‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienneChapitre 279 sur 281 · XVI. 3. Secourir ses parents · texte numérisé non relu

XVI. 3. Secourir ses parents

Un troisième devoir envers les parents , qu'imposent de concert la nature , la raison et la religion , et auquel les enfants sont tenus dans tout le cours de leur vie , est de leur prodiguer les secours de tout genre, dont ils peuvent avoir besoin. Eh! n'est-ce pas pour vous une bien douce satisfaction de devenir pour vos parents ce qu'ils furent pour vous ; de leur rendre ce que vous en reçûtes; de leur témoigner votre reconnaissance , en excitant la leur? Quels services plus doux à votre cœur que ceux que vous leur rendez , et plus agréables au leur que ceux qu'ils reçoivent de vous? Les soins que vous devez à leur âge avancé ont pour principe , pour règle , pour mesure , ceux qu'ils prodiguèrent à vos premières années. Sont-ils tombés dans le malaise ? songez que c'est par eux qu'a été nourrie votre enfance ; et jouissez du bonheur de réparer envers eux les torts de la fortune. Les infirmités sont - elles venues les assiéger ? rappelezvous avec quelle tendresse ils soignaient les maladies de votre jeune âge. Assidus auprès de leur lit de douleur , adoucissez leurs maux en leur portant tous les soulagements qui sont en votre pouvoir. Si ce sont les revers, les disgrâces, les pertes qui les affligent, songez combien de chagrins leur vigilance vous a épargnés , combien de douleurs leur amour a calmées. Pour rendre leurs larmes moins amères , unissez-y les vôtres : que ce soit votre douce main qui les essuie. Les témoignages de votre tendresse seront pour eux la plus puissante des consolations. Quand la vieillesse sera venue les affaiblir, souvenez-vous qu'ils ont été les soutiens de votre enfance ; et devenez à votre tour leur appui (1). Ils ont été votre sa-

(i) Fili, sascipe senectara patris tni : et ne coni.ristes enm in vita illias. Eccli. 3; 14.

gesse , soyez leur force : aidez-les dans ce qu'ils peuvent encore : suppléez-les pour ce qui leur est devenu impossible. Enfin si, en usant les organes , et en relâchant les ressorts de leurs corps , l'âge affaiblit aussi les facultés de leur âme , si les neiges de la vieillesse ont éteint, avec la chaleur , la lumière de leur esprit , gardez-vous , l'Esprit saint vous le défend , de mépriser l'état humiliant où ils sont tombés (1). Reportez-vous au temps où, votre raison n'étant pas encore formée , la leur y suppléait , et veillait sur tous vos besoins avec une tendresse paternelle. Que votre tendresse filiale s'occupe des leuis avec la même sollicitude. Vos services leur seront plus strictement dus puisqu'il leur seront devenus plus nécessaires. Vous n'aurez plus la joie de les voir répondre à vos soins ; mais vous jouirez de la satisfaction intérieuie de les leur avoir rendus. Plus il vous sera triste, plus il vous sera consolant de les servir ; de rester le seul être qui leur ait conservé de l'attachement , qui leur soit demeuré utile. Ils ne sentiront plus le prix de vos secours , mais il ne sera pas perdu ; ils seront au contraire devenus plus méritoires que jamais. Le bien fait à un père , dit le Seigneur, ne restera pas dans l'oubli (2). Elle est , selon l'enseignement de tous les docteurs » tellement sa- . crée dans notre sainte loi l'obligation de secourir les parents , qu'elle l'emporte sur les engagements qu'on aurait pu prendre , même envers Dieu. Eussiez - vous fait le vœu de vous consacrer à Dieu dans un ordre religieux , si l'un des auteurs de vos jours vient à tomber dans un état , soit de pauvreté , soit d'infirmité , qui lui rende vos soins nécessaires , son besoin suspend votre vœu : ce que vous lui devez passe ce que vous avez promis à Dieu : il ne vous est permis d'exécuter votre engagement qu'a-

(i) Si defecerit sensu , veniam da : et ne spernas eura in virtute lua. Ibid. 3; i5.

(ï) Eleemosyna patris non erit in oblivione. Ibid.

près avoir rempli le devoir antérieur et plus strict de soulager ceux dont vous reçûtes la vie , et lorsque vos services auront cessé de leur être nécessaires. Une ancienne tradition , parmi le peuple hébreu , autorisait les enfants à laisser leurs pères dans la nécessité , pourvu qu'ils fissent à leur intention des offrandes au temple. Jésus-Christ déclare cette pratique criminelle. Il rappelle aux Juifs le précepte formel de rendre honneur aux parents. Il leur reproche vivement de violer la loi de Dieu pour leurs vaines traditions : et il met ainsi impérativement les dons faits aux parents , dans le besoin , au-dessus de ceux offerts à Dieu même (1).

XVJI. Devoirs envers les parents morts.

Les devoirs envers les parents n'expirent pas même avec eux. La vénération , la soumission , la tendresse filiale leur survivent dans la nuit éternelle. Le fils vertueux et chrétien conserve pour leur mémoire un respect constant, donne à leurs dernières volontés une exécution fidèle , et adresse au Seigneur pour le repos de leur âme de ferventes prières.

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