‹ Considérations sur l'alimentation de l'enfant après la naissanceChapitre 4 sur 9 · III. -i- DE l’allaitement PAR DNE NOURRICE · texte numérisé non relu

III. -i- DE l’allaitement PAR DNE NOURRICE

Après rallaitement maternel qui, pour le jeune enfant, est le mode d’alimentation par excellence, on doit avoir recours à celui par une nourrice, quoiqu’on disent quelques philosophes enthousiastes. Dans une foule de circonstances énumérées précédemment , la femme qui a pu concevoir et fournir les éléments nécessaires au développement de son enfant pendant la grossesse , se trouve quelquefois . dans l’impossibilité de le nourrir de son lait après la naissance. On doit alors avoir recours à une nourrice étrangère ; mais,, pour être acceptée , il faut qu’elle présente réunies les conditions favorables à un bon allaitement, afin de compenser autant que possible les avantages de l’allaitement maternel.

Une nourrice doit être Jeune encore , c’est à-dire qu’il faut^qu’elle ait de 20 à 30 ans ; car, avant cet âge , son propre développement est incomplet , et plus tard elle est déjà sur son déclin. Il faut qu’elle présente des traits d’une constitution forte , vigoureuse , qu’elle soit plutôt/brune que blonde. Les femmes à cheveux blonds et rouges ont ordinairement beaucoup de lait, mais il est souvent séreux et son ingestion est suivie de

coliques et de diarrhée. Ces personnes sont presque toujours douées d’un tempérament lymphatique , et il est à craindre, pour peu que l’allaitement se prolonge, que ce tempérament se transmette de la nourrice à l’anfant avec ses mauvaises conséquences, On choisira de préférence une nourrice d’un embonpoint médiocre, à formes arrondies , potelées, présentant la fraîcheur du coloris. La beauté des dents, à laquelle plusieurs auteurs accordent une grande importance , h’en a réellement pas d’autre que celle qui est relative à l’agrément de sa figure. Ainsi, d’après M. Devergie , « ü n’existe aucun rapport entre elles et les qualités du lait ,-car on sait que les Normandes et les Picardes, qui sont généralement blondes et qui perdent leurs dents de bonne heure, sont aussi bonnes nourrices que les Bourguignonnes , qui sont le^plus souvent brunes et qui ont de belles dents. » L’état des gencives a une' plus grande importance ; l’état fongueux de ces organes , leur pâleur, la fétidité de l’haleine, etc., sont généralement les signes d’une mauvaise santé.

Il arrive quelquefois que des nourrices , lorsqu’elles se présentent à l’examen de raccoucbeur pour avoir un nourrisson , sont enceintes : c’est là une circonstance fâcheuse , car le lait sécrété par les mamelles est de mauvaise qualité, et si l’on prenait une nourrice dans cette position, on, serait bientôt obligé de la changer.

Le moindre soupçon d’une affection diathésique , d’un vice constitutionnel,‘suffit pour faire rejeter une nourrice ,, surtout lorsque l’enfant paraît apte à ces diverses affections en vertu de quelque prédisposition héréditaire. Aussi, convient-il de s’assurer s’il n’existe aucune trace indiquant que la nourrice est entachée de scrofules ou de dartres , etc. L’auscultation, la percussion de la poitrine permettent de constater.que les organes respiratoires ne sont le siège d’aucune des altérations que fait naître la diathèse tuberculeuse. Il serait très-utile de pouvoir se livrer à un examen complet de la femme, mais non exiger qu’elle s’y soumit (Gazeaux), afin de savoir s’il n’existe aucune manifestation d’infection syphilitique, soit du côté de l’anus, soit des organes génitaux , de la muqueuse buccale , de l’enveloppe cutanée. Les faits de transmission de la syphilis de la nourrice au dourrisson sont assez nombreux

aujourd’hui pour oécessiter une pareille couduile. Quelques médecins cependant prétendent que le rôle qu’on a fait jouer à 1 infection directe parla nourrice est exagéré ou présenté sous un faux jour. D après ces derniers, toutes les fois qu’il y. a eu itransmission de la syphilis au nourrisson , il existait un accident infectant au mamelon de la nourrice. Çes nuteurs assurent qu’il n’est pas rare de rencontrer, à unepériode avancée de l’allaitement, des femmes nourrissant leur prppre enfant ou un enfant étranger resté sain, qui ont, à leur insu ou non, un chancre induré ou des plaques muqueuses aux parties génitales. Nous croyons qu’il serait dan- 'gereux de partager cette opinion ; en effet, personne ne peut nier que le fœtus contenu dans le sein d’une mère atteiiite de syphilis ne reçoive par le sang, le germe de cette maladie ; n’est-il pas logique d’admettre quede lait, dont le sang fournît les éléments aux glandes mammaires , peut contenir à l’état de semence le principe morbide :de la syphilis et servir de moyen de communication de la maladie au nourrisson? D’ailleurs, ‘quand même l’opinion que nous combattons serait fondée, il y aurait le plus grand danger à confier l’allaitement à une nourrice syphilitique ; le mamelon pourrait, d’un moment à l’autre, devenir le siège de lésions •spécifiques, et même , en leur absence , l’inoculation des accidents occupant les autres parties du corps pourrait se faire d’une foule de manières.

’ïl ne suffit pas'd’être renseigné sur l’état général de la nourrice , il ‘faut voir si l’appareil mammaire et la sécrétion lactée sont dans des conditions sâtisfaisantes. Dans le paragraphe précédent, nous avons parlé des signes qui se tirent de la forme , du volume,., ; de raspect des ma- -melles et des divers caractères qui pernïettent de reconnaître que le lait nst de bonne -qualité. Il est donc inutile ;de revenirisur ce point. 'Nous ■ajouterons seulement, qu’il n’est pas sans avantage: de juger des qualités d’une nourrice par les effets qu’elle peut avoir déjà produit. La vue de l’enfant qu’elle a'allaité=jusqu’alors, pourvu qu^oa ait la certitude que . c’est bien elle qui l’a nourri complèteiiient, son développement, son état de santé, etc., sontautant de circonstances qu’il n’est pas sans importance de rechercher avec soin.

il n’est pas indifférent de confier un nouveau-né à une nourrice accoodiée depuis peu de temps ou à une femme dont le lait est déjà vieux. Il est parfaitement démontré que le lait change de caractère à mesure que l’on s’éloignê du moment des couches. Un jeune lait paraît plus approprié à'ia faiblesse des organes de l’enfant, et il augmente de qualité à mesure que le nourrisson grandit et a besoin d’une alimentation plus substantielle ; en outre , on n’a pas à craindre que la sécrétion mammaire se tarisse avant l’époque du sevrage. D’une manière générale, il convient de choisir une nourrice dont le lait n’ait pas moins d’un ou deux mois et de refuser c.elle qui allaiterait dèpuis plus de dix mois. En calculant 'que l’enfant qu’on lui confie sera nourri plus d’un an , son lait, dans lés derniers temps, serait de deux ans et quelquefois plus; ses qualités nutritives se trouveraient affaiblies juste àu moment où le nourrisson néclame une nourriture substantielle' abondante , et souffre d’une nourriture débilitante et pauvre.

Il est un préjugé que l’on ne saurait trop combattre, à cause de ses Oonséquênces fâchéüses. ■Quelques personnes prétendent qu’un jeune enfant renouvelle le lait , parce que les mamelles se distendent de nouveau et qu’on observe à peu près les phénomènes qui signalent la fièvre de lait' Chez là nouvelle accouchée. La distension des mamelles que Ton constate dans ces circonstanees n’indique pas une plus grande activité dans la sécrétion mammaire. Elle est facile, à expliquer ; en effet, le jeune nourrisson prenant moins de lait que celui qui était âllait-é avant lui, le produit sécrété s’amasse dans les canaux lactifères, les màm'ellés'se gonflent ; mais ce gonflement est passager, et si l’on soumet le lait à Éanalyse chimique et au mreroscope , on s’assure que ce liquide est loin d’avoir la richesse du lait sécrété dans les premiers •mois qui suivent ï’accôuchement.

Cette sécrétion laiteuse a beau être entretenue par un allaitement fégiilier, ordinairement vers vingt mois, deux ans, plus d’une fois, beaucoup plus tôt, elle diminué progréSsivement, et c’est seulement par exception qu’elle peut alors suffire à la nourriture d’un enfant. Aussi doit-ôh'se garder de faire nourrir successivement deux enfants parla

même nourrice, comme cela arrive dans quelques familles ; lorsqu un second enfant succède promptement à un premier qui a reçu les soins d’une bonne nourrice , et qu’on est sur le point de sevrer, on éprouve souvent un vif désir de conserver la nourrice du premier pour le second. Cette épreuve, qui n’a rien d’avantageux pour ce dernier, éclioue plus souvent qu’elle ne réussit, et on ne tarde pas à être obligé de remédier à l’insuffisance de son alimentation. Dans les campagnes, on trouve quelquefois des nourrices,, de profession eh quelque sorte, qui en sont à leur quatrième ou cinquième nourrisson ; il est vrai de dire que le lait de vache et les diverses bouillies ou panades jouent un très-grand rôle dans ‘ces nourritures successives de quatre ou cinq enfants avec le même lait. La faible sécrétion lactée, que l’allaitement continué pendant si longtemps entretient chez les femmes dont nous parlons , est tout-àfait insuffisante, et le liquide élaboré dans de pareilles conditions est loin de présenter les caractères du bon lait.

Doit-on préférer les nourrices qui ont eu un ou plusieurs enfants à celles qui sont primipares ? — Ces dernières , quelque soit leur zèle et leur bonne volonté, connaissent moins bien les soins à donner à un jeune enfant,. ce qui est de peu d’importance, il est vrai, quand la nourrice doit avoir auprès d’elle une personne qui là surveille et la dirige. Les femmes qui ont allaité un ou plusieurs enfants offrent une garantie de plus, elles ont une certaine expérience , leur éducation est en quelque sorte déjà faite: c’est là l’opinion de M., Dubois. Cependant on doit prendre ces particularités en considération , quand on a à se prononcer entre deux femmes réunissant toutes les apparences d’une bonne santé et toutes les qualités d’une bonne nourrice, par cela seul qu’elle est primipare. Si elle est docile et. surtout bien conseillée , elle connaîtra bientôt ses nouveaux devoirs.

On doit aussi faire attention aux qualités morales , on doit autant que possible choisir une nourrice d’une certaine intelligence , d’un caractère doux, d’une humeur gaie; car comme nous l’avons exposé plus baut, l emportement, la colère , la moindre contrariété chez une

femme vive, très-nerveuse, expose, à tout moment, à des accidents serieux , 1 enfant qu elle nourrit. On doit repousser la femme adonnée aux boissons alcooliques , car elle fournit un lait qui est un véritable poison pour le jeune enfant, d’où des indigestions fréquentes et le dépérissement, de plus elle est peu attentive aux besoins de son nourrisson. On ne doit pas non plus accepter la nourrice adonnée au libertinage pour plusieurs motifs très-sérieux; on sait parfaitement que l’abus du plaisir de l'amour est une circonstance très-défavorable à l’abondance de la sécrétion mammaire, de plus elle peut devenir enceinte ou bien prendre la syphilis. , ■

Lès principales qualités d’une bonne nourrice étant indiquées d’une manière sommaire, il est, croyons-nous, utile de dire quelques mots des avantages et des inconvénients des conditions dans lesquelles elles se trouvent placées.

Les nourrices pendant la durée de Vallaitement. — Les unes prennent chez elle l’enfant dont elles se chargent, les autres vont demeurer chez les parents de l’enfant, on les appelle nourrices sur lieu. On préfère généralement ces dernières parce qu’il est plus facile de veiller à ce qu’elles s’acquittent convenablement de leur devoir; le soin de leur nourrisson est leur seule occupation, la mère se console plus facilement du sacrifice qu’elle est obligée de s’imposer dans l’intérêt de son enfant, elle ne cède à la nourrice que l’allaitement et se réserve les soins que l’affection et la tendresse maternelle comprennent si bien. Les devoirs ne sont pas remis à autrui. Ce n’est qu’un partage dont le loi le plus lourd lui appartient encore.

Quand on prend une nourrice sur place, on ne se préoccupe pas tou-' Jours assez des effets que peut avoir sur la sécrétion et les qualités du lait, le changement de nourriture, de manière de vivre. Il est cependant très important de s’appliquer à rendre ce changement aussi insensible que possible. La majorité des nourrices sont habituées à mener une vie active, à faire beaucoup d’exercice, la nourriture qu’elles prennent dans leur ménage n’est pas toujours très-substantielle, la viande de boucherie

'j entre pour une part bien moins grande que les légumés, les herba'geà ■ é%. Il y aurait danger à sbuniéttre le'^ femmes accoutumées a ce ^enre dè vie à un changement "brusque et radical. Il fâ'üt aâ conlrâire se ràpprocifél* &tknt que possible de Cèlni qu’eileis avaieWt cdiez elles. « Gàfdez-Vôu^ ^ dit M. Bouchardat, de faire plier bu lùxë de votre régime la nourrice qüi quitte ses rustiqués penàteS'pOür venir dans la ville fournir Son lait à Votre enfant. Cetliè recommaD dation eét non seulement utile, parce qü il faüt respecter les babitudes de son appareil digestif, niais encore parOé qu’éllè ne trouverait pas dans vos viândës suëculentes' des abmenlis suffisants pour produire en abondance la lactine et le beurre que son lait coiitiènt. Améliorez son régime, mais laiSsèz-lui les soupes grasses" et les aliments feétileritS q;ui étaient dariS sa fanirllè la basé dé son aliment tation(l).i) Il faut aussi llii'faire faire dé fréquentés pronienadës à^iiîed-, et lui ménager quelques occupations analogue à ses goûts et à ses habitudes.

Il arrive souvent que la fOrtuiie dès parénts ne leur permét pas de prendre une nourrice sur lieu, alors on choisit une nourrice habitant un éhdrOît plus ou moins éloigné, le plus souvent un village voisin. CéV hoürricès sont loili dbtî'rir àük fâmillès les inêmes garantiès que les précédentes. Placées loin des parents, elles n’ont pas à rèdouler leur surveillance , ce qui ne tourne pas toujours au profit du nourrisson. Plusieurs d’éntre elles èObtinUent à allaiter lèurpropre enfant, et ne don,nènt le sein à celui qu’on leur a confié que lorsque le premier est pOrgé de lait. Pour farfe èéSSér les cris du nourrisson étranger que la faim fait pleurèt, bh Complète sôn alimentation eh lui donnant ühé bouillie ou une soupe épaissie que son estomac est incapable de digëré’r. tés enfants plàcés dans de paréiîles conditions ne hont pas toujours tenus avéc la propreté désirable, souvent on èonfie leur garde A des enfants trop jeunes pour en prendre un Soin intelligent, et qui s’èn vont cdùrant et traînant partout ce petit être sahé s’inquiétér qudls l’expo-

(t) De l’alimentation insuffisante ; thèse pour la chaire d’hygiène. Paris pag ^2 année ïm ’

S6nt à des coups, à des chutes et à des refroidissements qui peuvent compromettre sa vie, •

Les nourrices dont nous parlons sont généralement de pauvres femmes de campagne qui cqnse.ntent Jt se cha^rger d e rallaitement d’un enfant dans le but de diminuer les besoins du ménage. Pour peu que leur famille soit nombreuse, la rétribution qu’elles reçoivent, jointe au produit du travail du mari, jn!est p<^s ,|ppjo,urs elles sont obligées

plus d’une fois d’aller travailler une bonne partie de la journée.

Psr suite ’île ménage ét^n.t.peu aisé , .,)a nourfiture laisse néçes^aire- .ment à désirer spus le rapport de la qualité, pt de la quantité. Dans de pareilles conditions, le l§jt devient aqueuxj'.e^t ,ppu riche en prinoipes nutritifs, pt,ne fournit: au jeune eufant qu’une .pourriture insuffisante.

dl n’esl pas indifférent de-choisir une nourrice habitant-telle ou telle docaUté. Les contrées marécageuses exercent,une influence fâcheuse sur .ceux ..qui y séjournent„;et plus encore au premier âge .du ia vie qu’à itous les autres, cocnrue le dérnpntrent parfaitement les statistiques dressées par M.,Villermé. La préférence duit être accordée aux nourrices ; vivant dans. un ,pays sain, où la culture est riche et où par conséquent l’aisance générale est plus grande. On aura le soin aussi de ne pas mettre le .nourrisson tropduin; il est.bon que la mère puisse le visiter souvent • et toujours à 1-improviste, afin de s’assurer par efle-iuèipe quhl reçoit tous les soins .nécessaires. .

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