent les états politiques , quand la Providence , multipliant le genre humain, rapprocha les familles et commanda leur réunion. Souverains , cette origine de votre puissance en est un titre bien flatteur et bien avantageux. Elle fait de vous les pères de vos peuples , et vous avertit de l'être : elle fait souvenir vos peuples de vous porter une vénération, une obéissance , et , si vous la méritez , une tendresse filiale. Mais , en se soumettant , eux et leurs enfants , à une autorité supérieure , les parents ne se sont point départis de leur ^autorité sur leurs enfants. Les nouveaux liens de subordination , loin de briser les anciens , les ont au contraire resserrés. Toutes les législations humaines , de même que la loi divine , ont étabU , affermi , muni de
(i) Fiiii , obedite parentibas per omnia : hoc enim placituni est in Domino. Coloss. 3; 20.
(2) Qui timet Dominam... qnasi dominis obedit bis qui se genucrant. Eccli, 3; 8.
(3) Et erat subditas illis. Luc. 2; 5i.
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leur sanction le pouvoir paternel. Il est essentiel à tout ; aux états , pour y former des sujets soumis et utiles ; aux familles , pour y entretenir l'union et les mœurs ; aux enfants eux-mêmes , pour les former , par leur docilité , aux connaissances qu'il leur faudra posséder , aux devoirs qu'ils auront à remplir , aux vertus qu'ils devront pratiquer dans tout le cours de leur vie (1). C'est dans les leçons de leurs parents , qu'enfants ils apprennent à devenir des hommes. Ils reçurent d'eux la vie : ils en reçoivent un bienfait plus signalé , la vie honnête , vertueuse , religieuse. L'existence qu'ils puisèrent dans le sein maternel n'est un boidieur que parce qu'elle est perfectionnée par les soins de l'éducation. La plus grande obhgation qu'ils aient aux auteurs de leurs jours est , non pas de les avoir donnés au monde , mais de les avoir rendus utiles à la terre , et dignes du ciel. Jeunes gens , elle vous est toujours nécessaire cette surveillance paternelle , qui protégea les années de votre enfance , qui les détourna du mal , qui les dirigea vers le bien. Ne cessez pas de courber votre tète sous ce joug salutaire, qu'allège la tendresse. Ne croyez pas que , sortis de la retraite où vous reçûtes les premières instructions , et introduits dans le monde , où doit couler la suite de vos années , vous n'ayez plus de leçons à recevoir , de soumission à rendre. La première éducation , qui fut celle de l'enfance , étant terminée, une seconde éducation commence, plus importante encore et plus délicate que la première. Non, ce n'est pas quand les dangers se multiplient , que les précautions doivent cesser. Ce n'est pas quand autour de vous les séductions de tout genre étalées par le monde, quand dans vous toutes les passions , commençant à fermenter , forment une ligue contre votre innocence , que vous pouvez vous passer du secours puissant qui l'a jus-
(i) Andite disciplinam patris, et attenditC; nt scialis prudentiam. Frùv. 4 ; I •
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qu'alors défendue. Pour la garantir de toutes ces tempêtes qui la menacent , tenez-là constamment sous l'abri tutélaire du pouvoir paternel. L'expérience de vos passions vous découvrira les périls , leur sagesse les écartera, leur tendresse vous en retirera, leur autorité vous les fera éviter. Et même lorsqu'ayant passé les années fougueuses de la jeunesse , vous serez parvenus à un âge plus mûr , et que vous aurez acquis une raison plus Ccdme , plus grave et plus ferme, ce serait encore une erreur dangereuse de vous croire affranchis envers eux de toute subordination. Si la soumission devient moins absolue ^ la confiance doit rester entière. Si vous n'avez plus le même besoin de leurs ordres , leur direction vous est toujours singulièrement utile. Et de qui pouvez-vous recevoir de plus salutaires conseils que de ceux qui par leur tendresse sont plus portés , et , par la connaissance qu'ils ont de vous , plus propres à vous en donner d'avantageux ? A quelque âge que vous soyez, quelque état que vous ayez , traitez avec eux toutes vo^ affaires importantes : recevez leurs avis paternels avec une disposition sincère à les suivre : pesez leurs motifs dans la balance du respect , et ne vous déterminez contre leur sentiment que sur les plus fortes et les plus imposantes raisons. Ils sont bien imprudents les fils qui , parce qu'ils ont atteint l'âge de se décider par eux-mêmes croient devenus inutiles les documents qui les ont jusque-là dirigés; qui entrent dans des états auxquels leurs parents ne les croient pas appelés ; se chargent d'oflices dont ils ne les croient pas capables; contractent des mariages qui leur déplaisent. Malheureux Esaùl ce fut pour avoir conlristé sa mère , en introduisant dans sa maison des épouses contre sa volonté , qu'il se priva de la bénédiction paternelle , et qu'il vit son frère , plus soumis que lui , devenir , à son préjudice , l'héritier des promesses , et acquérir les premiers droits à la succession de ses parents !