XL. Sincérité
La sincérité de la confession tient à son intégrité. Elle n'est pas entière la déclaration des péchés qui n'est pas franche et naïve. Le langage de la vraie pénitence, humble , simple , sincère , expose avec candeur et ingénuité les fautes telles qu'elles sont, sans les déguiser ou les excuser , sans réticence et sans adoucissement. Le défaut de bonne foi , dans la manière d'énoncer les péchés , vicie aussi essentiellement la confession que le défaut absolu d'énonciation. On peut pécher en ce point de deux manières ; en étant de mauvaise foi , ou avec soi-même , ou avec le prêtre. On voit de prétendus pénitents qui s'aveuglent volontairement sur leurs péchés ; qui consultent sur la nature et le degré de leurs offenses , non les règles d'une saine morale , mais les préjugés suggérés par leurs passions. Ils conviennent en général des obligations du chrétien ; mais , dans l'application à leurs personnes , ils les anéantissent , les altèrent , et se for-
gent , dans leur imagination abusée , des prétextes pour justifier, ou au moins pour atténuer leurs manquements; prétexte d'honneur pour la vengeance ; prétexte d'élévation d'âme pour l'ambition ; prétexte de dignité du rang pour le faste; prétexte de civilité pour les commerces dangereux ; prétexte de santé pour l'exemption du jeûne ; prétexte de besoin d'état pour le refus de l'aumône. Il n'y a pas de loi dont on ne convienne dans la spéculation : il n'y en a pas dont on ne parvienne à s'affranchir dans la pratique. On reconnaît la généralité du principe : on se place dans l'exception. On commence par se séduire , on continue par s'étourdir , on finit par s'aveugler. On présente au juge , ministre de Dieu , non sa conscience réelle , mais la conscience que l'on s'est faite : et quand les remords s'élèvent dans l'àme , elle les a bientôt étoulTés sous les principes abusifs qu'elle s'est for* gés. On voit d'autres pécheurs plus sincères envers euxmêmes , mais qui ne le sont pas également avec leur juge. Leur conscience est droite : leur langage manque de droiture. Ils reconnaissent l'énormité de leurs iniquités ; ils n'osent pas l'avouer toute entière. Adam rejette sa désobéissance sur Eve , Eve sur le serpent. Nous avons hérité d'eux , avec l'inclination à commettre le mal , la disposition à l'excuser. Nous confessons nos péchés ; mais nous ne découvrons pas notre conscience. Nous confessons nos péchés ; mais nous n'en déclarons pas toute la grièveté ; nous les affaiblissons par la manière dont nous les présentons. Nous confessons nos péchés ; mais nous en dissimulons les circonstances , nous en taisons les motifs , nous n'en faisons pas voir les suites. Nous confessons nos péchés ; mais les choses douteuses nous les interprétons à notre avantage ; celles qui ont plusieurs faces nous les montrons du côté favorable ; et si nous pouvons saisir le plus léger prétexte , nous l'exagérons. Observons cependant que , si quelque péché est accompagné de circonstances qui en atténuent la grièveté , nous devons les déclarer avec la même sincérité que celles qui l'aggravent. Mais délions-nous île nous-
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mêmes , de notre facilité à nous abuser , de notre penchant à nous justifier. ]Ne souffrez pas , Seigneur, disait le saint roi pénitent , que mon cœur se laisse aller à des paroles de malice , pour chercher des excuses à mes péchés (1). Et ne sont-ils pas aussi déraisonnables que criminels, ces déguisements d'un cœur qui n'est pas droit , et d'une langue trompeuse (2) ? Vous en imposerez facilement au prêtre. N'ayant pas la connaissance de l'intérieur , il ne pourra pas vous dire comme le prophète à la femme de Jéroboam : Pourquoi feignez-vous d'être autre que vous n'êtes ? Je suis chargé de vous donner une réponse sévère (3). Ou , connue saint Pierre à Ananie : Pourquoi Satan t'a-t-il inspiré la tentation de mentir au Saint-Esprit (4) ? Mais s'il vous est possible d'abuser celui qui prononce l'absolution , vous flattez -vous de tromper de même celui qui accorde le pardon? Vous parlez au ministre ; mais Jésus-Christ vous entend , Jésus-Christ à qui rien n'est caché (5) ; Jésus-Christ , témoin invisible de toute votre vie , de vos actions les plus secrètes ', Jésus-Christ dont la toute-science pénètre au fond de votre pensée , et jusqu'aux replis les plus intimes de votre conscience (6) ; Jésus-Christ qui connaît mieux que vous toute l'étendue de votre dépravation , et toute la multitude de vos péchés (7).
^^i) ISou déclines cor meum in verba malifiae, ad excusandas excnsaliones in peccatis. Psalin. 140; 4-
(2) Lingua sua mentiti sunt ei : cor aatem eornm non erat rectum cutn eo. Psalin. 77 ; 3f), 37.
(3) Quare aliani te esse stimclas ? Ego aatem missus sum ad te durus nuntius. 3 Reg. i!^\ 6.
(4) dur tentavit Satanascor tuum mentiri teSpiritui sanctoP^^cf. 5; 3-
(5) Omnia nuda et sunt aperta ocnlis ejus. Hebr. 4 ; i3.
(6) Non cognovit quoniam oculi Doraini inultoplus Incidiores sunt super solem ; circumspicientes oranes vias hominnm, et profnnduui abyssi et hominum corda intuentes in absconditas partes. Eccli. ï 23; 28.
(7) Dens, tu scis insipientiam meam , et delicta tnea a te non sunt! abscondita. Psalm. 68; 6. " 1,