‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienneChapitre 52 sur 281 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

LE DÉL\I DE L\ PÉ>iITE>CE.

I, Motif du délai de pénitence.

Le salut est la chose la plus nécessaire à rhomme ; la pénitence est la chose la plus nécessaire au salut du pécheur. Ces deux vérités sont d'une telle évidence , que le pécheur ( il ne s'agit pas ici de celui qui s'est jeté dans l'abîme sans fond de l'incrédulité ) ; que le pécheur, qui tient encore à la religion par sa foi , n'entreprend pas de le contester. Pourquoi donc n'agit-il pas en conséquence ? Pourquoi les invitations de l'Eglise , pourquoi les menaces du Tout-Puissant produisent-elles si peu d'effet dans le monde? Pourquoi, avec de si pressants motifs de se convertir, voit-on si peu de conversions ? Sujet effrayant de notre profonde douleur I Combien est multiplié le nombre des pécheurs I combien est petit le nombre des pénitents I Le pécheur reconnaît la nécessité de se convertir, et il ne se convertit pas. Sa raison est convaincue, et sa volonté résiste. Retenu dans les hens du péché par la passion ou par l'habitude , excité à s'en retirer par le remords et parla giâce ; pressé pai' la crainte de l'avenir , arrêté par l'amour du présent ; trouvant trop de risque à aller en avant , trop de peine à retourner en arrière ; désirant tout à la fois et de n'avoir jamais commencé , et de ne jamais finir ; combattu par tous ces sentiments contraires , il s'efforce de les concilier. Il voudrait calmer sa conscience , sans cesser de satisfaire son penchant. Pour les accorder , il imagine de différer ce qu'il craint d'exécuter. Il endort sa conscience pai' l'espoir du re-

pcntir dans un temps plus favorable , et il contente son penchant , en continuant de le suivie. Ainsi , par un odieux partage , il donne à Dieu ses désirs , au démon ses actions. C'est ce déplorable aveuglement que je vais combattre. J'entreprends de prouver au pécheur que , s'il veut réellement sa conversion , il ne doit pas la différer plus longtemps. Je viens lui répéter ce qu'autrefois les prophètes criaient de la part de Dieu à son peuple : Coupable Jésuralem , si tu veux être sauvée , hâte-toi de laver ton cœur de toutes ses souillures. Jusqu'à quand le livreras-tu à tes pensées criminelles (1)? Nation qui as perdu ton amabilité , rassemble-toi autour de ton Dieu , avant que sa colère vienne fondre sur toi , avant que le jour de son indignation te surprenne (2). Je veux déclarer à ces prétendus sages , ce qu'annonçait saint Paul à l'Aréopage : C'est maintenant que le Seigneur signifie aux hommes, qu'ils aient toUs à faire pénitence, parce qu'il a établi un jour où il jugera l'univers dans son équité (3).

Prétextes du délai.

Connaître la nécessité de se convertir actuellement , et cependant refuser de se convertir actuellement , n'est-ce pas une inconséquence évidente? Multiplier ses transgressions au bruit du tonnerre qui gronde pour annoncer le châtiment des transgresseurs , n'est-ce pas une imprudence extravagante? Quel est donc le futile, l'insensé prétexte , qui perpétue dans tant de pécheurs ce délai

(i) Lava a inalitia cor tnum, Jérusalem, nt salva lias. Usqaequo morabnntur in te cogitationes noxiae? Jerem. 4; 14.

(2) Convenite, congregamini, gens non amabilis... anteqnam veniat super vos ira furoris Doniini, anteqnam veniat super vos dies indignationis Doniini. Sophon. 2; i, 2.

(3) Deus nunc annuntiat horainibus ut oranes ubique pœnitentiam agant : eu quod statuit diemin quo judicaturus est orbeni in aequitate. Act. 17 ; 3o, 3i.

qui peut leur devenir si funeste? Ils se font une double illusion. Ils se persuadent que , dans un autre temps , la pénitence leur sera également possible , et au moins aussi facile. Ah I si la raison peut encore conserver quelque influence sur les âmes que la passion agite ; si l'intérêt le plus grand qu'ils puissent avoir est capable de toucher des cœurs qu'absorbe entièrement un intérêt frivole; si quelque rayon de la vérité peut pénétrer jusqu'à des yeux que l'erreur la plus dangereuse a enveloppés de ses ténèbres , que ces pécheurs , aveuglés par leur passion (1) , réfléchissent un moment avec nous sur la vanité de leur espérance, ils verront les deux sophismes sur lesquels ils se fondent , confondus par deux vérités , dont il leur sera impossible de contester l'évidence. Ils croient leur conversion également possible dans tous les temps : ils verront que le délai qu'ils y apportent la rend au contraire plus incertaine. Ils pensent que, dans tous les temps, elle leur sera autant et plus facile : ils se convaincront que, loin de là , à mesure qu'ils la difl'èrent , ils la rendent de plus en plus difficile.

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