IX. Il est incertain qu'on ait le temps de se convertir
Ne mets pas ta gloire dans l'avenir , dit le Seigneur , dans l'ignorance où tu es de ce qu'enfantera le jour qui doit venir (1). Mais ils pensent apparemment , ceux qui règlent ainsi dans Je lointain toutes les actions de leur vie, que l'avenir est en leur disposition. Ignorent-ils donc que Dieu s'en est réservé le domaine? Nous ne sommes les maîtres , ni du temps passé qui nous est échappé , ni du temps futur que nous n'atteindrons peut-être jamais. Le moment présent est le seul qui nous appartienne , le seul dont nous puissions disposer : et il ne nous a été donné que pour l'employer à notre salut. Voici donc en substance ce que dit tout pécheur qui diffère sa conversion : IMon Dieu , je vous refuse ce qui est à moi, ce que je pourrais, ce que je devrais vous donner : mais je vous offre ce que je n'ai point , et je vous promets ce que je n'aurai peutêtre jamais.
Et en effet , sur le terme de notre vie nous ne sommes certains que d'une chose, c'est de son incertitude. Sa durée est le secret de Dieu : lui seul en donne et en connaît la mesure. Telle est, nous dit le Sage, l'ignorance de
(i) Ne glorieris in crastinum, ignorans quid superventnra pariât dies. Prov. 27:1.
l'homme sur sa fin , que semblables à des poissons qui viennent se prendre à l'hameçon , et à des oiseaux que l'on enveloppe dans le filet, les hommes se trouvent saisis dans le temps mauvais , au moment où une mort inattendue leur survient (1). En vain David demande au Seigneur de lui faire connaître le nombre de ses jours , afin de savoir ce qui lui en reste (2). Une providence infiniment sage et bienfaisante nous cache cette dangereuse connaissance ; pour prévenir le désespoir de ceux qui se croiraient trop près de leur fin; pour réprimer l'excessive confiance de ceux qui s'en jugeraient encore éloignés , et pour les retenir tous dans la pratique continuelle de leurs devoirs , par l'incertitude du joui' où ils auront à en rendre compte.