CHAPITRE IV
Des conséquences de l’absence de l'Hcl.
$ L — Digestior et anachlorhydrie
Nous rappellerons brièvement quelques-unes des conséquences dues à l'insuffisance sécrétoire de l'estomac : L’absence de l’Hcl produit des modifications du chimisme et de l’évacuation gastrique qui altèrent les conditions de la digestion et du milieu intérieur de l'intestin; lorsqu'elle est persistante, elle s'accompagne fréquemment de troubles des organes voisins, foie et pancréas en particülier.
L'estomac, on le sait, n’est pas indispensable à la vie; l’absence ou la déficience du temps gastrique de la digestion sont compensés par ia digestion intestinale. La désintégration des aliments et leur utilisation peut être parfaite sous certaines conditions : division préalable, mastication et rations moyennes (Tabora). Des examens coprologiques permettent
de se rendre compte de la bonne utilisation des aliments.
Dans les conditions normales, pendant l'arrêt gastrique
du bol alimentaire, sous l'influence de la chlorhydropepsine
mie
les protéines sont liquéfiées (dédoublées ên peptones, albumoses et polypeptides), les tissus conjonctifs attaqués. L’action de la salive se prolonge dans l'estomac sur les hydrates de carbones et la structure albuminoïde des aliments amylacés, comme celle du pain par ex., est détruite, ce qui les fragmente et les rend plus accessibles aux ferments pancréatiques; ce phénomène est décrit par Strauss sous le nom d’amylorhexis et par Strasburger sous le nom d'’artorhexis. Sous le contrôle précis et délicat du pylore l'évacuation gastrique se fait progressivement et les aliments pénêtrent dans l'intestin, préparés pour y subir l’action de la trypsine.
Il n’en est plus de même en l’absence de l’Hcl, la pepsine, même s’il en reste des traces, ne peut plus agir. L'évacuaion est plus rapide, les aliments n’ont pas subi dans l’estomac les influences préparantes à l’action du suc intestinal et pancréatique. Il peut en résulter une irritation mécanique de la muqueuse duodénale. L’abondance des produits non désintégrés peut donner lieu à des fermentations et des putréfactions. Rosnowski et Marcewski admettent que les putréfactions et fermentations consécutives à cette défaillance gastrique peuvent libérer des toxines qui agissent sur le foie. Dans ces conditions apparaissent :
1°. — des troubles dans l'échange des cholates, dont le rôle est connu dans la digestion des graisses.
2°. — des troubles du métabolisme de la cholestéri-
ne et des troubles pancréatiques. Nous avons dit que les ef-
fets de l'insuffisance gastrique pouvaient être compénsés ; ils le sont par un hyperfonctionnement pancréatique qui peut être mis en évidence dans les achylies au début. A la longue, cette activité pancréatique regressera, elle sera suivie d’un hypofonctionnement pancréatique, d’une cirrhose pancréatique parfois. Les troubies hépatiques pourront eux aussi évoluer vers une cirrhose hépatique.
Retenons de ces explications : l'existence de modifications de l’évacuation gastrique, celle de troubles de la désintégration des protéines, des hydrates de carbones et la coexistence fréquente de froubles hépatiques et pancréatiques avec l’achylie, causes de complications souvent graves.
Il nous reste à aborder l'importante question des mo-
difications de la flore microbienne.
$S II, — Flore intestinale et anackhlorhydrie
Knud Faber, en 1913, avait signalé l’existence d’une flore intestinale abondante et anormale chez les anachlorhydriques.
Le contenu du duodénum est stérile chez les individus normaux. Par contre dans les cas ou le suc gastrique ne contient pas d'acide libre, on trouve fréquemment dans cette portion supérieure du grêle des bactéries telles que streptoco-
ques, entérocoques, colibacilles et anaérobies.
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Pour expliquer cette anomalie, il était tentant d'invoquer la diminution du pouvoir antiseptique du suc gastrique. Des examens plus nombreux ont cependant montré l’insuffisance d’une telle interprétation. Non seulement on sait actuellement que le pouvoir antiseptique du suc gastrique est extrèmement faible, mais il est bien établi que cette éclosion microbienne n’est pas un corollaire constant de l’anachlorhydrie. Van Der Reiss le premier a montré que dans les anachlorhydries non compliquées elle était l’exception. Même dans les cas de cancer de l'estomac, la stérilité est
fréquente.
Nous rapportons içi une observation d’un malade anachlorhydrique chez lequel un examen bactériologique du contenu duodénal à été pratiqué, montrant l’existence d’une flore abondante où ont été identifiés des staphylocoques, entérocoques et micrococci crani.
OBs. Ep. Joseph. Le malade entre à l'hôpital pour ictère, Parmi ses antécédents, signalons que le père de notre malade est mort à l’âge de 54 ans d'une affection pulmonaire, ainsi que son frère à l’âge de 16 ans. Deux frères et deux sœurs sont vivants et en bonne santé.
À. P. Le malade a des troubles digestifs depuis l’âge de 14 ans; il aurait été traité pour une maladie de cœur ? en
1925 €t en 1926,
Maladie actuelle. 11 y a une semaine, le malade aurait eu des douleurs abdominales à la suite d’un repas, ces douleurs ont persisté toute la nuit et le lendemain il s’est aperçu que ses conjonctives et ses téguments devenaient jaunes. Les douleurs se sont reproduites surtout [a nuit, il a eut des
vomissements répétés. Il est constipé depuis queques jours.
Etat actuel. Homme de 26 ans en bon état de nutrition,
teint subictérique.
Appareil digestif. Mauvaise denture, langue un peu saburrale, région droite de l'abdomen douloureuse à la palpa-
tion, pas de point vésiculaire net.
Appareil circulatoire et resviratoire. Sans particularité, pouls régulier à 60, tension artérielle 120/65, L'examen ra-
diologique du cœur et du poumon est sans particularité.
Système nerveux. Réflexes pupillaires normaux, réflexes tendineux : rotulien un peu moins vif du côté gauche, achiléens, P. F. P. sans particularité; réflexes abdominaux un
peu moins vifs du côté gauche, réflexes plantaires sans part.