‹ Considérations sur l'agriculture canadienne [microforme]Chapitre 9 sur 12 · PRESS · texte numérisé non relu

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raient pas améliorer plus simplement le sort d’un plus grand nombre de ceux qui souffrent, et pour ‘lesquels, avant tout, les deniers publics étaient sortis des coffres. Il fiut aussi, dans la maladie du jour, copier mot à mot l'étranger : rien n'est bon sans cela. On dirait que l’esprit cinadien est sans puissance, et incapable d'aucune expérience qui lui soit propre. Sans doute, quand il s’agit d’un ordre de choses inconnu parmi nous, mais bon à connaître, un peuple, un gouvernement, comme un simple individu, fait bien d'aller voir, de consulter, d’emprumter et d’imiter ; mais en agriculture purement utileet non luxuriante, par conséquent simple, peu coûteuse et populaire, il y a assez d'esprit dans le pays, assez d'écrits pratiques, assez d’argent public-et privé, assez de terres fertiles et assez de conditions heureuses dans notre climat, pour nous former de tout cela un plan général d’une culture suffisante et honorable. Les grandes spéculations sont toujours pour nous chose à part : elles peuvent naître et vivre quand elles le voudront, puisqu'elles ont à elles le nerf de la guerre, l’argent. Le peuple et le pauvre ne sauraient leur nuire. Eux, encore une fois, n'ont besoin que de la moyenne culturc.

Voici, du reste, le plan de M. Perrault, c’est aussi le nôtre, comme de raison :

«Je diviserai ce traité, dit cet excellent citoyen, en « deux parties, la petite et la grande culture, (ce qui « n’est vraiment que la moyenne, comme il avait dit d’a- & bord. Car la grande, il la rejette, comme on peut le voir & dans son petit traité.) La petite, ou le potager, devrait « être, suivant moi, enseignée aux élèves dans les écoles « élémentaires de paroisses, et la grande dans les colléges &« ou séminaires des campagnes.» (C'est-à-dire, aujourd’hui, dans les colléges qui sont à la fois elassiques et secondaires; ou simplement secondaires, en y joignant nos meilleures écoles-modèles et académies.) « A cette fin, continue l’au- «teur, 1l devrait être annexé à chaque école de paroisses & un terrain de deux ou quatre arpents, et aux colléges, une « terre de soixante à quatre-vingt-dix arpents, que les insti- € tituteurs feraient cultiver par les éièves. Par ce moyen, & on parviendrait dans peu à introduire dans le pays une « culture uniforme, judicieuse et lucrative.»

Ce plan agricole, qui embrasserait, aujourd'hui, juste-

ment ce dont le pays a besoin, est d'autant plus digne d'attention de la part du gouvernement et du peuple, que notre éducation générale a tous les degrés nécessaires pour le faire réussir. Du reste, ce n’est pas là une utopie, une théorie faite à froid, au fond du cæbinet d'un penseur inexpérimenté dans la pratique. M. Perrault en a essayé luimême l'épreuve pour une partie, voici ses paroles: € Je € commencerai, dit-il, par la petite culture ou le potager, € dont je m'occupe depuis près de vingt ans, avec succès.»

Remarquons que pour entrer dans les idées de M. Perrault, et faire donner à la fois à la jeunesse de nos écoles et de nos colléges secondaires un enseignement agricole gradué, mais toujours simple dans ses moyens et son organisation, il faudrait de suite, si le gouvernement en prenait l’initiative, que la loi actuelle sur l'éducation fût amendée de manière à ordonner autant que possible, eet enseignement agricole. Pour cela, il faudrait leur allouer à ces écoles et colléges quelque chose de plus que des aHouances ordinaires, qu'on diminue tous les ans : et cela, bien entendu, sans nuire à ceux des colléges classiques qui ont encore besoin dé subsides. Il faudrait aussi aux instituteurs un salaire plus convenable que jamais, afin de leur faire apprécier et aimer leur état.

D'un autre côté, ce serait le devoir de nos colléges secondaires et de nos écoles normales; dé se hâter à former des maîtres propres à cet enseignemént agricole. : Commencer, a dit Horace, c’est la moitié de fait. Donc, començons toujours sur ce pied là ; la suite, si elle est bien réglée et persévérante, assurera bientôt à notre agriculture nationale, avec les autres moyens déjà indiqués, et ceux qu'il reste encore à mentionner, assurera des succès proportionnés à nos vrais besoins et au véritable honneur du pays. Et c’est là tout ce qu’il nous fatt.

C’est ici le lieu de citer l'initiative honorable qu’a prise, encore une fois, la Corporation du collége de Sainte-Anne dans les œuvres les plus utiles de l’époque actuelle. Il y a vingt ans, cet établissement créait, sur une base solide et raisonnée, une simple modification d'enseignement propre aux études classiques, qu’il enseignait dès l’origine, et en même temps, sans mélange ni confusion, propre également aux connaissances de la vie moyenne, savoir, au commerce, à l'industrie, au travail des bureaux et à la formation d’in-

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l'expérience a été faite etelle a été heureuse. L'idée de cette modification n’était pas une utopie, raais le fruit d’observations sérieuses. Nos colléges, alors plus qu'aujourd'hui peut-être, vû qu'on a été forcé afin d'en venir à quelques tempéraments nécessités par l'esprit et les besoins du temps, rejetaient de leur sein un trop grand nombre d'élèves, qui, pour une raison ou pour une autre, ne terminaient point le cours complet des études classiques ; laissaient même les classes après deux ou trois ans de latinité. Ces jeunes gens, avec le degré des connaissances spéciales qu'ils avaient acquises, étaient peu propres, de l’aveu public, à s’adonner, avec connaissance de cause et avec profit pour eux, aux opérations du commerce. de l'industrie et le reste. Ce déficit regrettable a été müûrement considéré, et a fait songer au remède. Le remède opère efficacement depuis vingt ans ; bien difficiles seraient ceux qui, n'ayant pas tenté l'épreuve, y trouveraient à redire. Aussi, ceux qui ont fait l'épreuve, et qui la maintiennent fermement, ont-ils sû, comme de raison, ne jamais s'inquiéter d’objections pour le moins inutiles. Hommes instruits, capables de réfléchir et de juger comme ailleurs, ils ont laissé à d’autres le droit de penser et d'agir pour le mieux, chez eux, sans renoncer, pour leur part de liberté personnelie, au même droit dans ce qui les concernait. Le public, le temps et de graves autorités ont sanctionné leur œuvre, la cause est donc finie. Ainsi a originé et à existé jusqu'ici l'éducation propre aux classes moyennes de la société. Elle s’est répandue depuis en colléges, elle recevra un développement de plus par nos écoles normales. Tout son avenir est assuré s’il y a des maîtres qui la comprennent et qui s’y dévouent. Or, maintenant, il n'y a plus qu'un pas à faire pour compléter dignement toutes ces créations, c’est de leur annexer, ainsi qu'aux écoles élémentaires, un cours simple et gradué de connaissances agricoles.

I n’y à pas que les traités de M. Perrault qui puissent : servir de modèles et de direction dans ce cour simple et gradué de notions agricoles. Il y x des abrégés, des traductions d'ouvrages anglais, d’autres petits traités propres à remplir

…. ce but, Les noms des hommes utiles et bien pensant qui

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ont élaboré ces travaux modestes, méritent autant d’être connus et appréciés, vû l'importance du but et la sagesse de leurs 1 motifs, que nos littérateurs et nos politiques célèbres. Ki les uns embellissent et dirigent la patrie, ceux-là enseignent à l'aimer comme une vraie mère qui nourrit ses enfants de son propre sein. Disons donc, en laissant à d’autres très-volontiers le soin de penser autrement, que les traités.et les M opuscules publiés sur l'agriculture ‘ eanadienne par MM. ©! Evans, Aubain, Chagnon, Labonté, M. le Docteur Pâquin, et d'autres que nous ignorons dans le moment, sont. propres tout-à-fait, avec ceux de M. Perrault, à atteindae le but d’un enseignement agricole simple, mais utile au, peuple et aux pauvres. Que des maîtres compétents, que des lectureurs bien intentionnés sachent développer à leurs élèves et à leurs auditeurs ces notions simples, mais suffsantes ; la routine, l’insouciance, l’inconduite même disparaîtront bientôt, surtout si l’influence toujours si puissante du clergé et des hommes de bien appuie et accrédite ces enseis nements.

L'école de Sainte-Anne, qui réunit le simple et le grand, l rentre, par le premier, dans la catéeorie des enseignements

des écoles et des colléges ; et en même temps, elle nous paraît 2. très-propre à faire face aux exigences louables des riches qu qui veulent faire donner à leurs enfants un enseignement 4 plu supérieur. D'ailleurs, elle sera propre à former “d'excel- A Ch lents maîtres, et elle pourra se recruter grandement, d'a # }} bord dans le cours secondaire du colléve de la paroisse de ] Sainte-Anne, parmi les élèves qui préféreront l'agriculture :], au commerce ou à l’industrie; puis, elle se recrutera en- * ;] core puwmi les enfants des écoles des autres campagnes, :\ ai s’ils veulent acquérir la science technique et supérieure de 1 l’art agricole. De cette manière, le pays pourra se glori- 4 cu fier, s'enrichir et jouir d’un vrai bonheur au moyen d'un À: système d’agricuture complet et utile. Que tous les inté 4! ressés y mettent la main, savoir, peuple, gouvernants, lé- + à. gislateurs, riches et influents, et dans quelques années à | Qi peine, l'éducation agricole sera fondée, et ses fruits, bénis | © et admirés. … de + bl

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