‹ Considérations sur l'alimentation de l'enfant après la naissanceChapitre 5 sur 9 · I. — DE l’alimentation ARTIFICIELLE · texte numérisé non relu

I. — DE l’alimentation ARTIFICIELLE

Dans le cas où les parents ne veulent pas mettre leur enfant en nour rice au-dehors pour ne pas^s’en séparer, et lorsqu’ils ne peuvent pas faire la dépense d’une nourrice sur lieu, on a cherché à remplacer l’allaitement naturel par celui qui consiste à nourrir les enfants au biberon ou à la cuillère avec du lait fourni par un animal. Ce mode d’allaitement, dit artificiel, est considéré par tous les hommes spéciaux comme le plus mauvais , et on ne doit y recourir que dans l’extrême nécessité , tout-à*fait en dernière ressource. Aussi il est d’un usage assez fréquent dans les hôpitaux, où sont recueillis les enfants nouveau-nés, car on conçoit qu’il est souvent difficile d’avoir assez de nourrices pour les soumettre tous à l’allaitement naturel. Lorsqu’un enfant est rié de parents syphilitiques et qu’il porte lui-même les traces de cette diathèse, on serait coupable de le donner à une nourrice saine , l’allaitement artificiel, malgré ses inconvénients, est, dans, ce cas, le seul qui convienne. En dehors de ces circonstances exceptionnelles, le mode d’allaitement que nous étudions doit être rejeté, surtout dans les grands centres de population, où le lait subit tant de falsifications et n’est livré au consommateur qu’après avoir été privé des principaux,éléments qui constituent sa richesse nutritive. A la campagne , l’allaitement artificiel offrirait peutêtre des chances moins défavorables, car il est possible d’être à peu près sûr de la santé de l’animal, de la nourriture qu’on lui donne et des qualités (^eson lait. D’ailleurs, les excellentes conditions atmosphériques, dans lesquelles l’enfant se trouve placé, compensent jusqu’à un certain point ce qu’il y a de défectueux dans son alimentation.

Le lait de vache est généralement préféré , parce qu’on peut se le

procurer partout assez facilement. Son administration exige cependant certaines précautions. La grande densité de ce liquide est peu en harmonie avec la délicatesse de l’appareil digestif au moment de la naissance ; aussi pour prévenir les accidents auxquels son ingestion pourrait donner lieu , convient-il de l’additionner d’un liquide délayant dans des proportions qui varient avec l’âge de l’enfant et l’état de l’estomac. Habituellement on le coupe avec de l’eau pure ou bien avec une décoction d’orge, des, gruau ou de riz légèrement sucrée. Pendant la première semaine, on ajoutera, au lait de vache ordinaire, les trois quarts d’un des liquides précédents; pendant les premiers mois, la moitié, ensuite, à moins que les digestions se fassent d’une manière irrégulière, un quart seulement Jusqu’au sixième mois, époque à laquelle on peut le donner pur (1). M. Donné conseille, pour arriver au même résultat, de. donner à l’enfant le lait de la première traite qui est d’une densité ^lus faible comme l’enseignent les expériences de M. Péligot.

La boisson des enfants doit être sucrée légèrement; on doit la leur faire prendre un peu plus que tiède. Le lait donné pur sera chauffé au bain-marie à une température égale à celle, qu’il a au moment où il sort des mamelles ; si on le donne coupé, le Jiquide qu’on y mêlera sera .chauffé seul. Dans aucun cas, le lait bouilli ne convient, l’ébullition le prive de son arôme et en chasse l’air qui rend sa digestion plus facile.

On a beaucoup varié les instruments destinés à l’allaitement artificiel; le biberon est celui qui se rapproche le plus des conditions de l’allaitement naturel. Il se compose d’une petite fiole allongée, fermée par une petite éponge fine, taillée en cône, et enveloppée d’un morceau de batiste ou de gaze qui est assujettie au moyen d’un fil. On doit tenir très-proprement ce petit appareil; on lavera souvent l’éponge avec de l’eau tiède afin de la débarrasser du, lait qu’elle retient et qui s’aigrit promptement dans ses aréoles. Pour remédier à cet inconvénient, on a substitué à l’éponge un bout de sein ou mamelon artificiel, fait avec la gomme élastique, la tétine de vache ou l’ivoire ramolli, comme l’a proposé M. Charrière.

(i) Traité d’accouchement, p. 4031.

La cuiller et la timbale, à l’aîde desquelles on Terse le lait dans la bouche de l’enfant, constituent un des modes les plus imparfaits de l’allaitement artificiel, parce-que lorsqu’on les met en usage, 1 ebfant, n’exerçant pas les mouvements ^e succion, les muscles des joues, des lèvres, la langue et les glandes salivaires restent dans l inaction.’Lorsque l’enfant tète, le lait arrive lentement dans la bouche, les glarides sàliyaires ont le temps de fonctionner, le produit de leur sécrétion se mêle intimement au lait et la digestion est rendue ainsi plus parfaite.

Nous n’insisterons pas plus longtemps sur ce mode d’allaitement, qui doit être considéré, non comme une affaire de choix, mais comme une nécessité bornée à quelques cas exceptionnels. Nous croyons avec M. Jacquemier, « que le médecin a pour'devoir de s’attacher en toute occasion aie restreindre autant que possible en représentant aux mères qui ne peuvent pas avoir une nourrice sous leur surveillance, combien pour elles l’obligation de nourrir est impérieuse toutes les fois qu’elles le peuvent; et Jetant un regard attristé dans ce gouffre de misère creusé par l’abandon, il répétera sans cesse aux administrations hospitalières qui ont charge de tuteurs, qu’elles ne peuvent pas prétendre à' la reconnaissance publique tant qu’elles n’auront pas banni dé leur maison 1 allaitement artificiel, et tant que chaque enfant' confié à leurs soins ne sera pas pourvu d’une nourrice suffisante et suffisamment surveillée (1). »

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