‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienneChapitre 82 sur 281 · XI. Moyens iniques · texte numérisé non relu

XI. Moyens iniques

Emporté de ses présomptueuses prétentions , il ne les gardera pas longtemps renfermées dans son intérieur : ii ne tardera pas à les produire au dehors. 11 va se hâter de les satisfaire, mais à quel prix? grand Dieu I par quels moyens ? A quel prix ? Au prix , s'il le faut , de sa réputation , de son honneur , de sa probité , de sa foi, de sa re-

rientur oculi vestri; ef eritis sicat dii, scientes bonum et malam. Gen. 3; 4, 5.

14'2 SUR l'ambition.

ligion, de son âme. Par quels moyens? Par tous ceux qu'il jugera, non pas honnêtes, mais utiles; par tous ceux qu'il trouvera conformes , non à la justice , mais à sou intérêt. A ses yeux , la gloire du succès couvrira la honte des moyens. Il ne voit qu'une chose à redouter ; c'est le défaut de réussite. Portez le flambeau dans les routes souterraines et tortueuses que parcourt l'ambitieux : suivez sa marche ténébreuse : observez ses menées rampantes : considérez ses manœuvres obliques. Que de trames vous lui allez voir ourdir I Que de ressorts il fera mouvoir, tantôt successivement , tantôt eu même temps î Emplovant , selon qu'il juge en avoir besoin, l'insinuation , la sollicitation , l'intercession , l'importunité ; affectant ici la modestie ; là étalant la jactance ; prenant indifféremment les mesures' légitimes et les plus criminelles ; au défaut de la vérité, mettant en œuvre le mensonge, la ruse , la fraude , flattant le crédit , abusant de l'amitié , séduisant par des promesses, corrompant par des présents, quelquefois intimidant par des menaces. Comme il n'y a aucune de ces pensées qui ne soit un désir ardent , il n'y a aucune de ses actions qui ne soit une intrigue. On ne voit dans lui rien de fixe , rien de constant. Tout vent de faveur le retourne subitement. Il prend sans hésiter toutes les formes qu'il juge utiles : change de caractère comme d'intérêt , se métamorphose au gré de ceux dont il brigue les bonnes giâces, se plie à toutes leurs volontés, caresse tous leurs caprices, se met au service de toutes leurs passions , se rend le ministre de tous leurs crimes. Il fait violence à ses vices , quand il les croit nuisibles ; leur lâche la bride , quand il en espère quelque profit. Il abuse des vertus dont il prend l'hypocrite apparence. Il aff"ecte une patience intéressée , qui soufl're tout de celui dont il attend quelque bien ; une complaisance étudiée pour gagner celui dont il désire les services; un faux désintéi^ssement, pour trouver moins de rivaux; une humilité contrefaite , pour exciter moins d'envie; une politesse contrainte, pour se rendre agréable à plus de monde. Il n'v a pas de masque dont l'ambition ne s'efforce de

aclier sa difformité ; quelquefois même , grand Dieu I vous le souffrez! quelquefois elle se décore du masque de la piété (1). Ainsi l'artificieuse ambition fait servir à ses succès jusqu'à la loi qui la réprime. Elle s'insinue aux grandeurs , sous l'humble voile du mépris des grandeurs; emprunte l'air , le ton , le langage de la sainteté , pour violer les devoirs les plus saints ; et de la religion qui la condamne prétend faire le fauteur, le complice , le protecteur de ses intrigues et de ses bassesses.

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