XXXVII. Examen de conscience
Pour s'accuser pleinement , il faut se bien connaître : pour se connaître à fond, il est nécessaire de s'examiner avec une sérieuse attention. Cet examen positivement prescrit par les saints canons et spécialement par le concile de Trente , est une préparation indispensable à la confession. Avant de rendre compte à notre juge , nous
(i) Escolantes calicem, camelum autern glatientes. Matth. 23 ; 24.
devons nous le rendre, et prévenir son jugement par le nôtre. C'est ainsi, nous dit le Juge céleste, que nous recevrons un jugement de propitiation (1). O vous donc , que le regret d'avoir perdu la grâce de Dieu , et le désir de la recouvrer , attirent au pied de celui qu'il en a établi le dispensateur, ne vous contentez pas de promener superficiellement votre pensée sur le cours de votre vie. Enfoncez la sonde de votre attention dans les profondeurs de votre âme : suivez-en soigneusement tous les replis ; allez y rechercher ce qui est le plus secrètetement caché ; repassez dans votre mémoire toutes les routes tortueuses où vous vous égarâtes; observez la trace de tous vos faux pas : considérez les lieux divers qui furent témoins de vos chutes : remarquez les pierres de scandale que vous avez élevées de côté ou d'autre. Que le spectacle de la prodigieuse multiplicité , de la hideuse difformité de vos crimes ne vous dégoûte pas au point de n'oser les contempler ; portez-y des regards douloureux, mais fermes et attentifs. Ce que le Seigneur dit autrefois à son prophète sur les désordres de Juda , il vous le répète. Perce ce mur de séparation que tes péchés ont élevé entre ta conscience et ton cœur , et qui t'intercepte la vue de tes crimes. Pénètre, le flambeau de la loi à la main, dans cet intérieur obscur : examine toutes les détestables abominations qui se présenteront à tes regards (2). Considère tous les préceptes que tu as manqué d'observer; tous les devoirs de rehgion, de morale, d'état et de société, de charité et de justice, que tu as négligés ; les œuvres de piété, de miséricorde, de mortification , que tu as omises ; les grâces dont tu n'as pas profité ; les talents que tu n'as pas enqjloyés. Ne t'arrête pas là ; tourne - toi d'un autre côté ; tu apercevras des
(i) Ante judicinm interroga teipsum, et in conspectu Dei invenies propitiationein. Eccli. i8;20.
(2) Fili hominis, fode parietem... ingredeie et vide abominatione» pessiinns. Ezech. 8; 8, 9.
abominations pires encore (1). Compte tous les péchés dont tu as positivement souillé ta vie ; et les paroles qui ont blessé la foi , la charité , la pureté , la vérité ; et les actions, effets criminels de ton orgueil ou de ton libertinage , de ton avarice ou de ton intempérance , de ton indolence ou de ta violence ; de toutes les passions auxquelles tu t'es livré. Ce que tu as vu n'est pas suffisant ; porte plus loin tes regards : ils te découvriront encore de nouvelles abominations (2). Observe toutes les pensées coupables qui ont occupé ton esprit , et que ta volonté n'a pas repoussées ; tous les désirs criminels que son cœur a nourris avec complaisance. Ce n'est pas tout : vois les péchés de tes frères dont tu t'es rendu responsable , comme cause ou comme occasion, comme complice ou comme fauteur , comme les a^^ant laissé commettre, devant les empêcher. Remonte aux principes de toutes ces prévarications : suis-les dans leurs effets : rassembles-en les circonstances : pèses-en la grièveté : et viens eiisuite déposer ce lourd et honteux fardeau , dont tu auras chargé ta mémoire , dans le tribunal où ma miséricorde t'attend pour t'en délivrer.
XXXYIII. Manière de s'examiner.
Pour faire avec exactitude et avec fruit cet examen si important , une première condition souverainement utile, et comme indispensable , est d'en demander la grâce. Nous ne nous connaîtrons jamais pleinement , si celui qui seul nous connaît parfaitement , ne nous communique pas cette salutaire connaissance. Avant de rentrer en nous-mêmes , commençons par entrer dans la présence de Dieu. Conjurons-le de faire pénétrer dans cette caverne ténébreuse que nous allons parcourir, un rayon
(i) Adhuc conversus videbis aboininationes majores. Ezech. 8 ; i3. (2) Certe vidisti , fili hominis : adhuc conversus videbis aboruinationes majores Lis. Ibid. i5.
de sa lumière céleste (1). Disons-lui avec l'aveugle de l'Evangile , mais avec la même foi et la même ardeur : Seigneur , faites que je voie (2). Et comme le saint homme Job : De combien de délits , de péchés , d'iniquités , de crimes , suis-je chargé ? 0 mon Dieu I daignez me les montrer (3). Passons ensuite avec confiance, mais avec humilité , à la recherche exacte de toutes nos offenses. Avant d'aller nous présenter comme coupables au tribunal de Dieu , exerçons envers nous-mêmes la fonction de juge. Ce témoin de nos iniquités , qui nous les reprocha si souvent , cette conscience , que si longtemps nous dédaignâmes d'écouter , interrogeons-la maintenant , et soulevons-la contre cet amas de péchés dont nous l'avons jusqu'ici oppressée.
Mais quel doit être cet examen exact, impartial , sévère , de toutes nos offenses , pour qu'il nous mette en état d'aller les révéler au ministre chargé de les juger ? Une règle générale donnée par les docteurs , et dont la sagesse se fait sentir d'elle-même , est d'y apporter l'attention , le soin , la sollicitude , que nous donnons à nos plus importantes affaires. Il ne satisfait pas au précepte de l'examen , il ne peut pas connaître exactement l'état de sa conscience , le pécheur qui se borne à un coup d'œil superficiel sur sa vie passée. Abus commun I abus funeste i qui rend une multitude de confessions nulles , ou même sacrilèges , selon le degré de la négligence qu'on a apportée à s'examiner. Mais la mesure du temps dû à cette importante recherche n^'est pas , et , comme on peut aisément le sentir , ne peut pas être positivement déterminée. Elle dépend principalement de deux circonstances : du genre de vie^ et de la fréquence ou de la rareté des confessions. L'homme que son état soumet à
(i) Deus meus, illumina tenebras meas. Psalin. 17; 29.
(2) Rabb.>ni, ut videara. Marc. 10; 52.
(3) Quantas habeo iniquitates et peccata , scelera mea et dclicla ostende niilii. Job. i3; 23.
il. 3*
58 SLR LA PÉ.MTE^-CE.
plus de devoirs , et expose par là à plus de tentations , et celui qui met entre ses confessions de longs intervalles , doivent employer plus de temps à la discussion de leur conscience , que ceux qu'une vie retirée éloigne des occasions du péché , ou que la piété ramène souvent dans le saint tribunal.
Il se rencontre quelquefois des pénitents saintement , mais trop scrupuleusement timorés , qui apportent à la recherche de leurs fautes une anxiété inquiète , et qui , après y avoir mis une longueur excessive , croient encore ne s'être pas suffisamment examinés. Ame religieuse, que tourmente une vaine frayeur , considérez que le tribunal auquel vous allez vous présenter , est celui de la miséricorde : que l'infinie bonté qui vous y attend ne vous demande que ce que vous pouvez raisonnablement ; et qu'elle proportionne ses préceptes à vos forces. Prenez d'elle des pensées conformes à son indulgence : prenez en elle une confiance qui réponde à sa clémence. Soyez assurée de la trouver , cjuand vous la chercherez dans la simplicité de votre cœur (1). Comptez fermement qu'elle suppléera vos omissions involontaires , et que les péchés que vous aurez pu oublier , si ce n'est pas par précipitation ou par négligence, elle ne vous les imputera jamais.