LVII. Rareté des bonnes satisfactions
Malheureusement ce n'est pas ainsi que pensent la plupart des pécheuis. La funeste sensualité , qui causa leurs fautes , leur en fait redouter la réparation : et l'ennemi du salut sait bien leur étaler , leur exagérer les saintes rigueurs de la pénitence pour les en détourner. Il leur présente comme excessive la pesanteui' de la croix qu'il faut porter ; comme impossible la victoire sur soi-même ; comme des sacrifices im,{)raticables le
(i) Quantum glorificavit se, et in deliciis fait , tantnm date illi formentum et lactum. Apoc. i8; 7.
(2) Pro mensura peccati erit et plagarnm luodus. Deuter. -iS ; 2
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renoncement aux penchants , la réforme des habitudes, la rupture des liens qui attachent. L'âme molle et faible contemple avec une vive terreur les peines satisfactoires, ainsi grossies par l'imagination : elle se décourage, et regardant la pénitence comme au-dessus de ses forces, elle désespère de pouvoir l'accomplir. Le libertin , au contraire , se réjouit de cette exagération des saintes rigueurs, ravi de saisir un prétexte pour s'en dispenser. Aussi sont-elles bien rares les sincères , salutaires et efficaces pénitences. On voit de tous côtés de grands pécheurs : on cherche inutilement les vrais pénitents (1). Saint Ambroise avait trouvé plus d'hommes dont l'innocence se fût conservée , que d'hommes qui l'eussent réparée. On veut bien regarder le péché comme un malheur qui demande des regrets , mais non comme un crime qui mérite des châtiments. Ainsi on aggrave son mal par le remède même qui devrait le guérir : on s'enfonce dans le péché par le moyen présenté pour s'en retirer. Pour se soustraire au devoir de la pénitence extérieure, on allègue divers prétextes : celui-ci sa santé , qui le rend incapable de mortification ; celui-là la modicité de sa fortune ^ qui le met hors d'état de faire des aumônes; cet autre les devoirs de son état, qui ne lui laissent pas le temps de vaquer aux exercices pénitentiels. Prétextes d'abord toujours faux , qui n'empêchent que la pratique de la pénitence , et qui laissent toute liberté de se livrer à la dissipation, aux plaisirs, aux folles dépenses. Prétextes ensuite qui, quand ils seraient fondés sur la vérité, seraient encore insuffisants. Ce qui peut rendre impossibles certaines œuvres satisfactoires, n'ôte pas la liberté d'en exercer d'autres. Veuillez expier vos péchés ; vous en trouverez une multitude de moyens.
^i) Attend), et auscultavi : nemo qaod bonum est loquitur : nuUus est qui agat pœnitentiam super peccato suo, dicens : Quid feci? Otnnes conveisi saut ad carsum suuju , quasi equus iiiipelu vadens ad praeliura. Je rem. 8:6.
Dieu n'exige de vous que ce que vous pouvez ; et il vous fera, par sa grâce, pouvoir ce que vous voudrez. D'autres pécheurs osent trouver la mesure de la pénitence extérieure trop grande pour les fautes. Le péché, disentils, n'a duré qu'un instant, pourquoi exige-t-il un long temps de satisfaction ? Appliquez ce raisonnement , que vous faites sur les maladies si funestes de votre âme , aux maladies de votre corps, et demandez pourquoi on vous ordonne un long régime pour réparer les suites de maux qui ont été vifs et rapides. Apphquez ce que vous dites des peines temporelles, prescrites pour expier le péché, aux peines éternelles préparées pour le punir , dites de même : L'acte du péché n'a duré qu'un moment , comment peut-il attirer des siècles éternels de châtiments ? Oui , la durée de Faction coupable est instantanée ; mais sa grièveté est immense , à raison de l'Etre infini qu'elle offense. C'est dans lui une grande bonté de n'exiger pour satisfaction que des peines bornées à un certain temps.