VIII. L'envie porte ie trouble dans la société
L'envie porte le trouble dans les sociétés particulières : elle les agite, et y jette la dissension. C'est de ce germe impur que pullulent ces rejetons empoisonnés qui infectent le monde ; les querelles , les inimitiés réciproques , les jugements défavorables , les rapports désavantageux , les médisances , les calomnies , que l'on va répandant mutuellement ; qu'on se croit autorisé à rendre , quand on en a été l'objet ; qui dégénèrent eu haines implacables , et dont on a vu trop fréquemment des suites atroces. Dans la société générale et politique , les effets de l'envie sont plus terribles encore. Comme les intérêts y sont plus grands , les haines y sont bien plus acérées , les intrigues bien plus multipliées et plus actives. On envie , non-seulement le bien particulier que reçoit le prochain , mais ses succès les plus avantageux à l'état. Le bonheur pubhc devient un chagrin domestique ; et on s'attriste intérieurement de ce dont on est forcé de témoigner de la joie. C'est surtout sur le mérite le plus éminent , le plus reconnu , le plus utile à la patrie , que cette détestable passion verse son fiel. C'est un Daniel que l'envie poursuivra jusqu'à ce qu'elle l'ait précipité dans la fosse aux bons. C'est un Moïse dont la gloire éclatante offusque, irrite Coré^ Dathan et Abiron (1). Combien de révolutions ( hélas I pour en trouver de déplorables exemples , il n'est pas nécessaire de remonter à
' i) Propter invidiain circunadedeiunt lUum hominesin deserlo, qui erant cnm Dathan et Abiron, et congregatio Core in iracnndia. Eccli. 45 ; 22.
SUR l'envie. 167
des pays éloignés de nous ) ; combien de révolutions d'empires ont eu pour principe cette manie de rivaliser avec les conditions , ou avec les personnes de classes supérieures.