‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienneChapitre 93 sur 281 · II. Différence de l'envie et de quelques autres sentiments · texte numérisé non relu

II. Différence de l'envie et de quelques autres sentiments

Pour connaître plus positivement la nature de l'envie,

(i) Charitas non œraulatur. i Cor. i3; 14.

(2) Idipsum pro invicem sollicita sunf nienibra ; et si qnid patitiir unum meinbrum, compatinntur oinnia mernbra : sive gloriatur iinui» njembruin , congaudent oninia nierabra. i Cor. 12 ; 25, 26

il est bon de la distinguer de quelques autres sentiments, avec lesquels il est assez ordinaire de la confondre.

La haine et l'envie produisent le même effet , qui est; de s'affliger du bien d'autrui. Mais il y a cette différence: le haineux s'attriste directement , à raison du mal qu'il veut à son adversaire ; l'envieux se désole , à raison du bien d'autrui qu'il désire pour lui-même. La haine a presque toujours pour principe une injure, oU réelle , ou imaginaire; l'envie ne voit dans l'homme qu'elle poursuit, d'autre tort que le bonheur dont il jouit. L'une dans le malheur de l'ennemi cherche le plaisir de la vengeance ; l'autre , en désirant le malheur du rival , n'y cherche d'autre satisfaction que ce malheur même.

L'envie a aussi quelque rapport avec un autre sentiment qui est la jalousie. L'une et l'autre font le tourment, et de celui qui en est le sujet, et de celui qui en est l'objet. Ce sont cependant deux choses très-distinctes. On est jaloux de son bien , envieux du bien d'autrui; jaloux de ce qu'on craint de perdre , envieux de ce qu'on désire acquérir; jaloux par attachement déréglé à ce qu'on possède , envieux par ardeur d'envahir ce que possèdent les autres. Ainsi l'envie est plus que la jalousie , d'abord injuste , puisqu'elle n'a aucun droit à ce qu'elle poursuit; ensuite déraisonnable : le jaloux , par ses précautions , peut espérer de conserver ce qu'il a ; les agitations de l'envieux ne lui feront pas atteindre ce qui lui manque.

L'erreur la plus commune et la plus dangereuse , parce qu'on s'en fait une excuse vis-à-vis du public , quelquefois même une illusion à ses propres yeux, c'est de confondre l'envie avec une louable émulation. Mais quelle diftérence entre celui qu'anime l'émulation, et celui qu'agite l'envie ? L'un chérit l'objet que l'autre déteste. Le premier travaille à s'élever jusqu'à son modèle; le second s'efforce de ravaler son rival au-dessous de lui. Celui-là est chagrin de ses propres défauts ; celui-ci attristé des quahtés d'autrui. Celui-là joyeux devoir dans ,, son frère un mérite qu'il puisse imiter, cherche encore à le faire valoir; celui-ci affligé de voir dans son semblable

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Uii mérite qu'il désespère d'atteindre , n'est occupé qu'à les décrier. Entre l'émulation et l'envie , il y a toute la distance qui existe entre l'amour et la haine , entre la vertu et le vice, entre la bienfaisance et la persécution.

m. Cause de l'envie.

Les causes de l'envie peuvent se rapporter à trois chefs principaux : l'ambition, l'orgueil et l'amour-propre porté jusqu'à l'égoïsme. L'ambition aspire à tout: on regarde comme des concurrents ceux qui obtiennent quelque chose que l'on ambitionnait ; on s'afflige de leurs succès, que l'on regarde comme des revers pour soi-même. L'orgueil ; on se croit fait pour tout , propre à tout ; on se juge fort supérieur aux autres ; on pense que tout est dû à soi de préférence à eux ; on est humilié , attristé , de les voir préférés à soi. Enfin l'égoïsme; on n'est occupé que de soi ; on n'a d'amour que pour soi. Le bien arrivé au prochain ne fait aucun plaisir ; et quand c'est un bien qu'on désirait pour soi-même , on ressent une vive peine de le lui voir obtenir.

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