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son origine première, que du fond ordinaire des méditations humaines, Un homme l’a mise au jour, que tous l’étudient et la secondent, on trouvera bien vite en elle le moyen le plus opportun de commencer avec fruit immédiatement la belle œuvre de la colonisation et du progrès de notre agriculture. Cette pensée a surtout le mérite oh à été inspirée pour le pauvre ; c’est une raison de plus pour le pauvre; c’est une raison de plus pour nous de lui donner le second rang parmi tous les autres moyens, vû que rien ne presse plus que de donner des terres à ceux qui n'en ont point. Quant à l'exécution de ce moyen il està la portée de tout le monde par le procédé mis au jour par M. Drapeau. Tous ceux qui possèdent peuvent, par de légers sacrifices, venir au secours de ceux qui ne possèdent point, Et rien comme les associations pour enlever toutes les diffcultés. Voyez les sociétés de tempérance, quel bien n’ontelles pas fait ? Voyez les associations de la sainte Enfance et dela Propagation de la Foi, quel résultat magnifique n’obtiennent-elles pas tous les jours? L'agriculture, telle que nous l’avons motivée, n'est-elle pas, après ces œuvres saintes, celle qui mérite parmi nous le plus d'efforts et de dévouement ? Donc elle doit être générale, populaire, active et permanente comme les associations saintes dont nous venons de parler. Sous certains rapports, elle peut se prêcher partout, même dans nos chaires chrétiennes; avoir partout des appuis, des amis et des protecteurs. Les associations agricoles peuvent naître à la ville comme à la campagne; dansles villages industriels comme dans les cantons les plus stagnants. Bien plus, c’est dans les faubourgs de nos villes, c’est dans ces contrées cncombrées de désœuvrés que les associations de secours scraient parfaitement à leur place, aujourd'hui que l'ouvrage manque, ou que le salaire est à peu près nul. En retirant de ces lieux une grande partie des familles souffrantes qui y attendent, dans l'oisiveté et ses suites, un meilleur avenir, on cultiverait bien des terres qui ne demandent que des bras et quelques écus. On ferait bientôt une large brêche à nos forêts avec tous ces braves ouvriers qui ne désirent que le travail ; et on arracherait bien des jeunes gens à toutes sortes de séductions, si, par des secours donnés à propos, on les dirigeait vers les terres nouvelles qui sont en quelque sorte sous leur main. Agir de cette façon, ce ne serait pas seulement du
patriotisme, de la générosité bien entendue, ce serait de la charité toute pure et toute belle; à tel point que nous l’annexerions sans scrupule aux saintes œuvres qu'embrassent les sociétés de Saint-Vincent-de-Paul. Donner du pain tout cuit au pauvre qui en manque, c’est louable et très-chrétien ; donner, par les produits d’une terre à soi, les moyens de se procurer ce même pain, de manière à n'être plus obligé de le mendier, disons-le nettement, c’est plus louable et plus chrétien. KEn outre, les Sociétés de Saint-Vincent-de-Paul, comme tout le monde le sait, prennent soin de la moralité de leurs pauvres ; il en serait de même naturellement dans les associations de secours, puisque la pauvreté et ses vices ordinaires disparaîtraient par les ressources de l’agriculture. Voilà ce que sont appelées à faire les associations de secours, si on veut les bien comprendre et les étendre. C’est pour cela que nous les assimilons aux œuvres les plus chrétiennes, et qu’elles nous agréent entre tous les autres moyens de faire prospérer notre agriculture immédiatement.
Qu'on aille aujourd’hui dans nos campagnes déjà ouvertes aux travaux agricoles depuis plus ou moins longtemps, on pourra se convaincre de la vérité de notre premier avancé, l’absence du paupérisme. Bien que les récoltes de cette année n'aient pas été assurément les meilleures que Dieu nous ait accordées dans le passé, et bien que ces récoltes ne nous soient venues que comme une providence miséricordieuse à la suite d’autres moissons presque désolantes, cependant, vous trouverez plus d’une paroisse où il n’y a que peu de pauvres mendiants, et d’autres où il n'y en a pas un seul. Les paroisses qui ont leurs pauvres ordinoires, ont de quoi sufre à leur pauvreté. En est-il ainsi dans nos villes et dans nos villages à chantiers et à industrie ? Et puis, pour ne jamais séparer, dans notre thèse, le bien matériel du bien moral, pense-t-on que les repris de justice et les délinquants de toutes sortes, et en trop grand nombre, que l’on voit figurer si tristement dans nos statistiques criminelles de Québec et de Montréal ; pense-t-on que tous ces rebuts de la société, ou la majorité d’entr’eux, viennent des campagnes ? Ne sont-ils pas plutôt le produit malheureux d’un déplacement des vocations, qui fait que l’industrie a trop de monde et l’agriculture nôn assez ? C’est donc aux: villes surtout à bien comprendre ce mal-
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heur et son remède. Montréal, qu'on célèbre tant, et où en effet tant d'œuvres de bien surgissent tous les jours, à côté du riche domaine en ce genre qu’il possède déjà, Montréal devrait, il semble, créé d'emblée, un élan et une institution dans l'espèce des associations de secours. Ce serait donner un bel exemple de plus à nos autres villes, et ce serait tout à fait digne de ce que Montréal peut quand il veut. Là plus qu'ailleurs sont des hommes riches, capables d’une initiative généreuse et expéditive. Ce serait la weilleure muison de correction qu'on y puisse établir. Oui, que la population méchante de nos villes trouve les moyens d'être exportée dans nos champs et nos forêts, là vous la moraliserez en la rendant propriétaire. Alors, citadins, vous dorinirez tranquilles, et vos maisons ne. seront ni forcées, ni pillées par ceux qui ne possèdent rien.
Québec a bien aussi le droit de prendre cette initiative honorable. Moins doté que Montréal des ressources de la fortune, il a cependant, comme Montréal, des raisons puissantes de prévenir les maux du paupérisme, surtout en nos temps de dépression industrielle. Qu’au zèle et aux sacrifices des particuliers viennent se joindre, dans cette œuvre, les corporations municipales, le concours du gouvernement, l'influence du clergé ; et le paupérisme serait pour longtemps ignoré de nos villes comme de nos campagnes. Dans un pays comme le nôtre, plus grand que l'Europe et presqu'en entier facile à se prêter aux opérations agricoles, il y a de quoi à vivre pour tout le monde; il y a de quoi à faire des heureux, des citoyens honnêtes, des chrétiens édifiants. Essayons et nous verrons.
L'impulsion donnée à l’édu., cation, dans ce pays, est le moment le plus favorable pour faire counaître aux cultivateurs les nouvel'es méthodes, les améliorations et les perfectionnements établis dans l’agriculture.
feu J. F. PERRAULT, Protonotaire.
I y a plus de vingt ans que ces paroles sont écrites. Si le respectable M. Perrault, cet homme si utilement et si modestement l'ami de son pays, par les sa-
crifices qu'il a faits, par. les écrits judicieux qu'il à publiés, et par l'exemple qu’il a donné pour inoculer au cœur du Canadien le goût de l’agriculture, vivait encore parmi nous, avec quelle satisfaction et quel surcroïit de raison ne répéterait-1l pas, aujourd’hui, les paroles si vraies que nous lui empruntons. Tout le monde connaît les progrès que notre éducation a faite depuis vingt ans, surtout dans la partie utile aux classes industrielles, agricoles et ouvrières. Ces classes étant, comme nous l’avons dit déjà, le corps et la substance de la nation, de quel intérêt ne doit-on pas entourer ce genre d'éducation qui leur est spécialement consacré ; surtout quand cela peut se faire, comme aujourd'hui, sans nuire aux autres degrés de l'éducation nationale. Il y a trop de messieurs, dit- -0n, quelque part ; il y a trop d'encombrement dans les carrières protessionnelles, trop d’habits fins qui choquent et rongent le pauvre peuple, enfin, trop d’aspirants à ce qu’on Apps depuis quelque temps, nos grands colléges : eh bien ! messieurs, vous qui vous plaignez ainsi, il est un moyen de vous contenter ; suivez chacun votre vocation, puisqu'il y a aujourd'hui un genre d'éducation pour les besoins de toutes les classes de la société. N'allez point chercher ni latin, ni grec pour vos enfants, quand vous n'avez besoin pour eux que de connaissances utiles à votre commerce, à vos terres, à votre .industrie. Sondez la vocation de vos enfants et calculez la portée de vos moyens quand ces enfants ne sont encore qu'aux études pratiques dans nos colléges secondaires, et si les supérieurs vous disent que vos enfants en ont assez pour leur bien et le vôtre lorsqu'ils ont terminé le cours de l’enseignement mitoyen ; laissez aux colléges classiques le soin de former des hommes d'une éducation supérieure, pour les besoins moraux et intellectuels de la société. Alors, il y aura moins de messieurs qui vous mortilient ; ou plutôt, tout le monde, chacun dans son cercle, sera monsieur, et digne de l'être s'il est fidèle, à tous égards, à sa vocation. (C'est ainsi que Dieu l'entend pour le bien de la société : on n’a alors qu’à faire sa volonté pour vivre en paix avec ses frères de toute classe.
À part donc nos grands colléges, l’enseignement agricole doit reposer sur notre éducation moyenne et primaire. Indirectement, il devrait se poursuivre et s'entretenir de jour en jour par des lectures publiques, par des journaux
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spéciaux plus utiles que là plupart de ces instituts littéraires, et même catholiques, qui ont surgi tout à coup au milieu de nous depuis quelques années; et qui heureusement commencent à rentrer sous terre. Le gouvernement, gêné, comme on sait, dans ses finances, et mis au fait, d'ailleurs, du peu d'utilité et des dangers mêmes de ces réunions par fois trop libres sous plus d’un rapport, leur # sagement refusé ses subsides. Nous sommes bin d’englobét ici, dans notre légitime appréciation de ces institutions nouvelles, le petit nombre de celles qui ont toujours bien mérité et qui ont droit dé vivre. On sait qu’en France, ces instituts sont nés dans un temps malheureux, qu'ils en ont épousé l'esprit, et qu’ils ont servi plus d’une fois à fausser les principes et à troubler la société. Ici, quelques-uns d’eux ont eu la même origine, le même esprit et 18 même résultat : le tout, il est vrai, en miniature.
Que l'argent alloué à ces dangereuses inutilités reviennent à l’agriculture, soit en lectures populaires, soit en instituts agricoles, soiten journaux spéciaux, soit enfin en secours propres à introduire l’enseignement agricole dans nos écoles, cet argent ne manquera pas de profiter bien autrement que de le risquer à créer des clubs politiques, ou d'épaisses tabagies en guise d'instituts littéraires et même catholiques.
Dans tout enseignement, il faut des règles et une méthode. La multiplicité même des moyens d'enseignement
… exige davantage ces règles et cette méthode. À notre point 1 de vue, qui est d’abord de combattre la routine et de venir au secours des pauvres, la souveraine règle, la meilleure
méthode est la simplicité de l’enseignement. De la chimie hérissée de grec, de la botanique sèche et savante, de la physiologie végétale, moins utile que curieuse pour les amateurs ou les riches exploitateurs, tout cela est superflu pour le besoin présent et pressant de notre agriculture. C'est avec la hache qu’on ouvre les forêts, c’est avec des notions simples qu’on combat la routine ou l’insouciance. Nous
savons, comme le dit feu M. le protonotaire Perrault, dans
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ses petits ouvrages sur l'agriculture propre à notre pays, que cet art si utile «se divise tout naturellement en trois « classes, dont chacune a une occupation principale, une « industrie et des moyens de culture particuliers, enfin une «utilité distincte. » C'estidire qu'ily als grindé;: le
moyenne et la petite culture. (C’est la moyenne culture, à notre avis, qu'il faut enseigner avant tout au peuple canadien ; et cela, à l'époque actuelle, dans des termes simples et connus, à la portée de tout le monde.
A cet égard, on ne fera rien de mieux, en fait de livres et de traités, que ce qui existe déjà dans ce qu'ont écrit M. Perrault et bien d’autres sur l'agriculture propre au pays. De ce que ces écrits ont été jusqu'ici négligés, cela accuse beaucoup plus l'indifférence de notre esprit public que l'inutilité de ces ouvrages. Cet homme, M. Perrault, dévoué aux intérêts majeurs dé ses compatriotes, avait compris, mieux que bien d’autres, d’abord, que l’agriculture était pour les Canadiens un de leurs preniiers intérêts, en second lieu, que l’agriculture qui leur convenait et qui leur suffisait, n’était point celle des lords anglais, ni des grands seigneurs de France, de la Belgique, de la Hollande, ni d’ailleurs ; encore bien moins cette agriculture académique, princière ou gouvernementale, dans laquelle, à force de capitaux, on épuise la science et l’art en expériences de luxe dont le peuple et le pauvre ne profitent guères ; mais M. Perrault, plus près que nous des jours où nos pères savaient se contenter de peu et vivre honnêtement, voulait une culture simple, suffisante et générale. « Le traité que je propose, dit-il, ne sera point fondé sur « des théories douteuses et dispendieuses ; mais sur des ex- « périences adoptées généralement. En sorte que je « prie les habitants de n'être point épouvantés de mon « entreprise, d'autant que je ne veux pas changer leur cul- «ture, mais simplement l'améliorer.»
Ce ne sont pas tant, en effet, les plans nouveaux, qu'il . nous faut, avons-nous dit déjà, qu’un système d'ensemble
propre à utiliser les moyens déjà connus d'améliorer notre culture. Mais le mal est qu'aujourd'hui, en Canada, il faut en tout, comme dans les grands pays, du bruit et de l'étalage, même pour le peuple et le pauvre, qui ne vivent pas pourtant de vent ni de son ni du faste des grands. Quand on a dépensé un tiers, et plus peut-être, des deniers publics dans des rouages coûteux et éclatants, on dit ici comme ailleurs, que le Canada est doté d'une magnifique institution, ou d’un système agricole à la hauteur des vieux pays. Allez voir si le peuple et le pauvre en disent autant ; et jugez si ce tiers et plus de dépenses magnifiques, n’au-